Sheba : rééducation high-tech pour les soldats de Tsahal

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October 29, 2014 15:52

Le centre médical Sheba de Tel Hashomer, est un des leaders mondiaux en chirurgie traumatologique et technologies de rééducation, mises à contribution dans le traitement des soldats blessé à Gaza




Sheba

Sheba. (photo credit:DR)

Le professeur Zeev Rotstein, directeur du centre médical Sheba à Tel Hashomer, est au poste de commandement de guerre, situé sous les urgences de l’hôpital, lorsque l’appel arrive.
C’est le premier coup de fil en trois semaines de son fils, Roy, un commandant de compagnie en second de la brigade Golani, qui se bat dans la bande de Gaza.

«  Je vais bien », déclare Roy à son père soulagé, « mais j’ai du travail pour toi. J’ai besoin que tu t’occupes de certains de mes soldats gravement blessés à Shejaia. Certains sont en route pour Sheba-Tel Hashomer, tandis que d’autres sont apparemment à l’hôpital Beilinson. Peux-tu s’il te plaît passer les voir ? », lui demande Roy.
Rotstein s’exécute, et se rend au centre médical Rabin du campus Beilinson à Petah Tikva pour transmettre les amitiés de son fils, leur commandant, aux soldats blessés de son unité. Deux d’entre eux seront plus tard transférés à Sheba pour réhabilitation.

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Tout au long de la guerre, des soldats Golani blessés, héliportés à Sheba pour traitement, passeront au directeur de l’hôpital, le bonjour de son fils du fin fond de Gaza.
Rotstein prend soin des blessés de Tsahal à Gaza, comme de ses propres fils. Après tout, trois de ses enfants, dont Roy, servent dans l’armée israélienne.
« Dieu préserve, ils auraient tout aussi bien pu être à leur place », s’exclame-t-il. « Je vois, je ressens et je partage la douleur des parents qui se pressent au chevet de leurs fils éreintés et meurtris dans les salles de l’hôpital. Il est de mon devoir, de notre devoir, de guérir ces jeunes héros, et de les rendre à leurs familles entiers et en aussi bonne santé que possible. Nous ne baissons jamais les bras pour personne, peu importe le temps que cela prend, ni la nature des soins ou les difficultés du processus de rééducation. Les soldats de Tsahal renaissent ici à la vie. »

Réalité virtuelle et rééducation

Plus de 120 blessés de la bande de Gaza ont été traités à Sheba, et 50 soldats de tous les autres centres médicaux du pays ont été envoyés, en second lieu, à l’hôpital Sheba. C’est en effet le principal centre de rééducation du pays, pour l’armée israélienne et les victimes du terrorisme. C’est aussi l’un des établissements les plus importants et les plus avancés au monde, avec plus de 700 lits et certains des meilleurs spécialistes mondiaux de rééducation orthopédique, neurologique et respiratoire.

Leader incontesté en chirurgie traumatologique spécifique et en technologies de rééducation, toutes les ressources ont été mises en œuvre dans le traitement des soldats blessés lors du dernier conflit.
Pour preuve, l’histoire du colonel Yonatan Rom, commandant de l’unité de reconnaissance Egoz, blessé presque mortellement à Shejaia.
Avec une artère thoracique majeure déchirée par des éclats d’obus, une épaule brisée par des coups de feu et une commotion cérébrale suite à une explosion. Miraculeusement sauvé au CHU de Soroka à Beersheba, il a subi une procédure d’angioplastie d’urgence par endoprothèse sur son artère sous-clavière.
Lorsque le ministre de la Défense Moshé Yaalon lui rend visite à l’hôpital, Rom insiste pour être transféré à Sheba, selon lui « le meilleur centre de rééducation ». Et un mois plus tard, il s’efforce de surmonter son traumatisme crânien au centre d’entraînement de réalité virtuelle de Sheba.

Le centre de rééducation occupe un bâtiment de trois étages en forme de dôme. Unique en son genre, c’est le premier laboratoire de formation par simulation médicale au monde. Il contient une plate-forme de mouvement qui permet la manipulation de la surface sur laquelle se tient le patient, entouré d’un écran de 360 degrés de type IMAX.
Le laboratoire simule des activités comme une promenade dans un environnement urbain, la conduite d’une voiture, une randonnée en montagne avec ascension et descente ou le pilotage d’un bateau. Le patient est plongé dans un environnement virtuel entièrement interactif et forcé de s’adapter à l’évolution des paysages et à la surface au sol qui bouge constamment, tandis qu’un système de capture de mouvement en temps réel enregistre chacun de ses pas et faux pas pour les médecins et physiothérapeutes. Il s’agit de l’ultime utilisation des technologies de simulation au profit de la médecine rééducative.
En effet, des spécialistes de la rééducation des Etats-Unis, du Canada, d’Asie et de nombreux pays d’Europe, ainsi que l’armée américaine et l’administration des anciens combattants, ont visité les installations de réalité virtuelle de Sheba, et y ont envoyé leur personnel en formation.
Adieu la morphine

Bon nombre de soldats ont subi de graves blessures aux membres durant la guerre, surtout aux mains.
«  Les gilets pare-balles en céramique et de bons casques ont protégé de nombreux soldats contre d’éventuelles blessures internes », explique Rotstein, « mais les os, les ligaments et les vaisseaux sanguins des extrémités ont pris beaucoup de coups. Nos chirurgiens orthopédiques et vasculaires ont réalisé des dizaines d’opérations de microchirurgie afin de réimplanter des nerfs, coudre les ligaments, remplacer des os et reconnecter des vaisseaux sanguins. Le Dr Batya Yaffe, le meilleur chirurgien de la main d’Israël, et son équipe, ont notamment travaillé sans relâche. »

« R », un combattant d’une unité Givati avancée, a subi trois opérations à la main droite et à l’avant-bras, et doit encore passer plusieurs fois en chirurgie reconstructrice. Pour surmonter la souffrance extrême découlant de ces blessures, les spécialistes de la douleur de Sheba ont utilisé une nouvelle technologie « de blocage ». Ils ont implanté dans le bras de R un petit appareil qui lui permet de pomper des anesthésiques locaux, si nécessaire.
Ce système innovant de réduction de la douleur a considérablement diminué la nécessité d’avoir recours à la morphine et autres stupéfiants chez les patients souffrant d’un traumatisme grave au niveau des extrémités. Le système a été utilisé pour tous les soldats blessés lors de la dernière guerre.

Retrouver un visage humain

Le récent conflit de Gaza a aussi eu pour conséquence de graves brûlures de la peau. « A » et « G » sont des combattants du génie. Ils conduisaient un bulldozer blindé Caterpillar D9 quand un poteau de transformateur rempli d’essence s’est effondré sur eux. L’énorme machine a pris feu et leur a causé d’importantes lésions.
Tous deux sont hospitalisés au centre national de traitement des brûlures de Sheba, un établissement high-tech ouvert depuis quelques mois seulement.

Sheba avait entrepris la construction de cette clinique sophistiquée de soins aux grands brûlés, pour un coût de 5 millions de dollars, après le désastreux incendie de la forêt du Carmel en 2010, au cours duquel des dizaines de pompiers et de civils avaient trouvé la mort par manque d’équipements et de technologies de traitement des brûlures adéquates. Les amis de l’hôpital aux Etats-Unis, au Brésil et dans le monde entier ont fourni les fonds nécessaires.
Le nouveau centre de traitement des brûlures contient six salles de soins intensifs pour les grands brûlés, et deux salles de sevrage de soins hospitaliers de quatre lits, toutes munies d’installations stériles à température et humidité contrôlées. Le personnel du centre est constitué d’une équipe multidisciplinaire de psychiatres, spécialistes des maladies infectieuses, ergothérapeutes, physiothérapeutes, diététiciens et travailleurs sociaux qui se consacre entièrement au traitement des brûlures.

A la tête du centre se trouve le Pr Josef Haïk, chirurgien plastique spécialiste de la reconstruction des blessures par brûlures et de soins intensifs, qui a planifié son infrastructure et dirige son équipe. Il a été formé à l’unité de brûlures et de soins intensifs des pompiers à l’hôpital de l’université de l’Alberta à Edmonton, au Canada.
« Ces ingénieurs de combat brûlés dans l’incident du bulldozer D9 n’auraient pas survécu sans les installations de soins spéciaux que nous avons maintenant ici à l’hôpital », déclare Haïk. « Leurs blessures nécessitent des soins intensifs et une ventilation mécanique, ainsi que de nombreuses greffes chirurgicales. Une convalescence difficile les attend. Heureusement, nous sommes aujourd’hui équipés pour leur fournir un niveau international de soins, et nous sommes déterminés à reconstruire leurs corps pour les renvoyer chez eux en aussi bonne forme que possible. »
Les chirurgiens plasticiens de Sheba n’ont pas lésiné sur les heures supplémentaires pour traiter les nombreuses blessures de tissus mous et de la peau, en particulier les blessures au visage, dues à des éclats d’obus.
Les blessures laissent souvent des tâches d’un bleu anthracite intense, incrustées dans les couches profondes de l’épiderme. Haïk et le professeur Eyal Winkler, chirurgien plastique en chef, ont employé une technique unique de grattage des tissus profonds pour ôter chirurgicalement ces taches de la peau.
Winkler a essayé une nouvelle technique de peeling facial pour lisser les joues et le front de soldats défigurés par des cicatrices.

« Leur rendre leur visage est une façon de leur rendre la vie », soutient fièrement Winkler.
Ergothérapie à distance

Les technologies de télérééducation émergent comme la nouvelle tendance thérapeutique, et quelques-uns des soldats blessés de Gaza sont parmi les premiers à bénéficier de ces nouvelles avancées.
« E » de la Brigade Givati a pris une balle dans le cou, qui a fracassé son oreille gauche et son œil droit, mais miraculeusement manqué son cerveau. Transféré à Sheba depuis l’hôpital Beilinson, il a de nombreux mois de chirurgie reconstructrice devant lui pour réparer ses os du visage brisés, son nez, l’orbite de son œil et son oreille. Mais déjà il apprend à améliorer la coordination de sa main et de son œil restant, via des « jeux » sur une console médicale de téléréadaptation développée par l’Institut Gertner de Sheba et maintenant en phase d’essais cliniques.
Le Dr Ofer Keren, chef de clinique de rééducation du cerveau et de la tête, explique que le système de la console d’ordinateur permet au patient de pratiquer lui-même l’ergothérapie chez lui, accompagné à distance par un thérapeute à l’hôpital. Le système surveille les progrès de ses capacités cognitives et motrices, et ajuste en conséquence le niveau de difficulté des exercices à effectuer.

Chaleur humaine et solidarité

Le directeur de l’hôpital, le Pr Zeev Rotstein, ne se repose jamais sur ses lauriers quand il s’agit des installations et des technologies dont il dispose.
« Nous sommes l’hôpital le plus important et le plus complet du Moyen-Orient : nous traitons plus d’1,5 million de patients par an, d’Israël et de toute la région alentour, mais aussi d’Europe de l’Est », explique-t-il. « La demande pour nos services est en constante augmentation, et j’insiste sur le fait que nous possédons également les dernières avancées technologiques, avec les meilleurs techniciens, médecins et scientifiques.
C’est pourquoi nous devons constamment innover, agrandir et moderniser. »

«  En ce moment, une de nos priorités est de tripler la taille et améliorer les installations de notre centre de médecine d’urgence où nous recevons plus de 200 000 patients par an. C’est surtout en temps de guerre que nous nous sentons vraiment à l’étroit. Notre plan est d’en construire un nouveau de 18 millions de dollars sur trois étages, dont un sous-sol à l’épreuve des bombes avec 12 salles d’opération sécurisées. Nous comptons pour cela sur l’assistance des associations mondiales des Amis de Sheba. »
La tension se lit sur le visage de Rotstein, mais cela ne l’empêche pas d’embrasser au passage ou d’adresser un sourire au parent d’un soldat blessé ou à une infirmière épuisée. Il aime mettre l’accent sur la chaleur humaine, une des qualités primordiales du centre hospitalier.

« Il y a trois semaines, en plein milieu de la guerre, nous avons organisé un énorme service de prière du vendredi soir suivi d’un dîner pour les soldats blessés et leurs familles, dans le hall de la tour principal de l’hôpital », raconte Rotstein. « L’événement avait pour but de remonter le moral de tous : patients, familles et personnel médical. »
Yahav Erenboïm a sponsorisé l’événement, et fait appel à des chefs célèbres comme Jonathan Roshfeld, Shaul Ben-Aderet, Golan Gurfinkel, Moshé Aviv et Eyal Shani pour la cuisine et la pâtisserie. Harel Skaat a dirigé les prières et les chants de Shabbat pour Tsahal.
« Des centaines de personnes ont participé à cette magnifique soirée, et beaucoup ont versé des larmes », souligne Rotstein. « Tous se sont régalés et chacun a pu apprécier le sentiment d’unité et de solidarité qui régnait. C’était une façon de dire : “Ensemble, nous allons vers la victoire”. Tel est l’esprit de Sheba ». 

L’auteur est un chroniqueur du Jerusalem Post et consultant en affaires publiques auprès de nombreuses institutions, dont le centre médical Sheba.


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