Un raccourci qui va loin

Cette visite guidée au cœur du judaïsme, organisme vivant et complexe, pour en tirer la substantifique moelle, nous offre un outil majeur

By KATHIE KRIEGEL
March 11, 2014 16:53
3 minute read.
P.24 (2) JFR 150

Pour expliquer le judaisme à mes amis. (photo credit: DR)

Ce proverbe qui dit : « Malgré sa relative quantité restreinte, c’est le peu qui contient l’essentiel » s’applique aussi bien à cet ouvrage dont la force est de faire le tour du judaïsme en 240 pages, en étant synthétique sans être réducteur. Il se destine à nos amis éloignés du judaïsme, aux non-juifs philosémites aussi bien qu’à nos  détracteurs. Il peut être salvateur pour qui serait menacé d’orthopraxie, ou mettre en appétit les victimes de l’assimilation, auxquels il faut redonner le goût de la tradition. Il y a dans ces pages de quoi clouer le bec de qui voudrait tourner le judaïsme en ridicule et ne verrait dans la pratique religieuse qu’un rituel obsolète. Mais  aussi, tel un aiguillon, il titille nos mémoires promptes à s’égarer dans le détail. Son mérite est de nous ramener à l’essentiel.

A vouloir être trop savant, on perd parfois la capacité de donner à autrui des clés pour nous comprendre, sans pour autant tout dévoiler de notre cheminement intérieur dans les arcanes de la Loi, qui  appartient à chacun et gardera ses mystères. En somme, à la fois il initie et recadre. A qui nous dirait c’est ridicule de manger casher, nous pourrons dire qu’il s’agit d’une diète éthique et que nous consommons l’animal sans l’animalité. A qui se moquerait des trois niveaux métaphysiques du judaïsme nous rappellerons que le  profane est divin, la sainteté séparation, et l’impureté fermeture et que l’eau, symbole de mouvement, en représente le contraire.

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En quelques chapitres d’une page voire moins, l’auteur passe en revue l’Histoire, la religion et les grands défis auxquels le judaïsme est confronté aujourd’hui. Pour ce qui est de l’Histoire, seul petit bémol, on pourra regretter l’impasse faite sur la Conférence de San Remo de 1920 où la communauté internationale a reconnu le  lien historique du peuple juif avec la Palestine et lui a accordé le droit d’y reconstruire un foyer national juif sur ces terres. Le raccourci Herzl-Shoah-Création de l’Etat d’Israël, joue en la défaveur de l’Etat hébreu, et vu le climat délétère dans lequel évoluent les Nations en ces jours perturbés où les sirènes de l’antisémitisme se  font chorales, il serait bon de saisir toute occasion de rappeler cette étape majeure de notre Histoire.

« Le judaïsme est toujours resté un organisme vivant… et complexe comme l’on dit d’une molécule unique qu’elle est complexe. » L’auteur ne prétend pas ici en faire un tour exhaustif. Le plus grand mérite du livre sera d’affermir notre désir de nous plonger dans les textes pour en savoir plus et nous donner le goût d’arpenter les  « collines d’interprétation ». Au fil des pages, le credo biblique devient limpide, l’universalité hébraïque évidente. Sans langue de bois et sans parti pris, il n’occulte pas les défis auxquels le judaïsme est confronté aujourd’hui ; les problèmes liés à la jeunesse, la femme et l’étude, et en appelle avec courage au dialogue  orthodoxes-libéraux, laïcs-religieux et interreligieux, en remettant le questionnement au cœur des préoccupations et rappelle que la centralité de l’interprétation du Livre est au cœur de la survie du judaïsme.

Dans un troisième chapitre qui ouvre sur l’avenir, il nous engage à ne pas fuir nos responsabilités et à jouer notre rôle  parmi les nations. Ainsi notre foi devient action. Un Juif adulte est un Juif qui possède la conscience du don, et a conscience d’être créé par sa propre action libre, nous rappelle l’auteur. D’où son obligation de s’investir dans le monde. « La question hébraïque de la liberté n’est pas de savoir comment abandonner le monde profane  pour aller vers le divin, mais comment humaniser le divin dans le monde profane ». Dieu a fait de l’homme son associé. Ainsi tout ce que Dieu a créé peut porter la trace du parachèvement humain. Dès lors, il incombe à l’homme de « rendre présent un Dieu qui dès l’origine s’était volontairement caché pour laisser la place à  l’homme ».

On ne naît pas Israël, on le devient, nous rappelle Haddad. Nous ne consommons pas « le nerf (sciatique) de l’oubli », car c’est dans la lutte pour la mémoire que nous embrasserons pleinement notre identité israélite. 


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