Une terre ancestrale

By EVA TAPIERO
August 27, 2013 16:06

Aziz, fils du sheikh d’El-Araqib, milite pour avoir le droit de rester sur sa terre.

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Aziz Al-Tory, fils du sheikh d'El-Araqib.

P13 JFR 370. (photo credit: Eva Tapiero)


« Mon rêve est de construire ma maison ici. Le rêve du gouvernement est de confisquer la terre. Ce sont deux rêves très différents. » C’est ainsi qu’Aziz Al-Tory, habitant de l’un des 46 villages bédouins non reconnus par l’Etat d’Israël, résume la situation.

En arrivant à El-Araqib, village natal d’Aziz, on aperçoit depuis la route un cimetière encerclé de terrains sur lesquels de jeunes arbres ont été plantés. C’est là, dans l’enceinte du cimetière qu’Aziz, 40 ans, et sa famille vivent maintenant.

Après les nombreuses destructions des habitations du village, c’est le seul endroit « sûr » pour les habitants qui ont décidé de rester sur leurs terres. Les terrains alentours, qui servaient jadis de terres cultivables, sont maintenant utilisés par le Fonds national juif (FNJ). Les arbres occupent l’espace et empêchent toute utilisation de la terre par les habitants d’El-Araqib.

Selon la tradition bédouine, Aziz nous reçoit dans une tente, construite à l’extérieur du cimetière.

Il entame la discussion ainsi : « J’ai vécu toute mon enfance ici, je me souviens de tout ici ». Sa famille a acheté le terrain en 1905 (120 hectares), sur lequel le premier puits est construit en 1913 et la première personne enterrée, en 1914. « Il n’y a pas d’écrits bien sûr, ce que je sais, je le tiens des anciens à qui j’ai toujours posé beaucoup de questions », ajoute-t-il.

L’histoire de la famille d’Aziz est simple. En 1948, alors que beaucoup de Bédouins partent, notamment en Jordanie, ses ancêtres restent. Son grand-père n’avait pas de problème à vivre dans un Etat juif, contrairement à d’autres membres de sa famille qui, selon Aziz, ont choisi de partir pour des raisons d’ego.

A cette époque, les habitants avaient des habitations en pierres. C’est en 1953 que tout change. L’Etat demande à sa famille de quitter le village pour 6 mois et de revenir ensuite. Le délai de 6 mois est prolongé de quelques mois par les autorités et « lorsque ma famille est revenue, l’Etat n’a pas voulu nous rendre la terre et on nous a dit que l’on pouvait s’y installer à condition de louer le terrain ». Ils ont refusé de louer un terrain qui leur appartenait et, leurs maisons ayant été détruites, ils en ont reconstruit de nouvelles.

Rien sauf… des produits chimiques 

Les années Peres ont ensuite ont redonné l’espoir aux habitants et les incessants we will do this, we will do that (nous ferons ceci, nous ferons cela) de l’Etat. Mais rien n’est jamais venu sauf des pulvérisations de produits chimiques sur les cultures. Elles ont commencé en 1999 et il y en a eu 5 en tout. En plus des cultures détruites, les animaux ont aussi souffert, 200 moutons ont notamment péri. Une plainte ayant été déposée, un juge a tranché et a ordonné l’arrêt des pulvérisations. « Ils ont changé de méthode, maintenant ils plantent des arbres » commente Aziz avec ironie.

Aujourd’hui, Aziz n’est plus en droit de réclamer le terrain. Mais il est sûr qu’un jour tout changera.

Pour une meilleure défense de ces droits, il y a trois ans, il a décidé d’apprendre à parler anglais. Il n’arrêtera pas son combat parce que « c’est un combat juste, un combat pacifique… On a besoin de la vérité, seulement de cela. » Dans la famille d’Aziz, comme les terrains, le conflit se passe de génération en génération. « Je dis à mon fils, mon grand-père est mort en 1979, en attente de voir ses droits reconnus, après mon père s’est battu, puis moi-même, ensuite ce sera à toi de te battre pour tes droits […] Nous pouvons vivre ensemble avec le peuple juif, mais en ayant les mêmes droits. »


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