Tandis que le pays épuisé par un conflit d’une durée exceptionnelle reprend peu à peu son rythme quotidien, beaucoup d’habitants des villes et villages proches de Gaza se demandent encore si les attaques de roquettes et d’obus de mortier qui leur ont rendu la vie impossible ne vont pas reprendre. Un scepticisme bien compréhensible. Et la réponse à cette question indiquera le niveau de réussite atteint par Tsahal à Gaza.

En partant en guerre, Israël avait un objectif somme toute modeste : ôter aux dirigeants du Hamas l’envie de poursuivre leurs attaques contre les Israéliens.

Après le conflit, une chose est sûre : les capacités offensives du Hamas ont été gravement endommagées, des réserves de munitions aux tunnels, en passant par les centres de commandement, sans compter le grand nombre de victimes dans les rangs de l’organisation terroriste.

Toutefois, les hauts responsables de la Défense ne s’étaient pas donné pour mission de détruire totalement la capacité des brigades Izz al-Din al-Qassam de lancer leurs roquettes. Leur objectif déclaré se limitait à convaincre le Hamas que tirer sur Israël était une très mauvaise idée. Mais ni l’état-major de l’armée, ni le gouvernement n’a pris le temps de bien l’expliquer au public.

Certes, ils ont indiqué dès le départ entendre rétablir le calme et n’ont cessé de rappeler cet objectif limité, mais le public, de son côté, avait une tout autre perception des choses. Et à mesure que la guerre se prolongeait, le fossé n’a cessé de se creuser entre les hauts décisionnaires et l’Israélien moyen.

 

 

Le seul succès du Hamas

 

Au cours de cette guerre, devenue l’une des plus longues de l’histoire d’Israël, le Hamas a atteint lui aussi son but : faire vivre des millions d’Israéliens dans l’angoisse, malgré la lourde contre-attaque à laquelle le soumettait Israël. Car le principe central de la doctrine du Hamas en matière de guérilla terroriste est de pouvoir lancer des roquettes en continu durant une période de temps prolongée, et c’est exactement ce qu’il a réussi à faire.

C’est toutefois le seul succès dont il puisse se targuer.

Car ses autres objectifs n’ont pas été atteints et il s’est retrouvé acculé à accepter un cessez-le-feu qu’il avait rejeté à maintes reprises depuis le début de la guerre. La preuve indéniable que ses dirigeants n’avaient plus le choix : la pression militaire imposée par Israël les contraignait à mettre un terme aux hostilités.

Poussé par l’intransigeance de Khaled Meshaal, chef de sa branche politique en exil, le mouvement s’était lancé dans une guerre absurde qui ne lui a apporté satisfaction pour aucune de ses exigences fondamentales, avant de se résoudre à un cessez-le-feu qu’il aurait déjà pu signer début juillet.

Aujourd’hui, rien n’indique qu’il obtiendra son port, ni son aéroport, deux demandes fantaisistes qu’il ne peut espérer voir satisfaites étant donné sa volonté affichée de se réarmer.

Il n’a pas obtenu la libération de ses membres arrêtés en Judée-Samarie à la suite du kidnapping et du meurtre des trois adolescents israéliens par des combattants de sa branche à Hébron, et a été contraint d’accepter Le Caire
comme médiateur, tombant du même coup sous la coupe d’un gouvernement égyptien qui lui est aussi hostile qu’Israël.

Sur les 4 600 projectiles tombés sur le territoire israélien, 3 600 ont explosé dans des terrains vagues. 224 roquettes et tirs de mortier ont touché des zones construites et le Dôme de fer en a intercepté 740, dont une dizaine de longue portée qui seraient tombés dans des zones peuplées. Sans la défense efficace dont disposait Israël, il est certain que ces derniers auraient fait un carnage.

70 Israéliens ont péri dans cette guerre : 64 soldats et
6 civils, dont deux habitants du kibboutz Nirim, tués dans une attaque de mortier survenue au cours des dernières minutes de la guerre.

 

50 jours dans l’arène

 

Les dégâts à Gaza sont pour leur part considérables et encore difficiles à bien évaluer. Sur le chiffre approximatif des 2 000 morts palestiniens, Tsahal estime qu’un peu plus de la moitié étaient des combattants d’organisations terroristes, la plupart appartenant au Hamas. Plus de 300 000 habitants ont été déplacés à l’intérieur de la bande de Gaza et des milliers de bâtiments, que le Hamas utilisait comme bases pour ses opérations, détruits.

Durant cette guerre, l’aviation israélienne a touché 5 263 cibles, détruisant la plupart des centres de fabrication et de nombreux entrepôts de roquettes, des centres de surveillance, de commandement et de gestion, des bureaux militaires utilisés pour coordonner les attaques, des camps d’entraînement et des infrastructures terroristes installées dans des mosquées et des immeubles d’habitation.

Le Hamas a positionné ses installations de combat au cœur même de la population civile de Gaza. Pourtant, il n’est pas certain qu’au début de la guerre, le mouvement ait eu conscience de l’étendue des destructions que cette stratégie amènerait sur Gaza ; sans doute a-t-il largement sous-estimé la détermination d’Israël à réaffirmer sa force de dissuasion et à ne pas se laisser acculer à faire des concessions sous la pression d’actes de guerre et de terrorisme.

Côté israélien, l’intelligence militaire de Tsahal a pour sa part sous-estimé la détermination du Hamas à poursuivre les hostilités sur une longue durée. Ainsi, le chef d’état-major Benny Gantz et le responsable du commandement de la région Sud Sami Turgeman ont-ils appelé trop tôt les populations des villages frontaliers de Gaza à réintégrer leurs domiciles. Ils l’ont fait au cours de la première semaine d’août, soit trois semaines avant le cessez-le-feu effectif.

Certes, l’intelligence militaire israélienne a réalisé un travail exceptionnel dans le repérage des installations militaires du Hamas et dans le guidage des avions de l’armée de l’air, des forces au sol et de la marine vers les cibles à atteindre. En revanche, elle n’a pas prévu que les dirigeants de l’organisation seraient décidés à demeurer 50 jours dans l’arène. Elle va devoir étudier les raisons de cette mauvaise évaluation.

 

 

Aucune illusion…

 

Du point de vue de Tsahal, les capacités offensives et défensives de l’armée se sont révélées satisfaisantes dans l’ensemble. L’intérieur a échappé à des destructions massives grâce au Dôme de fer. En deux semaines, l’offensive au sol a transformé en champ de ruines le réseau de tunnels frontaliers que le Hamas avait mis 5 ans à construire et l’armée de l’air, guidée par les services de renseignements, a infligé de lourds dommages aux divers tentacules de l’organisation terroriste.

A aucun moment de l’opération, Israël n’a cherché à faire tomber le Hamas ni à détruire sa branche militaire ; en effet, selon les estimations, un régime unique affaibli était préférable à un chaos généralisé ou à un vide du pouvoir, que risqueraient de vouloir venir remplir une multitude de milices comparables à celle de l’Etat islamiste (EI).

« Nous ne nous faisons pas d’illusions », a indiqué le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, dans sa conférence de presse au lendemain du cessez-le-feu. « Nous vivons au Moyen-Orient. Il est tout à fait possible que nous soyons contraints de retourner nous battre contre le Hamas ou contre d’autres organisations terroristes. »



Une déclaration qui donne à réfléchir. Car nul ne sait encore si Israël est vraiment parvenu à convaincre le Hamas qu’il n’avait aucun intérêt à reprendre ses tirs.


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