La guerre de l’entre-deux

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August 1, 2012 15:48

Depuis sa prise de fonctions à la tête de l’état-major de Tsahal, Benny Gantz a multiplié les opérations secrètes, notamment à l’étranger. Selon lui, Israël ne peut rester inactif pendant que ses ennemis s’arment




Appareil V-22 pour les troupes aéroportées

helico. (photo credit:Reuters)

‘La guerre de l’entre-deux guerres”, telle est l’expression employée par le chef d’étatmajor Benny Gantz pour décrire la série d’opérations militaires secrètes conduites par les forces spéciales de Tsahal lors de périodes apparemment calmes. Des opérations menées par des commandos anonymes dont les missions restent pour la plupart inconnues du grand public, voire même souvent du ministère de la Défense. De temps à autre seulement, les citoyens israéliens apprennent quelques exploits de cette guerre cachée. Tel avait été le cas en avril dernier, quand des agents de la force de marine Flotilla 13 (mieux connue sous le nom de Shayetet) débarquaient à bord du “HS Beethoven”, navire immatriculé au Liberia et faisant course du Liban vers l’Egypte. La fouille de plus de 12 heures n’avait rien donné. Mais un mois plus tôt, une opération similaire avait permis au même commando d’intercepter un cargo transportant 50 tonnes d’armes. Le “Victoria” faisait route vers l’Egypte. A son bord : des missiles antiradars, antinavires et autres dispositifs dont le destinataire final était très vraisemblablement l’une des nombreuses organisations terroristes de la bande de Gaza.




Ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres. Le nombre d’opérations conduites par Tsahal a doublé depuis l’an dernier. La preuve aussi qu’Israël doit faire face à une menace croissante dans la région. La plupart des détails sur ces opérations sont classés secret-défense, y compris leur nombre exact. Et selon les rapports étrangers, Tsahal est aussi actif au Soudan, au Liban et en Iran. Cette multiplication des opérations n’est d’ailleurs pas fortuite, et d’après certains hauts dirigeants de l’armée, le responsable de cet accroissement serait bien Gantz. Selon lui, Tsahal ne peut se permettre d’assister les bras croisés à l’armement de ses ennemis, notamment le Hezbollah, le Hamas et le Djihad islamique.

“Gantz accorde beaucoup d’importance à ce qu’il appelle la ‘guerre de l’entre-deux-guerres’”, explique un membre de l’état-major. “Ces opérations donnent de très bons résultats, et elles adressent en même temps un signal clair à tous nos adversaires sur le fait que nous sommes vigilants. Cela augmente notre capacité de dissuasion”.

Trois en un

Actuellement, l’armée israélienne compte trois unités pour ses missions spéciales : Shayetet, rattachée à la marine nationale, Sayeret Matkal, unité de renseignements de l’état-major, et Shaldag au sein de l’armée de l’air. Cette dernière se charge notamment de raids aériens ponctuels hors des frontières nationales. Au terme de près de dix ans de réflexion, Gantz a finalement décidé en décembre dernier de consolider ces unités d’élite dans le cadre d’une même formation. Celle-ci, nouvellement créée, a pour nom le “Corps d’actions en profondeur”, dirigée par le général de division Shai Avital, ancien commandant de Sayeret Matkal et accessoirement aussi très bon ami du ministre de la Défense Ehoud Barak. Depuis la création de ce corps d’élite, Avital n’a cessé d’en augmenter les effectifs au cours des derniers mois.




Le général de brigade Gal Hirsch a été nommé délégué spécial d’Avital. Démissionnaire depuis la seconde guerre du Liban en 2006, où il avait servi en tant que commandant de division pour la Galilée, Hirsch accomplit cette tâche en tant que réserviste. Moni Katz, ancien commandant de la Brigade Guivati, en dirige et coordonne les troupes. Si les forces spéciales israéliennes ont remporté des succès spectaculaires ces dernières années, il est apparu évident à beaucoup, depuis la seconde guerre du Liban, que ces opérations gagneraient encore plus en efficacité si les unités travaillaient conjointement. Pour l’heure, on n’envisage pas d’extension de ce corps à d’autres unités. De plus, pour les entraînements, chaque corps d’armée reste responsable de son unité d’élite : l’armée de l’air supervise Shaldag, la marine s’occupe de Shayetet et le service des renseignements est toujours responsable de Sayeret Matkal.

Ce qui change en revanche, c’est la pratique. Ainsi, les missions spéciales sont désormais dirigées par Avital, luimême directement subordonné à Gantz. Les unités spéciales sont donc directement mobilisées par un même ordre, en fonction des besoins et des capacités requises pour garantir le succès d’une opération donnée. Par ailleurs, il est aussi envisagé de renforcer Shaldag, considérée comme l’une des meilleures unités de l’armée et dont les effectifs sont moindres par rapport aux deux autres, Shayetet ou Sayeret Matkal.

Hors des frontières du pays

Les missions de ce corps d’élite sont de deux ordres. D’une part, il s’agit bien sûr de mener des opérations spéciales, ciblées et ponctuelles. Mais le deuxième volet est tout aussi important et s’inscrit sur un plus long terme, à savoir un contrôle constant des manoeuvres militaires, au coeur des territoires ennemis tels que le Liban ou la Syrie. Mais bien que menées sur plusieurs fronts, avec à chaque fois un commandement régional, ces actions observent pourtant un certain périmètre d’action à ne pas dépasser habituellement : peu d’opérations sont ainsi menées par ce corps d’élite au delà d’une certaine limite au Nord (en Syrie ou au Liban) ainsi qu’au Sud, dans le Sinaï.




Or, si jamais une guerre advenait par exemple avec le Hezbollah et ses missiles de longue portée, elle devrait être menée non pas juste au Sud-Liban mais aussi plus loin dans le pays.
En outre, avec l’accroissement de ces opérations spéciales et le développement des trois unités qui en ont la charge, Tsahal cherche à présent à développer la mobilité de ses troupes grâce à de nouvelles plates-formes de communications. Jusqu’à présent, les trois unités en question utilisent les avions Sikorsky CH-53 ainsi que les hélicoptères “Black Hawck” (aigle noir). Or, avec le développement de nouveaux missiles sol-air dans la région, ces avions deviennent de plus en plus vulnérables et inaptes aux opérations menées par Tsahal. Preuve en est par exemple avec l’attaque d’un hélicoptère israélien par un missile tout près de la frontière égyptienne en août dernier. Si les terroristes avaient alors manqué leur cible de peu, cette attaque a suscité une intense réflexion au sein de l’armée.

L’atout des V-22

En outre, il s’est avéré que ce genre de missiles, provenant de Libye, était probablement vendu secrètement en Egypte, voire dans la bande de Gaza. Par conséquent, l’armée de l’air exerce une importante pression sur les autorités de Tsahal, exigeant que des fonds soient débloqués pour l’achat d’avions V-22 Osprey. Ces avions ont en effet l’avantage de pouvoir décoller et atterrir n’importe où, comme des hélicoptères, et en même temps de voler aussi vite et aussi haut que les meilleurs avions militaires. Cela fait d’ailleurs bien des années que l’armée de l’air lorgne sur ces engins, produits par Boeing et Bell. Juste avant de laisser la place à Amir Eshel en mai 2012, l’ancien général en chef de l’armée de l’air, Ido Nehoushtan, avait ainsi effectué son premier vol à bord d’un V-22 pour en tester la qualité, lors de son voyage aux Etats-Unis. Et s’était dit époustouflé par la capacité de l’avion à décoller à la verticale, comme un hélicoptère, grâce à ses réacteurs flexibles qui peuvent passer d’une position droite à une inclinaison de 45 degrés pour permettre à l’engin de se propulser dans les airs comme n’importe quel autre avion, atteignant ainsi une vitesse de 300 noeuds, soit deux fois plus vite qu’un hélicoptère.




Ces V-22 peuvent transporter jusqu’à 24 troupes de combat ou contenir plus de 9 tonnes de cargaison à l’intérieur ou à l’extérieur. Et sont capables de parcourir plus de 4 000 kilomètres avec un seul plein. “Etant donné le développement des missiles surface-air chez nos ennemis et la menace qui en résulte pour nous, le V-22 est précisément ce qu’il nous faut pour acheminer et ramener nos troupes rapidement et en toute sécurité”, explique un pilote de l’armée de l’air. Quoi qu’il en soit, avec ou sans V-22, une chose reste certaine : Israël doit poursuivre ses opérations spéciales, d’autant plus que les changements politiques et stratégiques au Moyen-Orient risquent de menacer à chaque fois un peu plus sa sécurité.

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