Lapid : Un visage présentable au monde ?

Avec son allure de modéré, Lapid saura-t-il mieux faire passer au monde la pilule de la construction dans les implantations ?

By HERB KEINON ET YONAH JEREMY BOB
January 29, 2013 14:05
Yair Lapid addressing supporters in post election speech, January 22, 2013.

Yair Lapid addressing supporters in post election speech 370. (photo credit: REUTERS/Ammar Awad)

Quelques heures après les premiers résultats des urnes, mardi 22 janvier au soir, le ministre des Affaires stratégiques, Moshé Yaalon, était l’invité des plateaux d’Aroutz 2. Il tentait avec difficulté de revenir sur le point central de la campagne du Likoud : un vote pour le parti envoie un message fort au président iranien Mahmoud Ahmadinejad, à Hassan Nasrallah du Hezbollah et à Khaled Mashaal du Hamas.

« Et que pensent ces trois dirigeants à présent ? », s’est-il entendu répondre. De but en blanc, non sans humour, Yaalon a rétorqué : « Ils se demandent qui est ce Yaïr Lapid ? ».

Car il y a fort à parier que le nom de « Yaïr Lapid » était l’un des plus populaires sur le moteur de recherche Google, mercredi, dans les capitales du monde entier. Les preneurs de décisions des pays amis – aussi bien qu’ennemis – bouillonnaient d’en savoir plus sur cette nouvelle « saveur » israélienne, devenue soudainement incontournable.

Les nations amies, au moins, seront probablement soulagées par ce qu’annoncent les résultats : sur les questions diplomatiques/sécuritaires, Lapid n’est pas un faucon. C’est un modéré pragmatique un tantinet à gauche du Premier ministre Binyamin Netanyahou, hautement représentatif de la classe moyenne israélienne et sensible à la nécessité d’un soutien international.

Les spéculations sur la future coalition vont bon train et les noms des principaux ministres fusent. Quelle que soit la coalition, Lapid – à la tête du deuxième parti de la Knesset – se verra probablement offrir l’un des grands ministères suivants : les Affaires étrangères, les Finances ou l’Education.

Un diplomate, diplomate

S’il accepte les Affaires étrangères, le monde – qui traitait (ou justement ne traitait pas) avec Avigdor Liberman ces quatre dernières années – ne pourra qu’applaudir des deux mains : Lapid est l’anti-Liberman.

Tout d’abord, contrairement à Liberman, il ne taxera pas les pourparlers de paix avec les Palestiniens de perte de temps. Avant les élections, il avait annoncé qu’il rejoindrait uniquement un gouvernement qui les favorise.

Deuxièmement, son style est nettement différent – moins perçant, moins combatif, moins conflictuel. Difficile d’imaginer Lapid fustiger les Européens à la manière d’un Liberman, qui déclarait devant une salle pleine de diplomates, en décembre, que de nombreux leaders mondiaux seraient prêts à « sacrifier Israël en un clin d’oeil ».

En tant que ministre des Affaires étrangères, supposons que Lapid sera, comment dire, plus diplomate. Israël cherche toujours un visage agréable à montrer au monde, une fonction désormais occupée par le président Shimon Peres, et Lapid semble être un bon choix pour le job : modéré, séduisant, à l’aise, doté d’un bon niveau d’anglais, courtois, charismatique. Bref, une personnalité qui serait la bienvenue dans les capitales étrangères.

Lapid peut jouer tous ces rôles – un visage sympathique face au monde et une voix influente sur la politique étrangère et sécuritaire – même s’il n’est pas nommé ministre des Affaires étrangères.

Le ministre de la Défense Ehoud Barak a récemment servi à Netanyahou de lien avec Washington, où il est bienvenu et respecté, contrairement à Liberman. Quel que soit le ministère qu’il choisira, Lapid sera sûrement membre du cabinet de sécurité, où les grandes questions diplomatiques et de défense sont discutées et adoptées.

Jérusalem, l’intouchable 

Ceux en quête d’infos sur le web, cependant, ne doivent pas se laisser berner par la modération de Lapid. Ni faucon, mais ni colombe non plus. En octobre, il avait déclaré : « Israël doit se débarrasser des Palestiniens et ériger une barrière entre nous et eux », ajoutant que « s’il n’y aura pas de “nouveau Moyen-Orient”, du moins il n’y aura pas trois millions de Palestiniens en territoire israélien ».

Lapid a également choisi octobre pour prononcer un discours de politique étrangère à Ariel, où il s’est clairement démarqué de la gauche et a affirmé son soutien aux blocs d’implantations.

« Il n’existe aucune carte où Ariel n’est pas incluse dans l’Etat d’Israël », a-t-il clamé. « On ne se présente pas à des négociations avec seul un rameau d’olivier, comme le fait la gauche, ou seule une arme à feu, comme le fait la droite.

On est là pour trouver une solution. Nous ne souhaitons pas un mariage heureux avec les Palestiniens, mais un acte de divorce avec lequel nous pouvons vivre. » Lapid soutient Ariel, les grands blocs d’implantations et s’oppose à la division de Jérusalem, car selon lui, la capitale représente l’ethos du pays, la raison pour laquelle le peuple juif se trouve en Terre sainte – encore une fois, des positions qui le placent au coeur du consensus israélien.

Le hic, c’est que le monde ne soutient pas ces points de vue. Les pressions internationales opérées sur l’Etat juif ces derniers mois portent sur les plans de construction dans les grands blocs d’implantations et à Jérusalem, que Lapid encourage. Même s’il devient le nouveau visage derrière ces positions, il est toujours peu probable que le monde les embrasse.

Néanmoins, le chef de Yesh Atid peut les rendre plus acceptables, compréhensibles et moins menaçantes qu’elles ne l’étaient ces quatre dernières années.

Mardi, le jour de nos élections et le lendemain du sermon du président américain Barack Obama, le Washington Post présentait un éditorial appelant à une remise au point mort des relations tumultueuses entre Obama et Netanyahou. Un gouvernement avec Lapid dans un rôle central, de présentateur et d’acteur en politique, est plus qu’envisageable – et pas seulement à Washington.

Lapid en 5 points 

Mercredi 23 janvier, un jour après les résultats du scrutin, les candidats de la liste du parti centriste soulignaient « la grande responsabilité » dont ils avaient hérité en gagnant 19 sièges à la nouvelle Knesset. Parfait écho au discours prononcé par Yaïr Lapid après les résultats, l’expression a été reprise dans tous les médias.

Selon Adi Kol, neuvième sur la liste du parti, les résultats positifs du scrutin sont le fruit d’un « dur labeur ». Et elle ajoute : « Nous ressentons tous l’importante responsabilité de tenir nos promesses. » Kol a annoncé que les promesses du parti pouvaient être résumées en 5 principes, sur lesquels Yaïr Lapid serait intransigeant : 1) égaliser le service militaire ou national, 2) réduire le coût de la vie, 3) augmenter les subventions pour le logement des jeunes familles, 4) insérer des études générales dans le système éducatif haredi, et 5) relancer le processus de paix.

Quant à savoir laquelle de ces promesses est la plus importante, Kol répond que l’égalisation des services militaire et social est le point majeur, suivi de la relance du processus de paix.

Questionnée quant au fait que l’opinion internationale puisse voir d’un mauvais oeil de faire passer une question intérieure avant le processus de paix, Kol a sa réponse.

Elle a dit avoir essayé d’expliquer aux médias que « tenter de résoudre un problème extérieur quand il y a tant de problèmes intérieurs n’est pas une bonne idée ». Quand la nation sera unifiée de l’intérieur, « il sera bien plus facile de résoudre un problème extérieur. » Kol, diplômée de l’université de Columbia de New York, a ajouté avoir étudié différents types de politiques, soulignant que c’est une valeur américaine de « respecter chaque politique et de ne pas devenir grossiers les uns envers les autres ».

Elle a dit vouloir apporter ce genre de changement en Israël et être capable de discuter respectueusement avec les opposants politiques.


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL

Israel Weather
  • 15 - 30
    Beer Sheva
    18 - 25
    Tel Aviv - Yafo
  • 15 - 26
    Jerusalem
    16 - 25
    Haifa
  • 20 - 36
    Elat
    17 - 32
    Tiberias