Lapid et Bennett : duo de choc

Beaucoup pensent que tout les oppose. Mais ces deux nouveaux venus de la politique israélienne ont plus en commun qu’il n’y paraît.

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January 29, 2013 14:24
Bayit Yehudi head Naftali Bennett makes post-election speech at Kfar Maccabia, January 22, 2013.

Naftali Bennett makes post-election speech 370. (photo credit: TOVAH LAZAROFF)

C’est le ticket gagnant. Les partis de Yaïr Lapid (Yesh Atid) et Naftali Bennett (Habayit Hayehoudi) méritent d’être en pole position dans le prochain gouvernement. Ensemble, ils détiennent 31 sièges de la nouvelle Knesset : autant que la liste du Likoud-Beiteinou, dirigée par Netanyahou. Mais, plus important encore, ils représentent le meilleur des valeurs de la société israélienne, et la volonté du peuple, clairement exprimée par le scrutin du 22 janvier.

A contrario des autres leaders israéliens, Lapid et Bennett se sont concentrés sur des campagnes positives qui exposaient des valeurs et des principes, et non seulement des promesses de réformes et des exigences. Ils ont parlé d’engagement sioniste, de patriotisme, d’honnêteté dans les affaires et en politique, de juste répartition du fardeau militaire et économique, et de valeurs familiales.

Ils ont également mentionné le dévouement civil et exprimé le plus grand respect pour le mouvement social de 2011.
Ils ont montré qu’ils avaient compris le pincement au coeur ressenti aujourd’hui par l’Israélien moyen.

Ni l’un ni l’autre ne se sont lancés dans de violentes attaques contre leurs adversaires politiques. Tous deux ont évité de lapider Netanyahou (comme l’a fait Tzipi Livni), de le rejeter en tant que futur Premier ministre (comme l’a fait Shelly Yachimovich) ou de remettre en question sa santé mentale ou encore ses scrupules moraux (comme l’a fait Zehava Gal-On).

Tous deux ont refusé la politique de la délégitimation et de la diffamation. Tous deux ont parlé de la reconstruction de la société israélienne, qui est à la fois faisable et urgente, et non d’une paix chimérique avec les Palestiniens, qui doit désormais attendre que le printemps arabe et l’hiver islamiste se tassent.

Tous deux ont rejeté les assertions apocalyptiques sur le schisme diplomatique entre la droite et la gauche israélienne, ainsi que les malveillantes accusations d’un basculement à droite de l’Etat d’Israël. (Note à l’intention des journalistes occidentaux et autres agitateurs : il est temps de laisser tomber vos paradigmes obtus sur la division irrévocable des Israéliens entre la gauche « saine d’esprit » et la droite « radicale ». Ce n’est tout simplement plus d’actualité).

Ni l’un ni l’autre ne sont des apparatchiks 

Lapid et Bennett ont tous deux cherché à combler le fossé entre religieux et laïcs. En réalité, ils ont même rejeté la notion de fossé. Lapid s’est fait un devoir d’inclure plusieurs personnalités religieuses dans sa liste, y compris son numéro 2, le rabbin Shaï Piron, aujourd’hui pressenti comme ministre de l’Education. Bennett, lui, a tout fait pour avoir une femme laïque, Ayelet Shaked, dans le top 3 de son parti, un geste tout en symboles.

Tous deux parlent des Israéliens, religieux et laïcs, comme de leurs « frères et soeurs » et ils sont crédibles. Tous deux soutiennent une approche graduée, nuancée et mature du conflit autour de l’enrôlement des harédim, comprenant que le secteur ultra-orthodoxe a besoin d’être éduqué en douceur pour un plus grand investissement dans la vie civile et militaire israélienne. Ni l’un ni l’autre ne sont prêts à renoncer à cette réforme, mais tous deux comprennent que la communauté ultra-orthodoxe ne peut être brutalement tirée de ses ghettos.

Les deux nouveaux leaders ont tous deux exprimé de la joie, et non de la crainte, face à l’entrée en politique de si nombreux élus religieux d’une part, et inexpérimentés d’autre part. Un tiers des membres qui vont occuper les bancs de la prochaine Knesset sont religieux et 40 % sont des nouveaux venus. Lapid et Bennett n’ont pas mis en garde contre cette nouvelle relève, mais l’ont, au contraire, accueilli chaleureusement.

Ni l’un ni l’autre ne sont, en outre, des apparatchiks. Ils se sont tous deux établis dans de nouveaux cadres politiques au sein desquels ils ont pu exprimer leurs valeurs, brisant le moule fatigué de la vieille rivalité Likoud-Avoda.

Bien entendu, Lapid s’est construit sur les ruines de Kadima, et Bennett sur le naufrage du Parti National-Religieux. Mais tous deux ont bien compris le besoin d’un nouvel échafaudage sociopolitique. Conséquence : ni l’un ni l’autre ne sont entièrement liés aux lourdeurs bureaucratiques d’un parti.

Comme Bibi quelques années plus tôt 

A y regarder de près, les deux membres de ce dynamique duo se ressemblent tant par leurs parcours que par leurs talents.
Lapid et Bennett se sont tous deux enrichis dans les affaires (si tant est que l’on considère les médias comme faisant partie de « l’industrie de l’entertainment »). Tous deux excellent face à la caméra, que ce soit en hébreu comme en anglais, mais tous deux ont cependant l’air sincères, évitant les paillettes et la superficialité. Mais ne ressemblent-ils pas à un Netanyahou plus jeune ? Le résultat est sans appel : les Israéliens ont massivement récompensé Lapid et Bennett pour leur sérieux et leur approche non-sectaire et unificatrice de la société et de la politique israéliennes. Aujourd’hui, les électeurs veulent les voir au gouvernement.

Plus encore, ce scrutin prouve, tout comme les débats préélectoraux l’ont prouvé, que ces deux grands groupes d’électeurs (la classe moyenne tel-avivienne qui a choisi Lapid et la classe moyenne « de l’arrière-pays » qui s’identifie à Bennett) se respectent beaucoup mutuellement. Mieux, ils sont très souvent d’accord, tout en reconnaissant leurs différences (en ce qui concerne notamment la Judée-Samarie qui demeure aujourd’hui un sujet épineux).

Netanyahou devrait donc respecter le désir de l’électorat, et saisir cette opportunité pour tracer un nouveau chemin, main dans la main avec Lapid et Bennett, car il y a un futur (Atid) à conquérir et un foyer (Bayit) à protéger.

Netanyahou peut tout à fait être le ciment de cette nouvelle coalition. Ensemble, ils peuvent trancher dans (au moins une partie) du noeud gordien qui empoisonne la société israélienne depuis si longtemps. Le Premier ministre doit simplement avoir le courage de mettre les politiciens radicaux ou étroits d’esprit (tels que les leaders de Shas ou du parti de Tzipi Livni) à l’écart du prochain gouvernement.


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