Le Consistoire de Paris vent debout

Le conseil d’administration du Consistoire de Paris s’est enrichi de 14 nouveaux membres. Avec un seul mot d’ordre : communauté et rassemblement.

By KATHIE KRIEGEL
December 3, 2013 17:07
Joël Mergui entouré de son équipe

P11 JFR 370. (photo credit: Erez Lichtfeld)

Les résultats sont tombés. Dimanche 23 novembre, les adhérents au Consistoire israélite de Paris élisaient leurs nouveaux représentants. Sans grande surprise, c’est Joël Mergui qui remporte la manche haut la main avec 2 867 voix soit 54,97 % des suffrages. A la tête du Consistoire depuis 2006 – excepté une brève éclipse après l’élection de Dov Zerah en poste pendant quelques mois – l’homme a fait ses preuves et son bilan est globalement positif. Sont notamment à porter à son crédit l’assainissement et la transparence des comptes de l’organisation. Sammy Ghozlan, son dauphin, qui le talonne de très près avec 2 363 voix soit 45,36 % des votes exprimés, est le deuxième homme fort de ce nouveau conseil. Avec un passé de vice-président, il est loin d’être un nouveau venu dans l’arène consistoriale. Ce beau score d’aujourd’hui, il le doit avant tout à sa personnalité qui a été plébiscitée par les électeurs, et notamment la pugnacité dont il fait preuve dans le combat qu’il mène sans relâche contre l’antisémitisme et l’antisionisme à la tête du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme). Gil Taïeb n’est un inconnu pour personne. Il arrive en 4e position avec 1 981 voix soit 37,98 % des suffrages, ce qui n’est pas négligeable pour un indépendant qui ne bénéficie pas du soutien d’une équipe qui pèse de tout son poids dans la publicité et la communication. Là aussi, c’est sa personnalité battante, investie dans toutes les sphères de la communauté, qui a été plébiscitée. Enfin, Philippe Meyer obtient 1 597 voix soit 30,54 % des suffrages et vient se placer en 11e position. Spécialiste des médias, aux commandes du journal Information juive et membre de son comité de rédaction, il est l’actuel vice-président de l’institution presque bicentenaire. C’est un homme rompu aux préoccupations de la vie juive de France.



Miser sur la continuité



Mergui, Ghozlan, Taïeb, Meyer sont tous quatre des hommes de confiance, de terrain, actifs dans la communauté de longue date, dont on a pu déjà apprécier la combativité et mesurer les résultats. Avec eux, toutes les listes sont représentées ; « Avenir du judaïsme consistorial » (AJC) avec Joël Mergui, « Rassembler pour changer » avec Sammy Ghozlan, « Tous ensemble » avec Philippe Meyer et les couleurs de l’indépendance sont portées par Gil Taïeb. Les votes se sont donc exprimés pour une certaine diversité tout en misant sur les représentants les plus emblématiques et les plus médiatisés des candidats en lice dans chaque formation. L’heure ne semble pas au changement…



Un climat qui s’explique sans doute par les temps troubles et anxiogènes que traverse la communauté juive française. Au sein de l’Europe d’abord, en raison des menaces qui pèsent sur la She’hita et la Brit Mila, et à l’intérieur de l’Hexagone avec l’incontestable hausse de l’antisémitisme et les conséquences néfastes des opérations de boycott. Enfin, les tensions au Proche-Orient, auxquelles Israël est confronté, viennent alourdir la liste des inquiétudes des Juifs de Diaspora ; l’accord des 5+1 passé avec un Iran plus que jamais déterminé à être un pays du seuil et le renforcement des pressions sur l’Etat hébreu pour imposer une solution à deux Etats à laquelle l’unité de Jérusalem risquerait d’être sacrifiée. Dans ce contexte, on ne peut que comprendre ce vote de la communauté qui peut être interprété comme une certaine frilosité au changement de ses institutions. Mieux vaut tabler sur des valeurs sûres qui sauront contrer les menaces qui s’amoncellent sur les Juifs et le judaïsme. Il n’en reste pas moins que ce vote comporte une dimension plurielle qui incite à croire qu’une synergie entre les différentes parties est souhaitée.



Excepté l’obstination des opposants qui réclamaient en chœur la révision des statuts de l’institution et leur division autour du bien-fondé de rejoindre ou non le Crif, on relevait dans les programmes des candidats davantage de préoccupations communes que de points de discorde avec le majoritaire AJC.



Mergui est très investi, disponible, à l’écoute, une valeur sûre, entonnent en chœur ses électeurs, comme ceux de ses opposants qui viennent rejoindre son équipe. « Il va pouvoir continuer sa politique sans grande contradiction, sans opposition véritable », confie Sammy Ghozlan, « mais on peut être sûr qu’il a à cœur de faire rayonner le judaïsme. On va donc avancer main dans la main », assure-t-il. Quant à Gil Taïeb, il a, via les réseaux sociaux, invité tous les candidats porteurs de projets positifs, élus ou non élus, à relever les défis majeurs auxquels est exposée la communauté : « En maintenant la force et l’unité de notre institution, nous pourrons lui donner tous les moyens d’agir au nom et au service de chaque juif et affronter les enjeux qui sont les nôtres », a-t-il écrit.



Casherout, Hevra Kadisha et communauté



Pour autant, Sammy Ghozlan ne renonce pas au cahier des charges de sa formation, fruit d’un travail acharné. Il tient notamment à offrir, comme il l’avait promis pendant la campagne, un service spécialisé pour la Hevra Kadisha en partenariat avec les pouvoirs publics, afin de faciliter la bureaucratie inhérente aux obsèques. Bureaucratie qui peut se révéler un inextricable casse-tête en cas de transport des corps pour une inhumation en Israël, ou encore en France si un deuil survient pendant les fêtes ou Shabbat. Des structures d’accueil pour la jeunesse et leur intégration au sein de la communauté juive, des mesures pour contrer la rétention au guet des maris récalcitrants, ou encore faire baisser les prix des produits casher, tels sont les autres grands chantiers de l’élu.



En ce qui concerne la casherout, il est à noter que toutes les formations ont pour objectif de faire baisser les prix. Pour Gil Taïeb, « il faut réfléchir à une casherout nationale ». Quant à Sammy Ghozlan, il fait remarquer qu’inciter tous les Juifs français à manger casher permettrait de faire baisser les prix. A cela, on objecte que, justement, les prix trop élevés en dissuadent beaucoup de s’y conformer. Une raison de plus pour entamer une bataille des prix, répond Ghozlan, sans se démonter. « Il faut rassurer tout le klal en répondant à ses attentes et nous devons avoir à cœur de satisfaire ses besoins, afin de lui redonner confiance », fait remarquer Sammy Ghozlan, « aux Etats-Unis il y a des restaurants qui affichent 4 hashgahot, ce qui est appréciable pour les consommateurs, une façon de réconcilier une communauté orthodoxe atomisée. Nous devrions y penser. D’autre part, envoyer des chimistes pour attribuer une certification à des produits qui n’en n’ont pas besoin, comme l’huile par exemple, représente des frais inutiles et cet argent pourrait être investi à estampiller de nouveaux produits. Enfin, il serait utile en ces temps de crise de mettre sur pieds quelques coopératives à Paris et région parisienne pour que les Juifs en difficulté puissent aussi manger casher à des prix raisonnables. Il faut mettre fin aux certifications au coup par coup », décrète-il.



Ce qui frappe encore une fois dans ces élections, c’est un taux de participation très faible au scrutin ; sur 31 050 électeurs inscrits, seuls 5 352 se sont déplacés aux urnes, avec, au final 5 216 suffrages exprimés (une fois les votes blancs décomptés). A peine plus qu’au dernier scrutin. On peut s’interroger sur cette démobilisation de la communauté. Confiance aveugle ou désintérêt ? « Les membres de la communauté ne se sentent pas concernés par ces élections. Ceux qui votent appartiennent au cercle des présidents et des candidats, et peu sont des fidèles en général », déplore Sammy Ghozlan. Pour Gill Taïeb, cela prouve qu’« il faut gérer le consistoire de façon plus collégiale et plus transparente.



Se rapprocher des Juifs non pratiquants


 


Rien d’alarmant en revanche pour Grand Rabbin de Paris Michel Gugenheim. « L’important, c’est qu’il y a 30 050 adhérents ; du fait de leur adhésion, ils prouvent qu’ils se sentent concernés par le Consistoire et qu’ils soutiennent l’institution. Il y en a certainement quelques-uns pour penser que ça ne sert à rien de voter. S’ils s’abstiennent, c’est peut-être surtout parce qu’ils ne se sentent pas compétents pour choisir et font confiance aux spécialistes. Mais 5 000 personnes qui se sont déplacées, ça fait quand même du monde ». Tous en appellent à l’ouverture, rejoints sur ce point par Joël Mergui : « Il faut être attentif aussi à ceux qui ne respectent en rien la vie religieuse. Que les rabbins puissent entendre les Juifs les plus éloignés au moment où ils se rapprochent de la synagogue, soit à l’occasion d’une Bar-mitsva, d’une Brit Mila ou encore d’un décès, quand ils ressentent le besoin de faire un enterrement religieux par respect pour leurs parents. Là il faut savoir leur ouvrir les bras et saisir l’opportunité de les rapprocher de leurs racines. »


Une ouverture qui ferait gagner le Consistoire en popularité. Ouvert et tolérant, il serait davantage fédérateur. De quoi remplir sa vocation à être une bannière pour tous les Juifs de France.


 




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