Le vote du changement

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January 29, 2013 14:08

Les Israéliens ont délaissé le processus de paix pour privilégier les questions de politique intérieure.

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Polling Booth

Polling booth 370. (photo credit: Reuters Amir Cohen )

Après une campagne électorale relativement morne, les Israéliens sont allés voter mardi 22 janvier pour transmettre aux élus politiques un message clair et net : une demande de changement.

Deux nouveaux venus dans la politique, Yaïr Lapid et Naftali Bennett, ont fait le plein de scrutins. Novices, ces nouvelles têtes d’affiche, promettent une nouvelle donne. La vieille garde – Binyamin Netanyahou, Avigdor Liberman, Tzipi Livni, Shaoul Mofaz – en a pris pour son grade. La question est de savoir maintenant de quel changement il s’agit. Ce que le pays réclame concerne plutôt la politique intérieure qu’extérieure.

Car si le peuple avait voulu se prononcer en matière de diplomatie et de sécurité, il aurait plébiscité Tzipi Livni, Meretz ou même Kadima, autant de partis qui préconisent une position différente que celle que Binyamin Netanyahou.

Livni, par exemple, souhaite reprendre les choses où elles en étaient restées quand elle négociait avec Ahmed Qurei de l’OLP. Les résultats des élections et le petit nombre de sièges remportés par la candidate ont montré que personne n’était intéressé par cette idée.

Les voix se sont plutôt portées sur Lapid, Shelly Yachimovich et Bennett. Or, aucun de ces candidats – pas même Bennett, souvent labellisé comme un candidat d’extrême-droite – n’a mené sa campagne sur des thèmes de politique extérieure.

Les trois candidats ont mis l’accent sur la nécessité de régler les problèmes intérieurs : Lapid pour une égalité en ce qui concerne le service national et les impôts ; Yachimovich pour un niveau de vie plus abordable ; et Bennett pour une baisse du coût de la vie et le renforcement des valeurs juives et sionistes. Si ce dernier a fait campagne pour des logements moins onéreux, il n’a pourtant pas réclamé plus de constructions en Judée-Samarie (alors qu’il n’y est pas du tout opposé).

Ces revendications en disent long sur la situation du pays aujourd’hui et sur l’urgence d’un changement. Un premier signe en est le pourcentage des votants, 66 %, un peu plus élevé, qu’aux dernières élections, où il était de 64,72 %. A l’opposé de ce que beaucoup prétendaient, le pays n’est ni apathique ni désengagé. Il est même, tout le contraire, engagé et préoccupé.

Un pays mature

 Cet électorat intéressé par les questions de politique intérieure est pourtant très conscient des défis et problèmes extérieurs auxquels le pays est confronté : de l’Iran, qui appelle à la destruction d’Israël, à l’Egypte, dont le Président traite les Juifs de singes et de porcs, en passant par une Syrie qui s’effondre, et une autorité palestinienne qui se désintéresse d’une résolution du conflit. Alors pourquoi les Israéliens ont-ils voté pour des candidats qui ont mis ces questions au second plan ? Considèrent-ils qu’elles sont moins importantes qu’elles ne l’étaient en 2009 ? Si, par son actualité et son urgence, la politique étrangère est toujours présente dans les esprits, le regard porté sur elle s’est modifié. Avec le temps et l’expérience, les Israéliens semblent n’être plus naïfs. Ils croyaient qu’avec le retrait de la bande de Gaza, la paix viendrait naturellement. Une deuxième Intifada et les résultats désastreux de cette action leur ont ouvert les yeux.

Ils se sont finalement rendus compte que des forces agissent de l’autre côté des frontières du pays – l’Egypte, la Syrie et l’Autorité palestinienne – sur lesquelles ils n’ont pas prise. Le printemps arabe a mis Israël dans une position difficile : des événements dramatiques extérieurs se sont déroulés à ses portes sans qu’il n’ait aucun moyen d’agir ni d’influer d’une manière quelconque sur le cours des choses.

Par contre, dans le domaine des affaires intérieures, les citoyens se sont aperçus qu’ils ont un rôle à jouer. Le score surprenant de Lapid et la possibilité d’une coalition sans la participation des partis ultra-orthodoxes montrent que si les électeurs ne peuvent intervenir sur les événements extérieurs, ils le peuvent certainement sur le plan intérieur.

Les résultats de mardi indiquent clairement qu’Israël se tourne vers lui-même, mais pas dans un sens isolationniste.

Ce vote pour un changement au niveau national reflète la position d’un pays enfin mature. Les Israéliens acceptent finalement qu’il y ait des choses qu’ils ne peuvent changer.

Ce découragement passager a favorisé une nouvelle perspective et un nouveau départ : les électeurs luttent enfin pour des causes et des combats tout aussi importants et qui ne dépendent que d’eux. La question est maintenant de savoir si les nouveaux élus politiques sauront les mener et les remporter.


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