Située entre le centre commercial Malcha, symbole d’une Jérusalem moderne, et le zoo biblique, l’Académie pour les arts et les sciences d’Israël, Madaim ve’omanuyot, s’apparente à un croisement entre « un camp d’été sioniste et le campus d’Harvard » estime Gil Troy, chercheur à l’Institut Shalom Hartman.
Fondé en 1990 par le Centre israélien pour l’excellence à travers l’éducation, ce lycée a été créé pour offrir aux élèves particulièrement doués un lieu où puisse s’épanouir leur talent, au-delà de toute considération socio-économique, géographique ou religieuse. L’école compte ainsi 268 élèves issus de 100 communautés différentes, parmi lesquelles des chrétiens, des musulmans, des juifs religieux ou laïcs et des druzes, courant minoritaire de l’islam chiite.
Une diversité qui fait la fierté de son principal, Etay Benovich : « C’est un défi très stimulant et cela permet de donner une ampleur différente aux débats politiques, car tous ces élèves se connaissent et se côtoient quotidiennement ».

Organisé en internat, les élèves sont répartis par chambres de 4 ou de 6 et obligatoirement mélangés. Un système qui favorise l’échange interculturel, comme l’explique Alain Michel, professeur d’histoire et de pensée juive à l’Académie de 1998 à 2006.
« J’avais dans ma classe deux élèves qui étaient les meilleurs amis du monde : d’un côté, un élève d’origine russe, arrivé au milieu des années quatre-vingt-dix, très à droite sur l’échiquier politique, et de l’autre, un élève arabe de Nazareth, nationaliste pro-palestinien. » explique-t-il. « C’est bien la preuve qu’on peut travailler ensemble quand c’est nécessaire, même si on a des opinions politiques très différentes. Ces deux élèves se côtoyaient aussi en dehors de l’école, ils allaient dormir l’un chez l’autre », poursuit-il. L’école participe véritablement au brassage culturel et donc à la compréhension mutuelle.
« Chaque année, un voyage en Pologne était organisé. Environ 50 élèves partaient là-bas dont 5 étudiants arabes. Certains d’entre eux ont découvert pour la première fois l’histoire de la Shoah, ce qui leur a permis de faire évoluer leur vision », explique Alain Michel.
Aujourd’hui le voyage a été remplacé par une semaine de séminaires sur l’Holocauste à Jérusalem, « question budgétaire oblige », affirme Etay Benovich. « Cette semaine s’avère toujours très intéressante, car les élèves arabes y participent et découvrent ainsi une facette de l’histoire juive qui leur est parfois méconnue. Ils peuvent également exprimer leur propre conception durant un séminaire spécialement organisé sur la perception de l’Holocauste dans le monde arabe », poursuit-il.
Il existe par ailleurs au sein du lycée un système de comités, dont le comité religieux chargé des affaires religieuses. Il est actuellement dirigé conjointement par un étudiant arabe musulman et par un étudiant originaire d’un kibboutz juif religieux.

« Dans l’école, toutes les fêtes religieuses sont célébrées sans distinction, aussi bien Yom Kippour que le Ramadan », assure le directeur. « Les élèves juifs allaient jusqu’à faire le jeûne du ramadan certains jours par solidarité avec leurs camarades musulmans », se souvient Alain Michel. Une initiative qui permet d’aller au-delà des cloisonnements rencontrés dans le système scolaire israélien, où la loi sur l’éducation de 1953 a établi cinq types d’écoles : les écoles publiques laïques, les écoles publiques religieuses, les écoles ultraorthodoxes, les écoles communales et les écoles arabes.

Au point que les élèves arabes « ont été les seuls à continuer à aller au lycée au début de l’Intifada en 2000 lorsqu’un ordre de boycott et de grève scolaire a circulé parmi les Arabes israéliens », raconte Alain Michel. Preuve, selon lui, que « la société israélienne peut être à la fois juive sioniste et pluraliste ».
Une école qui prône le pluralisme donc, mais aussi au service des autres. « Un après-midi par semaine est consacré au travail social. « L’idée est que si le “don” des élèves doit être développé en leur fournissant les meilleurs professeurs et conditions de travail, ils doivent en échange “rendre à la société” », explique Alain Michel.

Une école qui flirte avec l’excellence

La sélection, drastique, commence dès le concours d’entrée, digne des plus grandes écoles françaises. Environ 200 places pour plus de 2 000 candidats. Une sélection en 3 étapes : un premier entretien avec deux membres de l’équipe pédagogique, spécialistes de l’un des 4 programmes d’études dispensés par l’école (sciences, arts plastiques, musique, sciences humaines). Pour la moitié des élèves restants à l’issue de ce premier entretien, des tests psychométriques (maths, anglais, hébreu) sont organisés. Troisième et dernière étape : Les élèves sont invités quelques jours en immersion dans l’internat où des observateurs les évaluent.

Pour les heureux élus, commence alors un cursus de trois ans où « les meilleurs professeurs rencontrent les meilleurs élèves », selon le site de l’école. Un enseignement qui se veut davantage axé sur le développement du sens critique et des dons propres à chaque élève plutôt que sur un corpus d’enseignements rigides. « L’enseignement est beaucoup plus intense ici que dans toutes les autres écoles », déclare une étudiante satisfaite. « Les enseignants ont des attentes élevées. Mais les élèves se sentent motivés parce que les enseignants sont créatifs et savent nous intéresser », explique-t-elle. Décrivant le travail social bénévole dans les communautés en difficulté et la vie de dortoir, elle résume la mission de l’école : « Etre excellent dans tous les domaines ».

« Cet engagement pour l’excellence dans toutes ses dimensions est une expression de notre sionisme », assure Hezki Arieli, président du conseil du Centre israélien pour l’excellence à travers l’éducation. « Lorsque nous avons fondé l’école il y a plus de vingt ans, l’excellence était un gros mot en Israël, considérée comme un concept élitiste. Aujourd’hui, les Israéliens – et d’autres personnes à travers le monde – se tournent vers nous, et vers Israël en général, comme centre d’excellence », explique-t-il. Le centre exporte depuis ses méthodes en Inde, à Singapour et en Amérique du Nord où 150 écoles, moitié juives, moitié laïques, utilisent le concept israélien. « Un jour, un professeur de Singapour m’a demandé “Comment faire ?”. J’ai répondu : “Nous ne voulons pas seulement enseigner à nos élèves à réussir des examens, nous voulons qu’ils soient créatifs et pressentis pour le prix Nobel” », explique Arieli. « Puisque nous manquons de ressources naturelles, l’une de nos principales richesses, ce sont nos cerveaux », ajoute-t-il.

Une qualité d’enseignement qui place l’Académie des arts et des sciences d’Israël régulièrement en tête du classement annuel publié par le ministère de l’Education. Une exception dans le paysage de l’enseignement secondaire israélien, qui affiche un niveau inférieur à la moyenne de l’OCDE en mathématiques, compréhension de l’écrit et en sciences pour les élèves de 15 ans, d’après le classement PISA 2012. Des leçons sont sans doute à tirer des méthodes de l’Académie. 

© Jerusalem Post Edition Française – Reproduction interdite

Please LIKE our Facebook page - it makes us stronger