Liberman : son avenir politique s’assombrit

Le ministère de la Justice a officiellement saisi le tribunal de Jérusalem pour fraude et abus de confiance.

By GIL STERN STERN HOFFMAN ET YONAH JEREMY BOB
January 1, 2013 14:41
Former foreign minister Avigdor Liberman

Foreign Minister Avigdor Liberman 390. (photo credit: Flash 90)


Dimanche 30 décembre, Avigdor Liberman, leader d’Israël Beiteinou et ancien ministre des Affaires étrangères, est officiellement accusé de fraude et abus de confiance devant le tribunal de Jérusalem par le ministère de la Justice. Cette inculpation ne l’empêche pas de se présenter aux élections et il demeure numéro 2 sur la liste de Likoud-Beiteinou, juste derrière le Premier ministre Binyamin Netanyahou. Il ne devra pas non plus démissionner de la prochaine Knesset, sauf s’il est condamné pour manquement à la probité au terme du procès. Si tel était le cas, et qu’une peine de prison accompagnait la sentence, le dirigeant russophone ne pourrait plus occuper de fonction ministérielle pendant sept ans, comme l’ancien ministre de l’Intérieur et actuel candidat Shas, Arieh Deri. Même en l’absence d’une peine pénitentiaire, la Cour suprême pourrait décider d’une mise à l’écart durant sept ans. Dans le cas où Liberman irait en prison sans condamnation pour manquement à la morale, il pourrait redevenir ministre après avoir purgé sa peine. 

Implication d’Ayalon 

Jeudi 27 décembre, le procureur d’Etat Yehouda Weinstein a présenté à la Knesset des modifications dans l’inculpation de Liberman (qui a eu originellement lieu le 13 décembre). Principal changement : la description d’un rôle bien plus actif joué par l’élu dans la nomination de l’ambassadeur Zeev Ben-Arieh en Lituanie. Pour rappel, ce dernier a avoué avoir fait part à l’ancien ministre des Affaires étrangères d’informations sur une enquête pour blanchiment d’argent le concernant. Liberman est accusé d’avoir, en retour, favorisé l’avancement du diplomate, tout en dissimulant ses véritables motifs à ses équipes. Les changements dans l’acte d’accusation sont intervenus après que plusieurs membres de la commission des nominations au ministère des Affaires étrangères aient été entendus par la justice. Parmi eux, figure Danny Ayalon, vice-ministre en charge du ministère depuis la démission de Liberman. Celui-ci préside notamment la commission des « hautes nominations », qui comprend les postes d’ambassadeurs et de consuls. Selon Ayalon, Liberman lui aurait déclaré que Ben-Arieh était le candidat le plus compétent pour le poste, sans rien préciser de leurs relations. Le vice-ministre, qui ne connaissait quasiment pas le diplomate, s’est donc fondé sur les recommandations de Liberman pour promouvoir la nomination de Ben-Arieh devant la commission. L’acte d’accusation ne détaille pas les actions entreprises par Ayalon à cet égard, mais ces informations seront sans doute dévoilées au cours du procès. Le chef d’Israël Beiteinou a réagi par un communiqué en niant tout méfait. Et réitéré sa volonté d’aller rapidement au procès. C’est pourquoi, a-t-il rappelé, en plus d’avoir démissionné de ses fonctions ministérielles, il a demandé à la Knesset de retirer son immunité parlementaire dès le début de l’affaire. Et de conclure : « Toutes les rumeurs sur une négociation de peine sont infondées et la vérité émergera devant la Cour ».


Critiques d’Ehoud Olmert contre Tzipi Livni 

La candidate centriste subit également des attaques sur sa gauche. 

Lahav Harkov et Gil Hoffman 

L’ancien mentor de Tzipi Livni fait volte-face. Ehoud Olmert, ancien Premier ministre donné un temps candidat pour la campagne actuelle, a attaqué celle qui lui a succédé à la tête de Kadima au cours d’une réunion avec l’actuel chef de la formation centriste, Shaoul Mofaz, ce week-end. Olmert a appelé les électeurs à s’interroger : veulent-ils accorder un 10e siège de député au Parti de Tzipi Livni ou aider Kadima à dépasser le seuil parlementaire ? « Elle a perdu la présidence du parti avec un très grand écart lors des primaires, parce que les membres de Kadima ne lui faisaient plus confiance », a lancé Olmert. « Voilà la vérité. Elle a échoué en tant que chef de l’opposition ». Le Parti de Tzipi Livni a répondu en rappelant que ce qui comptait le plus pour Olmert, tout comme pour Livni, était de vaincre le Premier ministre Binyamin Netanyahou, peu importe les propos d’Olmert. Ce dernier n’a pas non plus ménagé ses critiques envers Bibi et affirmé qu’il craignait pour l’avenir du pays. Il a raconté que, selon certains diplomates européens, les leaders du Vieux continent se retiennent actuellement de critiquer le gouvernement israélien pour ne pas aider Netanyahou dans les sondages, mais qu’après les élections, « ils parleront haut et fort et vous les entendrez, ainsi que les Américains ». Dimanche 30 décembre, Tzipi Livni célébrait le lancement officiel de sa campagne à Tel-Aviv. Et s’en est également prise au Premier ministre. Le dernier slogan publié par son parti veut croire que « L’espoir vaincra la peur », un hommage à la campagne 2008 du président Barack Obama. « Quatre ans de Netanyahou, et tout ce qui nous reste, c’est la peur. Personne n’a le droit de nous voler notre espoir, un Premier ministre pas plus qu’un autre », a lancé Livni, avant d’ajouter que « lorsque la peur règne, on n’exige rien du gouvernement. Sans espoir, il n’y a plus de manifestations ». Et de citer la Tikva : « l’espoir d’être un peuple libre sur notre terre n’est pas juste un hymne : c’est une réalité ». Plus tôt dans la matinée, Livni avait été interrogée sur un nouveau retrait de la politique en cas de mauvais score électoral au micro de la radio militaire. La candidate a répliqué que ceux qui répandaient de telles accusations avaient peur d’elle. « Je suis revenue en comprenant fort bien que je payerai peut-être le prix fort pour avoir recommencé presque de zéro, mais je dois continuer à me battre », a-t-elle affirmé. « Je suis revenue pour me battre et je le ferai de partout, que ce soit à la Knesset ou au gouvernement ». A l’extérieur de l’évènement, des militants Meretz étaient venus protester contre une éventuelle alliance de Livni avec le Likoud. Fredonnant le thème musical de Dark Vador dans la Guerre des étoiles, ils brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Tzipi, engage-toi à ne pas siéger avec Bibi ». Cette manifestation faisait suite à un appel de la dirigeante de Meretz, Zehava Gal-On, à Tzipi Livni, Yaïr Lapid (Yesh Atid) et Shelly Yacimovich (Avoda) pour ne pas former de coalition avec Netanyahou. « Aujourd’hui, Meretz conclut un pacte avec les Israéliens : nous ne vendrons pas nos voix à la droite », a martelé Gal-On lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv, dimanche matin. « Quiconque votera pour Meretz peut être certain que sa voix sera employée à combattre le gouvernement raciste de Likoud-Beiteinou ». 


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