Netanyahou forcé à repenser le futur

By DAVID MAKOVSKY
March 12, 2013 12:25

Soulagement. Pour la première fois depuis les élections du 22 janvier, les Israéliens voient enfin se profiler un gouvernement. Pourtant, c’est loin d’être la coalition dont rêvait Netanyahou.




Heads of party lists for 19th Knesset February 5, 2013

Heads of party lists for 19th Knesset 370. (photo credit: Knesset spokesperson)

Lundi 11 mars, les pourparlers de la coalition devaient officiellement prendre fin. Ce qui rendait possible la formation d’un gouvernement avant la date limite du 16 mars, selon la prolongation octroyée par le président Shimon Peres en début de mois. Après d’âpres négociations et un long suspens, le Premier ministre n’a pas réussi à séparer les deux stars des élections : l’ex-journaliste et leader de Yesh Atid, Yaïr Lapid et Naftali Bennett, à la tête d’Habayit Hayehoudi.

A l’heure où nous mettons sous presse, le gouvernement devrait être officiellement constitué de 20 ministres et de 8 vice-ministres, auxquels il faut rajouter le chef du gouvernement. En outre, Kadima et ses deux mandats devraient entrer dans la coalition sous la bannière du parti de Yaïr Lapid, et récupérer un des portefeuilles – pour Shaul Mofaz – accordés à la formation Yesh Atid.

Le principal motif de cette pièce politique qui s’est jouée depuis janvier a été la détermination infaillible de Bennett et Lapid à préserver leur alliance, sabordant les plans d’un Netanyahou désireux de maintenir les partis haredim au gouvernement. Conséquence : Israël connaît son premier gouvernement sans la participation des ultra-orthodoxes depuis 2003. Et même s’ils devaient finalement être inclus, leurs exigences de base seront rejetées, vu que l’ordre du jour du gouvernement sera d’intégrer progressivement les harédim dans l’armée.

À plus long terme, la stabilité d’un tel gouvernement sera mise à l’épreuve lorsque la question palestinienne fera surface, puisque c’est à ce sujet que les différences entre Lapid et Bennett sont les plus importantes.

L’incapacité de Netanyahou à rompre l’alliance Lapid-Bennett a été la plus grande surprise de cette période post-électorale. Initialement, il avait prévu de former une majorité simple à la Knesset avec le Likoud-Beiteinou (31 sièges), les partis ultra-orthodoxes (18) et Habayt Hayehoudi (12). Cette majorité de 61 sièges sur 120 lui aurait permis de dicter ses conditions à Lapid (19). Netanyahou pensait qu’un politicien néophyte comme Bennett serait incapable de résister à la tentation d’adhérer à un gouvernement de droite.

Mais la bonne performance électorale de Habayit Hayehoudi – le meilleur score pour les sionistes religieux depuis 1977 – a, au contraire, donné à celui-ci les nerfs pour tenir bon.

S’approprier le joyau de la couronne de l’orthodoxie

Certains ont spéculé sur les motivations de Bennett à piquer en plein coeur son ancien patron, étant donné qu’il avait publiquement accusé le Likoud d’avoir recours à la diffamation contre son parti au cours de la campagne électorale. Cependant, des forces beaucoup plus complexes sont également à l’oeuvre. Les partisans de l’orthodoxie moderne qui soutiennent Bennett sont de plus en plus proches de l’élite laïque d’Israël, du moins en termes d’insertion professionnelle et militaire. Ce qui les rend très réceptifs au message de Lapid sur les réformes en faveur des classes moyennes. Ils sont aussi d’accord pour un meilleur « partage du fardeau national » (enrôlement dans Tshahal).

De l’avis des sionistes religieux, il est à la fois moralement injuste et économiquement invivable de continuer à exonérer les harédim du service militaire tout en leur fournissant l’aide sociale qui leur permet d’éviter une pleine intégration dans la population active.

En outre, les « dati-leumi » ont longtemps été irrités par le manque de considération de la part des ultra-orthodoxes, qui ont fait appel à leur poids politique dans les gouvernements précédents pour s’approprier le joyau de la couronne de l’orthodoxie : le Grand rabbinat. Des largesses qui semblent aujourd’hui n’être plus qu’un souvenir lointain.

C’est aussi la première fois que le nombre de religieux sionistes modernes est plus élevé que celui des harédim à la Knesset (18 à 20).

Netanyahou a fait d’extraordinaires efforts pour éviter cette situation. Les harédim ont été loyaux envers lui depuis qu’il est devenu Premier ministre pour la première fois en 1996, lui laissant les mains libres pour diriger le pays en échange de subventions pour leurs institutions religieuses. Pour briser l’axe Lapid-Bennett, il a même demandé à la dirigeante du parti travailliste Shelly Yachimovich d’être ministre des Finances.

Une alternative farfelue qu’il préférait au scénario finalement adopté de perdre ses alliés ultra-orthodoxes. Pourtant, le Premier ministre a fini par céder à la pression.

D’abord parce que Yachimovich a refusé son offre, et ensuite parce que les deux partis ultra- orthodoxes, Shas (11 sièges) et Judaïsme unifié de la Torah (7), ont annoncé qu’ils rejoignaient l’opposition.

Quels impacts sur les dossiers iranien et palestinien ? 

Le prochain voyage du président américain Barack Obama en Israël est prévu pour le 20 mars, une fois le gouvernement formé. De sorte que le flou actuel en ce qui concerne la politique étrangère d’Israël devrait rentrer dans l’ordre quelque peu avant cette date. Sur la question nucléaire iranienne, le cercle de 8 ministres de Netanyahou ne comprendra plus les modérés Dan Meridor et Bennie Begin, ni Ehoud Barak. L’arrivée de deux néophytes pourrait renforcer l’establishment militaire qui voudrait tisser des liens avec les Etats-Unis. A moins qu’Israël finisse par se sentir isolé et obligé d’attaquer la République islamiste en solo.

Mais dans la même mesure, cette arrivée pourrait aussi renforcer Netanyahou en créant un cercle intérieur moins expérimenté que lui en matière de sécurité. Difficile cependant d’analyser plus avant la situation avant la nomination officielle du prochain ministre de la Défense, le 16 mars.

Sur la question palestinienne, une coalition avec Lapid, Livni et Mofaz, trois leaders de « gauche », laisse, en théorie, plus de flexibilité en la matière à Netanyahou et stimulerait peut-être les négociations avec l’Autorité palestinienne. Notons cependant que le sort final des territoires disputés est une pomme de discorde entre Lapid et Bennett. Lapid a déclaré à plusieurs reprises que des progrès dans les relations avec les Palestiniens faisaient partie de sa vision d’un Israël « normal », et « occidental ». Tandis que Bennett veut annexer 60 % de la Judée et Samarie.

Plusieurs membres de Habayit Hayehoudi ont affirmé qu’ils ne tenteront pas d’empêcher Netanyahou de négocier dans le cadre d’une solution à deux Etats. Mais ils font le pari que ces pourparlers échoueront, que ce soit en raison des prises de positions palestiniennes ou du refus d’évacuer les implantations juives dans le cadre d’un accord.

Enfin, la situation politique actuelle d’Israël est tributaire de son passé. Le fulgurant succès électoral de Yaïr Lapid en janvier n’est pas sans rappeler celui dont de son père, Yossef (Tommy) Lapid, en 2003. À l’époque, le Premier ministre Ariel Sharon avait été un partenaire consentant de Tommy en excluant les harédim du gouvernement. En échange, ce dernier avait activement soutenu le désengagement de Gaza. Pourtant, cette même question a mis abruptement fin à sa carrière politique car le parti de Tommy s’est écroulé lorsque Sharon a décidé de se rapprocher des ultra-orthodoxes pour sécuriser leur vote pour ce même désengagement, faisant fi de toute autre considération.

Hier comme aujourd’hui, la coalition contre les harédim et la question palestinienne sont deux sujets différents, largement conduits par les forces laïques. Par conséquent, même si les piliers du Shas s’opposent aux tentatives de réforme sur la répartition de la charge nationale de l’armée à court terme, ils pourraient encore redevenir partenaires de la coalition dans quelque temps, à supposer que des décisions clés soient à prendre dans le dossier palestinien.

En particulier si Bennett se montre aussi inflexible dans le prochain gouvernement qu’il l’a été depuis janvier.


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