Violentes manifestations contre le plan Prawer-Begin

By ARIEL BEN SOLOMON ET BEN HARTMAN
December 3, 2013 16:22

La loi prévoit de réguler l’implantation des Bédouins dans le Néguev. La question palestinienne affleure sous les émeutes.




Près de 1500manifestants ont violemment protesté contre le plan Prawer-Begin samedi soir à Beersheva

P4 JFR 370. (photo credit: Reuters)

Des protestations qui dégénèrent. Les Bédouins israéliens et leurs partisans ont manifesté samedi 30 novembre contre la proposition de loi de relocalisation des Bédouins, dite plan Prawer-Begin. L’objectif du plan est de réguler l’implantation des Bédouins dans le Néguev. Il est actuellement débattu à la Knesset.



Ce qui devait n’être qu’une marche pacifique a rapidement dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, obligeant la police à faire fermer plusieurs routes de circulation. Près de 1 500 manifestants étaient réunis près d’Houra, à proximité de Beersheva. Munis pour certains de drapeaux de l’OLP, ils ont jeté des pierres, des cocktails Molotov, des sacs-poubelles et des pneus enflammés en direction des officiers qui ont procédé à de très nombreuses arrestations. Dimanche 1er décembre, plusieurs associations se sont insurgées contre de prétendus abus de la police.



L’association pour les droits civils en Israël (ACRI) a qualifié l’usage de la force par la police dimanche d’« excessif ». Son directeur exécutif, Hagai El-Ad a déclaré, que la conduite de la police « faisait suite à de récentes tentatives d’intimider les organisateurs de ces manifestations, qui servent à défendre les droits des Bédouins. Ces actions renforcent le mépris de l’Etat pour la population bédouine, pour ses droits à la liberté d’expression et à l’égalité devant la loi ».



Jeudi, l’ACRI, avec Adalah (le centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël) a envoyé une lettre au chef de la police d’Israël Yohanan Danino et au procureur général Yehouda Weinstein, leur demandant de faire cesser la pratique de la police et du Shin Bet (l’agence de sécurité intérieure d’Israël) consistant à téléphoner aux activistes en amont des manifestations pour les mettre en garde.


La police de la région sud a confirmé dimanche que les protestations contre le plan Prawer à Houra, près de Beersheva, ont été d’une violence sans précédent.


Interrogée sur les images d’une arrestation d’un garçon de 14 ans lors de la manifestation, la porte-parole de la sous-division du Néguev, Navah Tabo, a déclaré que « ces photos, qui seront examinées, ne rendent pas compte de l’entière réalité des policiers risquant leurs vies face aux jets de pierres et de cocktails Molotov ». La jambe de la porte-parole était toujours bandée dimanche après qu’elle ait été elle-même frappée par une pierre lancée par des manifestants à Houra. « Le jeune sur la photo est un garçon de 14 ans qui jetait des pierres sur la police et ses véhicules », a-t-elle poursuivi. Avant d’ajouter que la détention provisoire de l’adolescent avait été prolongée au motif de trouble de l’ordre public et violences sur officiers police.



« Une population agitée par des extrémistes »



Le plan Prawer-Begin est une initiative de développement économique sur cinq ans cherchant à réguler l’installation des Bédouins dans le sud d’Israël. Il vise à établir un compromis pour des dizaines de milliers de Bédouins actuellement dispersés dans des villages non reconnus à travers le Néguev, ce qui légaliserait 63 % des terres qu’ils revendiquent.



Les manifestants refusent le plan qui entraînerait selon eux une dépossession de leurs terres pour près 40 000 Bédouins.



A l’inverse, à droite, les opposants à la loi la considèrent trop généreuse, au motif qu’elle ferait don de territoires aux Bédouins, alors que ceux-ci ne seraient pas capables de s’en prouver les légitimes propriétaires du point de vue juridique.



Le vice-ministre de la Défense Danny Danon (Likoud) a confié au Jerusalem Post dimanche que le plan Prawer-Begin devra être « gelé au vu des violentes émeutes d’une population agitée par des extrémistes qui montent les Bédouins contre l’Etat de droit ». Ces récents événements, a-t-il ajouté, « nous prouvent que même suite à la conclusion d’un accord, fruit d’un travail ardu et sérieux, les prétentions infondées de ces manifestants sur les terres en question ne seront jamais satisfaites ».



Selon le député Zvouloun Kalfa (HaBayit HaYehoudi), les violences de samedi sont dans la continuité du comportement de ces dernières semaines des députés arabes à la Knesset. Au cours des discussions à la commission des Affaires intérieures, ces derniers ont violemment interrompu les intervenants qui n’étaient pas d’accord avec eux. Le même genre d’attitude se retrouve dans la rue, affirme le député.


 


La dimension politique


 


De son côté, Amichai Yogev, sous-directeur de l’ONG Regavim qui milite pour un usage responsable et légal des terres du pays, évoque une revendication palestinienne sous-jacente. Par le passé, a-t-il expliqué au Jerusalem Post, les Bédouins ne faisaient pas partie du programme politique palestinien. Mais ils ont progressivement été ajoutés au débat. « Après 1967, les Arabes ont commencé à réclamer la Samarie puis ont formulé des demandes sur le Néguev, et enfin ils ont dit que toute la Palestine était à eux. Ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner devant les tribunaux, alors ils utilisent la violence pour obtenir ce qu’ils veulent », a-t-il expliqué.



Reuma Schlesinger, de l’ONG pro-bédouine Bimkom, déclare, elle, au Jerusalem Post qu’« en l’état, la proposition de loi est terrible. Les Bédouins n’ont pas eu l’opportunité de participer à son élaboration ». Quant à la question d’une appartenance ou non au peuple palestinien, elle affirme : « Demandez aux Bédouins eux-mêmes ce qu’ils veulent. D’après notre expérience à leurs côtés depuis des années, nous pensons qu’ils sont déterminés à rejeter le plan. On n’a pas besoin d’expulser des gens de leurs maisons », a-t-elle poursuivi, ajoutant que Bimkom avait créé un plan alternatif avec des professionnels et en coopération avec la communauté bédouine. Plan qui appelle à un accord avec les Bédouins et reconnaît les villages où ils se trouvent actuellement.


 


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