Il n'a pas dit son dernier mot

Yesh Atid s’effondre dans les sondages. Mais Yaïr Lapid affirme avoir encore quelques tours dans son sac et refuse de s’imaginer dans l’opposition

By GIL STERN STERN HOFFMAN
February 11, 2015 15:39
Yaïr Lapid annonce son plan anti-corruption devant la prison de Maasiyahou à Ramle

Yaïr Lapid annonce son plan anti-corruption devant la prison de Maasiyahou à Ramle, là où Aryé Déri avait été incarcéré. (photo credit: GIL HOFFMAN)

Difficile de se souvenir des détails, dans ce tourbillon d’actualités qui nous submerge. Mais rappelez-vous. Tout a commencé quand Benjamin Netanyahou a accusé son ministre des Finances de comploter avec les ultraorthodoxes derrière son dos. Le Premier ministre soupçonnait Yaïr Lapid d’œuvrer dans les coulisses de la Knesset pour former un gouvernement alternatif, ce qui lui aurait permis de prendre la direction du pays sans provoquer de nouvelles élections. Il l’a donc aussitôt renvoyé et fixé le scrutin anticipé au 17 mars.

Si Lapid est en quelque sorte à l’origine de ces élections, il risque de ne pas en sortir grand vainqueur. Le chef du Camp sioniste Itzhak Herzog a récemment laissé entendre qu’il préférerait s’allier aux partis harédim plutôt qu’à Yesh Atid, s’il devait former une coalition. Un choix que partage sans aucun doute Netanyahou. Et si quelqu’un a osé imaginer que Lapid et les ultraorthodoxes pourraient s’asseoir ensemble, le leader du Shas Aryé Déri et le président de Yahadout Hatorah Yaakov Litzman ont définitivement exclu cette option. Tout porte à croire que Yaïr Lapid devra se contenter de siéger dans l’opposition lors de la prochaine Knesset. Mais il refuse de baisser les bras. Six semaines avant le dernier scrutin, les sondages créditaient Yesh Atid de six mandats seulement, rappelle-t-il. Il en a finalement remporté 19. « J’ai fait de mon mieux pour avoir une attitude juste jusqu’à la fin : c’est comme cela que ma mère m’a éduqué. Quand il m’a remercié, j’ai dit à Netanyahou : “Tu penses réellement que j’ai comploté avec Litzman ?” Depuis, Litzman a avoué à la presse harédite avoir inventé toute cette affaire car il savait que Netanyahou le croirait. » « Je lis ma nécrologie politique depuis mon entrée dans l’arène. Nous leur avons prouvé qu’ils se trompaient une première fois, nous le ferons à nouveau. »

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Tous corrompus

L’interview se déroule à Tel-Aviv, près du domicile de Lapid. Quelques heures plus tôt, il dévoilait son plan anti-corruption devant le portail de la prison Maasiyahou de Ramle. Ce n’est pas un hasard si le chef de Yesh Atid a choisi la prison dans laquelle Déri a été incarcéré, et s’il annonce les détails de son programme au moment même où le Likoud et le Camp sioniste s’accusent réciproquement des pires scandales.
Lapid a fait de la corruption son slogan de campagne. Dès son retour à la Knesset, il a l’intention de proposer un projet de loi qui s’articule autour de deux axes. 1. Un ministre ou un député inculpé d’un crime, y compris de comportement immoral, devra quitter immédiatement ses fonctions et sera définitivement exclu de la vie politique. (Actuellement, ils sont suspendus de la vie politique pour une période de sept ans.) 2. Des personnalités publiques interrogées dans le cadre d’une enquête policière ne pourront plus choisir de rester sous silence. Allusion à peine voilée à Itzhak Herzog, qui avait choisi de ne pas répondre aux questions des inspecteurs de police dans le cadre de l’enquête sur le scandale du financement du parti travailliste en 1999. Herzog, qui était à l’époque le bras droit d’Ehoud Barak, était accusé d’avoir récolté des fonds de façon illégale par le biais d’ONG pour financer la campagne du parti.

Yaïr Lapid n’est pas plus indulgent avec le Premier ministre : « Provoquer des élections qui vont coûter 2 milliards de shekels pour avoir une meilleure coalition et ne pas avoir à débattre », c’est déjà de la corruption, accuse-t-il. Netanyahou aime se comparer à Winston Churchill, mais il ressemble plus à César, plaisante Lapid. « Le Premier ministre est moralement corrompu parce qu’il place ses intérêts avant ceux de l’Etat. Son hédonisme est insoutenable dans un pays qui connaît un écart social si important. Ces interminables scandales de glace à la pistache, d’eau de la piscine et de bouteilles consignées, et le fait que les contribuables doivent payer pour trois maisons, sont plus que des mauvais exemples. Netanyahou a rompu le contrat de base qui relie les citoyens à leur pays. »
Si Netanyahou et Herzog sont corrompus, comment peut-il envisager de s’associer à l’un d’entre eux dans le cadre d’une prochaine coalition ? « C’est pour cette raison que les gens n’ont pas combattu la corruption toutes ces années », explique-t-il. « Ils me rappellent que je serais amené à m’asseoir avec Netanyahou, Herzog ou même Déri. Moi je dis : il est temps de faire ce qui est juste. »
L’attaquant se met tout à coup sur la défensive, quand on l’interroge sur ses relations avec l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert, ami intime de son père, feu l’ancien ministre de la Justice Yossef Tommy Lapid. « Rien ne relie Olmert à mon parti ou à moi », insiste-t-il. « Je ne lui ai pas parlé depuis qu’il a été inculpé. Mon père croyait en son innocence. Moi, je laisse le tribunal trancher. Il n’y a pas d’affaire ici. Les autres partis n’ont rien contre nous. »

L’approche régionale est à la mode


Nous sommes plus proches d’un « divorce que d’un mariage » avec les Palestiniens, prévient Lapid. Sur le plan diplomatique, l’ancien ministre des Finances appelle à une approche régionale. « Abbas n’est pas un partenaire de dialogue, il ne signera rien, il a trop peur de la réaction du monde arabe – et ce, à juste titre […] Nous devons nous adresser à la Ligue arabe et commencer à négocier avec ses membres. Ne parlons pas tout de suite de paix, mais d’un accord qui assurera notre sécurité et leur donnera un Etat. » Lapid veut négocier avec l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les Etats du Golfe. Et peu importe si l’idée n’est pas nouvelle, si Netanyahou et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman ont depuis plusieurs mois adopté le point de vue d’une approche régionale, envisageant de faire intervenir les pays arabes modérés pour aider à résoudre le conflit israélo-palestinien. « Je me fiche des mérites et des crédits », se défend le chef de Yesh Atid.

Mais revenons-en à ses chances de faire partie d’un prochain gouvernement. Yaïr Lapid refuse de faire marche arrière en ce qui concerne l’enrôlement des ultraorthodoxes, ou même sur les sanctions pénales prévues pour les objecteurs de conscience harédim. « Ils doivent simplement accepter que les lois que nous avons fait adopter sont irréversibles », dit-il. « Je pense que Shas est tout à fait conscient du fait que même si le système politique essaye de faire marche arrière, la Cour suprême et la rue israélienne s’y opposeront. »
S’il n’y a pas de revirement possible, Yesh Atid et les ultraorthodoxes pourront-ils s’asseoir à la même table ? Lapid reste le seul à ne pas exclure cette option. Peut-être justement parce que les différents scénarios plausibles ne lui sont pas favorables, il refuse de se prononcer pour l’instant sur d’éventuelles alliances. « Je dis aux gens, arrêtez de jouer au jeu des coalitions et saisissez l’opportunité qui vous est offerte d’exprimer vos valeurs et de vous battre pour elles. »


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