Le gouvernement ne souhaite pas démolir l’avant-poste de
Migron. C’est ce qu’a annoncé la semaine dernière l’adjoint du Premier
ministre. “De mon point de vue, Migron est éternel. Il est là, il est fait pour
rester”, a-t-il affirmé lors d’une visite de solidarité dans l’implantation. Et
de rappeler que ceux qui ont bâti la localité pensaient avoir le soutien de
l’Etat. Le gouvernement ne cherche pas à réitérer les violentes démolitions de
neuf habitations permanentes de l’avant-poste Amona durant l’hiver 2006, a-t-il
poursuivi.
Deux jours auparavant, Binyamin Netanyahou avait offert une
alternative aux résidents de Migron : une relocation assurée, en mars, sur une
autre parcelle de la colline proche du vignoble Psagot. Les habitants ont
rejeté le compromis.
D’autres personnalités, telles que l’ancien président du
conseil régional, Pinhas Wallerstein, et le député Danny Danon (Likoud) se sont
prononcées en faveur d’un autre arrangement : laisser deux ans aux résidents
pour établir le bien-fondé de leur propriété. Et en cas d’échec, ils seront
relogés. Pour Danon, il faut faire pression sur le bureau du Premier ministre
pour lui faire accepter cette nouvelle solution.
Migron Vs. La Paix maintenant
“J’ai un message pour La Paix maintenant”, a déclaré Yaakov
Katz, président de l’Union nationale. “Continuez à vous battre et à faire
signer des pétitions. Parce qu’à chaque endroit où vous agirez, nous viendrons
encore plus nombreux.”
Ce à quoi le directeur de l’association, Yariv Oppenheimer,
a rétorqué : “C’est honteux qu’un ministre vienne à Migron et ignore tout du
problème de légalité de l’emplacement”. Un tel accord constituerait, selon lui,
“une victoire pour ceux qui enfreignent la loi et une defaite pour Israël”.
En marge des tentatives pour négocier un compromis, les
politiciens de droite se sont tournés à de nombreuses reprises vers le comité
ministériel sur la législation. Ils sollicitaient le soutien du gouvernement
sur des projets de lois qui visent à légaliser les avant-postes. Mais à la
demande du Premier ministre, le comité a retardé, voire rejeté, le débat sur
ces projets.
Les chefs des partis de la coalition n’ont pas encore
décidé s’ils demanderont à leurs membres de voter pour la position du gouvernement,
ou s’ils leur donneront la liberté de choisir.
Les habitants de Migron ont porté leur cause sur Internet via une vidéo postée
mercredi 25 janvier sur YouTube. La séquence, un dessin animé raconte
l’histoire de l’implantation et dénonce une erreur judiciaire. Les résidents
déplorent n’avoir jamais eu la chance de prouver à la Cour que leur parcelle de
terre n’a pas été correctement classifiée. La vidéo accuse en outre La Paix
maintenant de se soucier davantage de la Naqba que du jour de l’Indépendance.
Et d’avoir délibérément fait de leur maison une cible de démolition en trouvant
des Palestiniens susceptibles de réclamer la possession des terres. “Jusqu’à ce
jour, ils [ces Palestiniens] n’avaient jamais rêvé avoir une connexion avec
Migron”, martèle la vidéo.
Des sympathisants de l’avant-poste ont quant à eux envoyé un message
automatique à un millier de membres du Likoud, prétendant appartenir à une
organisation fictive, “Partons maintenant”. Le texto consiste sous forme de
parodie en un appel à voter pour le Premier ministre Binyamin Netanyahou, lors
des primaires du 31 janvier. “Venez voter pour Netanyahou s’il vous plaît afin
de nous permettre d’évacuer Migron et de détruire ensuite les implantations du
reste des territoires. Seul Netanyahou est bon pour nous. Ne restez pas chez
vous. N’écoutez pas vos amis. Nous savons ce qui est le mieux à faire”.
La réponse de La Paix maintenant n’a pas tardé à se faire entendre. Au
lendemain de la publication de la vidéo par les habitants de Migron, l’association
a posté une vidéo sur YouTube et un dossier d’informations sur l’avant-poste.
Batailles juridiques
Avant 1967, l’emplacement de l’avantposte était enregistré
par les Jordaniens aux noms de propriétaires palestiniens, prétend La Paix
maintenant. Pour preuve, l’association a publié dans le “Dossier Migron”, une
photographie des actes de propriété tamponnés par l’administration civile de
Judée-Samarie. Le document cite également Eitan Broshi, conseiller sur les
implantations du ministère de la Défense en 2009 : “La parcelle de terrain de
l’avantposte est une terre qui appartient à des résidents palestiniens”.
La démolition a été repoussée en 2008, suite à la promesse au Conseil des
communautés juives de Judée-Samarie et de la bande de de reloger les habitants
dans l’implantation toute proche de Guivat Binyamin. L’Etat n’a jamais
construit de nouvelles maisons et les résidents de Migron n’ont jamais accepté
la proposition. Finalement, en août 2011, La Paix maintenant a réitéré sa
plainte auprès de la Cour, qui a prévu la démolition des constructions de
Migron pour mars 2012.
Mais d’après l’avocat des habitants de l’implantation, Amir Fisher, les
Palestiniens qui réclament les terres ne sont pas ceux dont le nom a été
enregistré sur l’acte de propriété. Qui possède à présent le droit de la terre,
s’interroge-t-il. Les habitants de Migron, ou les Palestiniens qui déclarent en
avoir hérité ? L’association pacifiste oublie un détail, ajoute-t-il : c’est
l’Etat qui a construit Migron, avec l’aide du ministère de la Construction et
du Logement. Une référence à un rapport de 2005 de l’avocate Talia Sasson qui
affirme que le ministère a dépensé 4 325 millions de shekels en faveur de
l’implantation.
Cette semaine, cent trente rabbins nationaux- religieux ont envoyé une lettre à
la présidente de la Cour suprême, Dorit Beinisch, jeudi 26 janvier, pour faire
annuler la destruction de l’avant-poste. Parmi les signataires : le rabbin Haim
Druckman, chef du mouvement de jeunesse Bnei Akiva et doyen de la yeshiva d’Ohr
Etzion ; le président de Tzohar, le rabbin David Stav ; le grand rabbin de
Safed Shmuel Eliyahou et Yaakov Ariel, le grand rabbin de . La lettre appelle
Beinisch à autoriser le versement d’une compensation aux propriétaires de la
terre plutôt que de détruire les maisons.