Retour à l’envoyeur
04/23/2012 11:38
Les pourparlers entre Israël et l’Autorité palestinienne semblent plus que jamais au point mort
Fayyad Photo: Marc Israel Sellem
Des semaines que l’on spéculait sur cette lettre. Celle que le Premier ministre
palestinien, Salam Fayyad, devait remettre personnellement à Binyamin Netanyahou
de la part de Mahmoud Abbas, mardi 16 avril. Et qui attendait une réponse dans
les jours suivants de la part du chef du gouvernement israélien. Certes, on est
loin des courriers échangés par Rabin et Arafat en 1993 et qui ont conduit aux
Accords d’Oslo. Mais il s’agissait quand même d’un pas dans la bonne direction
après plus de trois ans de négociations au point mort. Trois ans que l’Autorité
palestinienne (AP) refuse de retourner aux pourparlers tant que Jérusalem
n’accepte ses conditions préalables et trois ans que Netanyahou s’y
refuse.
Bien entendu, un échange de lettres n’est pas non plus de nature
à susciter l’émoi au sein de la communauté internationale, occupée ces jours-ci
avec la Syrie et l’Iran, et souffrant très probablement d’une lassitude
moyenne-orientale.
Alors, les esprits se sont tournés vers la rencontre
entre Netanyahou et Fayyad. Aussi étrange que cela puisse paraître, les deux
hommes ne s’étaient jamais entretenus. Il s’agissait donc de leur premier
tête-à-tête, et aussi de la première rencontre au sommet entre Palestiniens et
Israéliens depuis les brefs pourparlers de septembre 2010.
Mais le
soufflet est vite retombé. Fayyad s’est désisté. A la place, la lettre - dont le
contenu est connu depuis des semaines - a été remise par l’éternel Saeb Erekat.
Alors que les gouvernements israéliens se font et se défont, qu’Arafat a fini
par décéder et être remplacé par Abbas, Erekat, lui est toujours là, dans le
rôle du “négociateur” depuis 20 ans.
Résultat des événements : l’histoire
de la rencontre est devenue celle de l’absence de Fayyad. Raison évoquée par
l’Autorité palestinienne : Fayyad ne voulait pas rencontrer son homologue
israélien lors de la “Journée des Prisonniers” palestiniens. Cela peut se
comprendre : une photo avec Netanyahou un jour où l’AP a décidé de montrer sa
solidarité avec ses prisonniers dans les prisons israéliennes n’est pas une
recette de succès pour séduire la rue palestinienne. Mais Fayyad ne
pouvait-il s’en apercevoir avant ? N’a-t-il donc pas de calendrier à sa
disposition ?
La troublance idéologie moyen-orientale
En fait, l’absence de
Fayyad a bien plus à voir avec l’état général du processus de paix. Dans le
monde arabe d’aujourd’hui, une entrevue avec le gouvernement israélien, quel
qu’il soit, n’est pas de nature à vous faire gagner en popularité. Car se
rencontrer et négocier signifie céder...
au moins sur quelque chose. Ce
qui ne passe pas bien dans l’opinion publique. Pour s’en convaincre, il n’y a
qu’à voir comment l’AP et Abbas ont été décriés, suite à la révélation des
Papiers palestiniens en janvier 2011, pour avoir négocié avec Israël sur Gilo et
Ramot (!) et indiqué implicitement que tous les réfugiés palestiniens ne
retourneront pas “chez eux”. Conséquence de ces fuites : Erekat avait dû
démissionner de sa position de négociateur en chef de l’OLP. Juste avant d’être
nommé négociateur palestinien, tout simplement, peu après. A noter que les
Papiers palestiniens, tendancieusement révélés au public par Al Jazeera et le
journal anglais The Guardian, ont été dévoilés avant qu’Hosni Moubarak ne soit
renversé d’Egypte, et qu’il pouvait encore légitimer les pourparlers entre
Israéliens et Palestiniens. Mais même alors, le leadership palestinien a été
pointé du doigt pour avoir mené des négociations avec la ministre des Affaires
étrangères d’alors, Tzipi Livni. On ne peut qu’imaginer la situation
aujourd’hui, l’Egypte ne poussant plus à la négociation et Livni la modérée
ayant été remplacée par Netanyahou le dur...
Fayyad n’a pas voulu remplir
l’ingrate mission d’Abbas. Car c’est bien ainsi qu’est considérée
actuellement une rencontre avec Netanyahou. Ce qui explique pourquoi le chef de
l’AP n’a pas voulu remettre sa lettre lui-même. Et révèle la troublante
idéologie régnant dans la région : rejeter la réconciliation avec Israël et
plébisciter la confrontation.
Une mentalité qui ne date pas d’hier.
Prenons pour exemple Anouar el-Sadate, le président égyptien
assassiné.
Pour avoir signé un traité de paix avec Israël, Sadate a pu
récupérer toute la péninsule du Sinaï, décrocher un prix Nobel de la paix et
assurer une aide américaine plus que nécessaire de plusieurs milliards de
dollars à son pays. Et comment a-t-il été remercié par son peuple ? Par une
pluie de balles fondamentalistes tirées par ceux-là mêmes qui cherchent
aujourd’hui à prendre le pouvoir en Egypte.
Voilà le sort réservé aux
faiseurs de paix. Quid alors des fauteurs de trouble ? Le président syrien Hafez
Assad, père de Bashar, n’a jamais rien donné à Israël. Ni reconnaissance, ni
poignée de main, uniquement des ennuis. En retour, il n’a rien reçu non plus, ni
les collines du Golan, ni l’approbation de la communauté internationale. Mais sa
résistance à Israël lui a acquis une telle reconnaissance dans le monde arabe
que son fils peut aujourd’hui massacrer son propre peuple dans l’inertie arabe
générale.
Ou est donc passée l’indignation du Hamas ? Du Hezbollah ? De
l’Autorité palestinienne ? Décidément, au Proche-Orient celui qui résiste à
Israël est adulé tandis que celui qui coopère avec l’Etat juif est montré du
doigt.
Abbas entre en résistance
Ce qui, évidemment, place Abbas dans une
situation difficile. Il sait que faire des concessions à Israël ne lui sera pas
favorable dans le nouveau contexte du Proche- Orient. Comment donc procéder ? Le
dirigeant semble avoir abandonné, et c’est tout à son honneur, la stratégie
terroriste, convaincu que cela dessert son peuple et les buts qu’il s’est fixés.
A la place, il s’est lancé dans un bras de fer diplomatique. Au programme : ni
compromis, ni conciliation, mais coercition. Pour qu’en fin de compte, le monde
fasse pression sur Israël, conformément aux souhaits de l’AP. La décision
d’Abbas de ne pas rencontrer Netanyahou et d’envoyer une lettre à la place est
donc bien un acte de résistance, de défiance. Une attitude encore renforcée par
le désistement de dernière minute de Fayyad.
Et pendant ce temps-là, rien
ne bouge. De petits gestes tels qu’envoyer une lettre signifient à la communauté
internationale que les partis restent toujours engagés dans la négociation, mais
en définitive rien ne change. Les événements de la semaine passée
laissent en réalité penser que les Palestiniens attendent un changement de
gouvernement en Israël, ainsi que les élections américaines.
Concernant
le gouvernement israélien, c’est exactement ce que Moussa Keilani, ancien
ambassadeur jordanien et rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al Urdun a
conseillé à l’AP de faire dans une récente tribune. “Il n’y a aucun espoir pour
des négociations fructueuses tant que l’actuelle coalition reste au pouvoir en
Israël”, a ainsi écrit Keilani. “Il serait donc plus sage d’attendre les
prochaines élections générales et de voir si un changement de coalition rend
possibles de sérieuses négociations”.
A Jérusalem, on déclare cependant
que les Palestiniens attendent surtout les prochaines élections américaines en
novembre, croyant qu’un second mandat d’Obama jouera en leur faveur. Le
président américain, fort d’un nouveau plébiscite électoral, serait alors
supposément plus libre de se montrer dur envers Israël.
Mais deux
problèmes se posent. Tout d’abord, Obama pourrait ne pas gagner. Ensuite, même
vainqueur, il pourrait ne pas se ranger du côté de Palestiniens et peut-être
encore moins réussir à faire pression sur les Israéliens.
Selon la
rumeur, Arafat aurait rejeté l’offre généreuse du président Bill Clinton, juste
avant que ce dernier ne quitte ses fonctions en 2001, pensant que les
Palestiniens obtiendraient un meilleur marché de la part de George W. Bush
fils.
Mais Arafat avait tort. De quoi donner matière à réflexion aux
Palestiniens alors qu’ils adoptent aujourd’hui cette stratégie de l’attentisme.
Au vu de leurs dernières actions, c’est pourtant celle-là qu’ils semblent
vouloir privilégier.