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Abbas nage en eaux troubles

By KHALED ABU TOAMEH
11/06/2012 13:16
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Les déclarations du leader palestinien sur le “droit au retour” ont suscité un tollé dans son propre camp.

Abbas nage en eaux troubles
Abbas nage en eaux troubles Photo: Reuters


Même lui ne s’y attendait pas. Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’avait pas l’air de savoir qu’il ouvrait une boîte de Pandore en déclarant vendredi dernier qu’il ne souhaitait pas retourner dans sa ville natale de Safed, et qu’un futur Etat palestinien se dressera uniquement en Judée et Samarie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est. Ses remarques, formulées durant une interview accordée à Aroutz 2, ont provoqué une vague de critiques sans précédent parmi les Palestiniens et les Arabes.

Abbas est accusé “d’avoir cédé le droit au retour” de millions de réfugiés palestiniens.

Certains de ses rivaux politiques sont allés jusqu’à qualifier ses propos de “haute trahison”. Le leader a surtout été surpris par le fait que les fortes condamnations ne sont pas venues uniquement du Hamas et autres groupes radicaux, mais de Palestiniens ordinaires et voire de certains de ses alliés à l’OLP.

Cette vaste contestation prouve surtout que les Palestiniens restent fermement opposés à toute concession envers Israël, en particulier concernant le “droit au retour” au sein de l’Etat hébreu. Abbas ne peut toutefois s’en prendre qu’à lui-même. Il répète depuis des années que le “droit au retour” est sacré et qu’il s’agit d’une “ligne rouge” qu’aucun Palestinien ne devrait oser franchir. Il a lui-même assuré à plusieurs reprises que le leadership palestinien ne remettrait jamais en cause “ce droit sacré”.

Mais en dépit de ces assurances, la position d’Abbas sur la question semble désormais trouble.

A la solde des Israéliens

Mahmoud Abbas a également été critiqué pour avoir assuré qu’une troisième Intifada n’aurait jamais lieu sous son mandat. Il n’en fallait pas plus pour qu’on le traite de “soustraitant” au service de l’establishment militaire israélien en Judée et Samarie.



Depuis, le dirigeant s’est réfugié dans une stratégie de contrôle des dommages, face à une grogne croissante contre lui et sa politique.

Dans une série de communiqués publiés au cours du week-end, Abbas a vivement démenti avoir abandonné le “droit au retour”. A en juger par sa réaction, on en vient même à penser qu’il regrette son interview à la chaîne israélienne.

Son porte-parole, Nabil Abou Rudaineh, a tenté d’expliquer que l’entretien était principalement destiné à “affecter l’opinion israélienne”. En d’autres termes, il dit aux Israéliens ce qu’ils ont envie d’entendre - à savoir que les Palestiniens ne retourneront pas dans leurs anciens foyers en Israël. Et Abbas d’accuser le Hamas de déchaîner l’opinion contre lui. Il se présente comme la victime d’une “conspiration” conjointe du Hamas et du gouvernement israélien pour torpiller ses efforts à l’ONU le mois prochain. Le dirigeant de l’AP a en effet prévu d’appuyer sa candidature en tant qu’Etat observateur permanent, une fois passée l’élection américaine.

Les explications n’ont toutefois pas semblé convaincre. Les leaders et politiques israéliens qui se sont précipités pour louer les déclarations d’Abbas ont-ils conscience du tort encore plus considérable qu’ils lui causent ? D’après de nombreux Palestiniens, Abbas n’a plus la légitimité nécessaire pour faire des concessions à Israël au nom du peuple, en particulier sur la question si sensible des réfugiés.

La polémique montre qu’ils sont nombreux, également, à s’opposer à l’initiative onusienne de leur dirigeant. Car Abbas a l’intention de demander la reconnaissance d’un Etat dans les “seules” frontières pré-1967. Une idée rejetée par beaucoup de Palestiniens et d’Arabes qui veulent libérer “la Palestine toute entière”. La démarche pourrait donc revenir comme un boomerang dans le camp d’Abbas et contribuer à accentuer les divisions entre Palestiniens. Une chose est sûre : le tollé soulevé par les déclarations prouve qu’aucun leader palestinien n’a aujourd’hui l’assentiment populaire pour faire des concessions à Israël.



La classe politique encore divisée


La gauche applaudit et la droite critique les propos d’Abbas. A quelques semaines du scrutin, les accusations vont bon train.


TOVAH LAZAROFF


Dimanche 4 novembre, la classe politique israélienne toute entière réagissait aux propos de Mahmoud Abbas, diffusés sur la deuxième chaîne. Et les opinions se bousculent à quelques semaines du scrutin.




Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et les élus de droite ont critiqué Abbas qui a appelé à la reprise des négociations, sur la base des lignes pré-1967.

Ehoud Olmert et Tzipi Livni, respectivement ancien Premier ministre et ancienne ministre des Affaires étrangères, ont quant à eux confirmé que les déclarations correspondaient aux positions que le leader de l’AP occupait durant les pourparlers qui se tenaient de leur temps.

Abbas a semblé renoncer au “droit au retour” pour les réfugiés palestiniens et leurs descendants. Selon Olmert, l’ancien président américain George Bush et sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice connaissaient déjà cette position. Mais sous le mandat de Bibi, a continué l’ancien chef de Kadima, les négociations ont été gelées. “Le gouvernement a pris des mesures pour renforcer le Hamas et affaiblir l’AP, un corps qui épouse la non-violence et les négociations pour la paix”, a ajouté Olmert. “Cette politique à l’égard du seul partenaire de paix entre nous et les Palestiniens est irresponsable et contraire aux intérêts vitaux d’Israël.

L’interview donnée par Abbas est la preuve que nous avons quelqu’un à qui parler afin de mettre un terme à ce conflit sanglant entre nos deux nations, qui dure depuis trop longtemps”, a conclu celui qui n’a pas encore décidé de son retour en politique.

“Menteur”

Dimanche, lors du conseil ministériel hebdomadaire, Binyamin Netanyahou a minimisé l’importance des déclarations d’Abbas. “Abbas a d’ores et déjà battu en retraite sur certains de ses commentaires”, a-t-il lancé. “L’entretien ne fait que confirmer l’importance des négociations sans conditions préalables. De façon générale, si Abou Mazen est sérieux dans ses propos, en ce qui me concerne nous pouvons nous mettre à la table des négociations dès à présent. Jérusalem n’est qu’à 7 minutes de Ramallah. Je suis prêt à commencer dès aujourd’hui”, a indiqué le Premier ministre.




Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a de son côté réagi en traitant Abbas de “menteur” et l’a accusé d’interférer dans l’élection israélienne. “Abbas intervient au bénéfice de la gauche, de Shelly Yacimovich (Avoda) et de Zehava Gal-On (Meretz), qui représentent les intérêts palestiniens en Israël”, a déclaré le leader d’Israël Beiteinou à la radio militaire. “Comparons ces dernières déclarations à ce qu’il a dit il y a deux mois seulement devant l’Assemblée générale de l’ONU, ou encore l’année dernière à New York. Ou à ce qu’il dit en arabe et pas en anglais”, a proposé le diplomate.

Et de rappeler qu’Abbas a récemment qualifié les actions israéliennes de “vol de territoires” et de “crimes contre l’humanité”, tout en comparant les terroristes palestiniens à des “héros”. Liberman a conclu que le chef de l’AP n’avait pas renoncé au droit au retour et n’avait pas l’intention de le faire.

Un certain nombre d’élus Likoud ont également critiqué Abbas et Olmert. Le ministre de l’Education Guideon Saar a accusé l’ancien Premier ministre d’avoir compliqué les négociations pour Israël en faisant une offre excessive aux Palestiniens lors de son mandat, y compris un retour aux lignes de 1967 et la division de Jérusalem.

Et Saar d’ajouter qu’il est “scandaleux qu’Olmert n’ait pas élevé la voix une seule fois contre Abbas devant son refus délibéré de négocier durant ces quatre dernières années”.

Du côté du centre-gauche, le ministre de la Défense Ehoud Barak a défendu Abbas au micro de la radio militaire. Il a assuré, avec un brin d’humour, que si le leader palestinien “n’est pas prêt de rejoindre Likoud Beiteinou ou les mouvements de jeunesse sionistes, parce qu’il reste le leader de l’AP, il est faux de dire que nous n’avons pas un partenaire en Abbas”.

Dans une interview accordée à la deuxième chaîne, dimanche soir, Tzipi Livni a blâmé Netanyahou pour l’absence de confiance entre les deux camps ces quatre dernières années, et a avancé pour preuve l’avalanche de critiques prononcées par le gouvernement en place depuis vendredi soir. “Quiconque souhaite préserver un Etat juif, sauf et démocratique, y compris à droite, doit accueillir favorablement ce qu’a dit Abbas au cours de cette interview. A savoir qu’il souhaite mettre un terme au conflit sur la base de la solution à deux Etats”, a-t-elle martelé.

 


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