Même lui ne s’y
attendait pas. Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’avait
pas l’air de savoir qu’il ouvrait une boîte de Pandore en déclarant vendredi
dernier qu’il ne souhaitait pas retourner dans sa ville natale de Safed, et
qu’un futur Etat palestinien se dressera uniquement en Judée et Samarie, dans
la bande de Gaza et à Jérusalem-Est. Ses remarques, formulées durant une
interview accordée à Aroutz 2, ont provoqué une vague de critiques sans
précédent parmi les Palestiniens et les Arabes.
Abbas est accusé “d’avoir cédé le droit au retour” de millions de réfugiés
palestiniens.
Certains de ses rivaux politiques sont allés jusqu’à qualifier ses propos de
“haute trahison”. Le leader a surtout été surpris par le fait que les fortes
condamnations ne sont pas venues uniquement du Hamas et autres groupes
radicaux, mais de Palestiniens ordinaires et voire de certains de ses alliés à
l’OLP.
Cette vaste contestation prouve surtout que les Palestiniens restent fermement
opposés à toute concession envers Israël, en particulier concernant le “droit
au retour” au sein de l’Etat hébreu. Abbas ne peut toutefois s’en prendre qu’à
lui-même. Il répète depuis des années que le “droit au retour” est sacré et
qu’il s’agit d’une “ligne rouge” qu’aucun Palestinien ne devrait oser franchir.
Il a lui-même assuré à plusieurs reprises que le leadership palestinien ne
remettrait jamais en cause “ce droit sacré”.
Mais en dépit de ces assurances, la position d’Abbas sur la question semble
désormais trouble.
A la solde des Israéliens
Mahmoud Abbas a
également été critiqué pour avoir assuré qu’une troisième Intifada n’aurait
jamais lieu sous son mandat. Il n’en fallait pas plus pour qu’on le traite de
“soustraitant” au service de l’establishment militaire israélien en Judée et
Samarie.
Depuis, le dirigeant s’est réfugié dans une stratégie de contrôle des dommages,
face à une grogne croissante contre lui et sa politique.
Dans une série de communiqués publiés au cours du week-end, Abbas a vivement
démenti avoir abandonné le “droit au retour”. A en juger par sa réaction, on en
vient même à penser qu’il regrette son interview à la chaîne israélienne.
Son porte-parole, Nabil Abou Rudaineh, a tenté d’expliquer que l’entretien
était principalement destiné à “affecter l’opinion israélienne”. En d’autres
termes, il dit aux Israéliens ce qu’ils ont envie d’entendre - à savoir que les
Palestiniens ne retourneront pas dans leurs anciens foyers en Israël. Et Abbas
d’accuser le Hamas de déchaîner l’opinion contre lui. Il se présente comme la
victime d’une “conspiration” conjointe du Hamas et du gouvernement israélien
pour torpiller ses efforts à l’ONU le mois prochain. Le dirigeant de l’AP a en
effet prévu d’appuyer sa candidature en tant qu’Etat observateur permanent, une
fois passée l’élection américaine.
Les explications n’ont toutefois pas semblé convaincre. Les leaders et
politiques israéliens qui se sont précipités pour louer les déclarations
d’Abbas ont-ils conscience du tort encore plus considérable qu’ils lui causent
? D’après de nombreux Palestiniens, Abbas n’a plus la légitimité nécessaire
pour faire des concessions à Israël au nom du peuple, en particulier sur la
question si sensible des réfugiés.
La polémique montre qu’ils sont nombreux, également, à s’opposer à l’initiative
onusienne de leur dirigeant. Car Abbas a l’intention de demander la
reconnaissance d’un Etat dans les “seules” frontières pré-1967. Une idée
rejetée par beaucoup de Palestiniens et d’Arabes qui veulent libérer “la
Palestine toute entière”. La démarche pourrait donc revenir comme un boomerang
dans le camp d’Abbas et contribuer à accentuer les divisions entre
Palestiniens. Une chose est sûre : le tollé soulevé par les déclarations prouve
qu’aucun leader palestinien n’a aujourd’hui l’assentiment populaire pour faire
des concessions à Israël.
La classe
politique encore divisée
La gauche
applaudit et la droite critique les propos d’Abbas. A quelques semaines du
scrutin, les accusations vont bon train.
TOVAH LAZAROFF
Dimanche 4
novembre, la classe politique israélienne toute entière réagissait aux propos
de Mahmoud Abbas, diffusés sur la deuxième chaîne. Et les opinions se
bousculent à quelques semaines du scrutin.
Le Premier ministre Binyamin Netanyahou et les élus de droite ont critiqué
Abbas qui a appelé à la reprise des négociations, sur la base des lignes
pré-1967.
Ehoud Olmert et Tzipi Livni, respectivement ancien Premier ministre et ancienne
ministre des Affaires étrangères, ont quant à eux confirmé que les déclarations
correspondaient aux positions que le leader de l’AP occupait durant les
pourparlers qui se tenaient de leur temps.
Abbas a semblé renoncer au “droit au retour” pour les réfugiés palestiniens et
leurs descendants. Selon Olmert, l’ancien président américain George Bush et sa
secrétaire d’Etat Condoleezza Rice connaissaient déjà cette position. Mais sous
le mandat de Bibi, a continué l’ancien chef de Kadima, les négociations ont été
gelées. “Le gouvernement a pris des mesures pour renforcer le Hamas et
affaiblir l’AP, un corps qui épouse la non-violence et les négociations pour la
paix”, a ajouté Olmert. “Cette politique à l’égard du seul partenaire de paix
entre nous et les Palestiniens est irresponsable et contraire aux intérêts vitaux
d’Israël.
L’interview donnée par Abbas est la preuve que nous avons quelqu’un à qui
parler afin de mettre un terme à ce conflit sanglant entre nos deux nations,
qui dure depuis trop longtemps”, a conclu celui qui n’a pas encore décidé de
son retour en politique.
“Menteur”
Dimanche, lors du
conseil ministériel hebdomadaire, Binyamin Netanyahou a minimisé l’importance
des déclarations d’Abbas. “Abbas a d’ores et déjà battu en retraite sur
certains de ses commentaires”, a-t-il lancé. “L’entretien ne fait que confirmer
l’importance des négociations sans conditions préalables. De façon générale, si
Abou Mazen est sérieux dans ses propos, en ce qui me concerne nous pouvons nous
mettre à la table des négociations dès à présent. Jérusalem n’est qu’à 7 minutes
de Ramallah. Je suis prêt à commencer dès aujourd’hui”, a indiqué le Premier
ministre.
Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a de son côté réagi en
traitant Abbas de “menteur” et l’a accusé d’interférer dans l’élection
israélienne. “Abbas intervient au bénéfice de la gauche, de Shelly Yacimovich
(Avoda) et de Zehava Gal-On (Meretz), qui représentent les intérêts
palestiniens en Israël”, a déclaré le leader d’Israël Beiteinou à la radio
militaire. “Comparons ces dernières déclarations à ce qu’il a dit il y a deux
mois seulement devant l’Assemblée générale de l’ONU, ou encore l’année dernière
à New York. Ou à ce qu’il dit en arabe et pas en anglais”, a proposé le
diplomate.
Et de rappeler qu’Abbas a récemment qualifié les actions israéliennes de “vol
de territoires” et de “crimes contre l’humanité”, tout en comparant les
terroristes palestiniens à des “héros”. Liberman a conclu que le chef de l’AP
n’avait pas renoncé au droit au retour et n’avait pas l’intention de le faire.
Un certain nombre d’élus Likoud ont également critiqué Abbas et Olmert. Le
ministre de l’Education Guideon Saar a accusé l’ancien Premier ministre d’avoir
compliqué les négociations pour Israël en faisant une offre excessive aux
Palestiniens lors de son mandat, y compris un retour aux lignes de 1967 et la
division de Jérusalem.
Et Saar d’ajouter qu’il est “scandaleux qu’Olmert n’ait pas élevé la voix une
seule fois contre Abbas devant son refus délibéré de négocier durant ces quatre
dernières années”.
Du côté du centre-gauche, le ministre de la Défense Ehoud Barak a défendu Abbas
au micro de la radio militaire. Il a assuré, avec un brin d’humour, que si le
leader palestinien “n’est pas prêt de rejoindre Likoud Beiteinou ou les
mouvements de jeunesse sionistes, parce qu’il reste le leader de l’AP, il est
faux de dire que nous n’avons pas un partenaire en Abbas”.
Dans une interview accordée à la deuxième chaîne, dimanche soir, Tzipi Livni a
blâmé Netanyahou pour l’absence de confiance entre les deux camps ces quatre
dernières années, et a avancé pour preuve l’avalanche de critiques prononcées
par le gouvernement en place depuis vendredi soir. “Quiconque souhaite
préserver un Etat juif, sauf et démocratique, y compris à droite, doit
accueillir favorablement ce qu’a dit Abbas au cours de cette interview. A
savoir qu’il souhaite mettre un terme au conflit sur la base de la solution à
deux Etats”, a-t-elle martelé.