LONDRES (Reuters)
- Si l’attaque d’Israël sur Gaza allume des étincelles dans un Moyen-Orient
déjà très combustible, il est peu probable qu’elle déclenche une guerre
d’envergure ou scelle la fin du traité de 1979 de paix entre l’Etat juif et
l’Egypte.
Le Hamas, petit héritier des Frères musulmans égyptiens, a repris du poil de la
bête ces dernières semaines. Et ce, suite à une visite à Gaza de l’émir du
Qatar, qui a fait naître la conviction trompeuse qu’Israël ne se risquerait pas
à une forte action militaire contre les islamistes au pouvoir en Egypte.
Quant au président égyptien, il a enjoint Washington à contenir les offensives
“inacceptables” de l’Etat juif. Mais Mohamed Morsi se retrouve face à une pression
populaire qui lui en demande plus.
Pour autant, larguer par-dessus bord le traité de paix représente des risques
graves pour un pays toujours dans le tumulte, après la révolte l’an dernier
contre un Hosni Moubarak qui l’avait préservé 30 ans durant.
Au cours d’appels téléphoniques avec Morsi et le Premier ministre Binyamin
Netanyahou mercredi (14 novembre), le président américain Barack Obama a
simplement rappelé le droit d’Israël à la légitime défense et n’a fait aucune
allusion à une éventuelle action en faveur de la paix avec les Palestiniens.
Le Caire reçoit 1,3 milliard de dollars d’aide militaire de Washington par an
et attend de lui un coup de pouce à son économie chancelante. C’est pourquoi
Morsi fait profil bas, malgré son besoin de montrer aux Egyptiens que sa
politique diffère de celle de son prédécesseur pro-américain.
“Morsi est contraint de tendre la main à la communauté internationale,
l’équilibre des forces dans la région penchant du côté d’Israël”, a déclaré
Nabil Abdel Fattah, du Centre cairote Ahram d’études politiques et
stratégiques.
“Les pays arabes restent militairement et diplomatiquement trop faibles pour
oser de vraies représailles contre une telle agression”, poursuit Fattah.
Balayer devant sa porte
Obama a d’autres casse-tête régionaux à régler alors
qu’il entame son second mandat, du conflit nucléaire avec l’Iran à
l’instabilité en Irak, en passant par la geurre civile en Syrie, source de
tensions violentes aux frontières avec la Turquie, le Liban, l’Irak, la
Jordanie et Israël.
La lutte en Syrie entre les rebelles majoritairement sunnites et les partisans
alaouites du président Bachar a dressé les Etats dirigés par les Sunnites face
à l’Iran chiite, le plus proche allié d’Assad. C’est ainsi que le Hamas s’est
brouillé avec certains de ses anciens amis. Le Mouvement islamiste sunnite
avait rejoint le Hezbollah libanais chiite, l’Iran et la Syrie dans le fameux
“axe de résistance” face à Israël et aux Etats-Unis. Mais la répression
sanglante d’Assad sur ses opposants l’a incité à rompre les liens avec Damas en
début d’année.
La frustration refoulée, qui a éclaté au grand jour dans les soulèvements
arabes l’an dernier, a renversé quatre dirigeants bien enracinés. L’agitation
populaire a gagné la Jordanie, le Koweït et le Bahreïn la semaine dernière.
Les dirigeants arabes, survivants autocrates ou nouvellement installés par la
voie des urnes, doivent prêter plus d’attention aux sentiments de leurs
citoyens, pour la plupart remplis d’empathie pour leurs frères palestiniens.
Pourtant, s’il a une fois encore enflammé le courroux arabe, le dernier effort
d’Israël pour empêcher les tirs de roquettes des terroristes de la bande de
Gaza pourrait bien se dérouler sans intervention armée des autres ennemis
d’Israël comme l’Iran, la Syrie et le Hezbollah.
Timur Goksel, ancien conseiller onusien du maintien de la paix au Liban, a
déclaré qu’il ne s’attendait pas à une expansion régionale du conflit, hormis
des condamnations vigoureuses des dirigeants arabes.
“Tout pourrait dégénérer seulement si Israël choisissait de passer à l’étape
suivante [à Gaza].
C’est la décision d’Israël et elle n’est pas aisée à deviner, compte tenu des
prochaines élections làbas”, a-t-il affirmé. “Si les événements restent en
l’état, ils s’atténueront d’eux-mêmes.”
L’armée israélienne est un élément dissuasif de taille pour n’importe quel
adversaire, même aussi aguerri que le Hezbollah.
Le puissant mouvement chiite a combattu Israël jusqu’à ce que ce dernier se
retire du Liban en 2006, mais s’est fait discret lors de la dernière offensive
israélienne sur Gaza en 2008-09 et devrait s’abstenir de déclencher une autre
guerre dévastatrice en tirant des roquettes à la frontière Nord.
L’Iran non arabe, saigné par les sanctions occidentales, affronte déjà des menaces
israéliennes d’attaque sur ses installations nucléaires et ne semble pas
vouloir se plonger dans un conflit tous azimuts au nom de Gaza.
La Syrie est préoccupée par sa propre agonie et n’est pas en mesure de s’en
prendre à Israël.
Pourtant, des échanges de tirs ont eu lieu cette semaine, perturbant des
décennies de calme à la frontière du Golan, et alimentant les spéculations
selon lesquelles Assad chercherait à provoquer l’Etat juif, pour faire
diversion quant à son propre sort.
La confrontation à Gaza pourrait brièvement détourner l’attention des
événements en Syrie, sans avoir de grande incidence sur le conflit là-bas,
selon le commentateur basé à Beyrouth Rami Khouri, qui a déclaré que le conflit
israélo-Hamas avait sa propre dynamique récurrente.
“La nouvelle flambée de violence n’est pas surprenante, vu la stratégie de
résistance de plusieurs groupes qui prennent Israël pour cible en réponse au
blocus”, a-t-il déclaré, se référant aux restrictions israéliennes sur
l’enclave de Gaza. “Cela n’est pas surprenant car la situation là-bas n’est pas
viable sur le long terme”.
Pour beaucoup d’Israéliens, elle n’est pas viable non plus.
Pendant le cycle de violence et de vengeance, près de 800 roquettes ont frappé
le sud d’Israël cette année, pressant Netanyahou de répliquer.
“Aujourd’hui, nous avons transmis un message clair au Hamas et aux autres
organisations terroristes”, a déclaré Netanyahou mercredi, ajoutant qu’Israël
élargirait l’offensive si nécessaire.