Dernier coup de grâce : la décision israélienne de suspendre le transfert des
recettes d’impôts revenant à Ramallah en raison de la démarche unilatérale
palestinienne à l’ONU qui a abouti à sa reconnaissance en tant qu’Etat
observateur. Pour certains, il ne fait plus de doute que la région soit sur le
point de s’embraser. Et, de fait, un sondage réalisé par le Centre des médias
et de la communication palestinienne à Jérusalem deux semaines après
l’opération Pilier de défense, et publié le 20 décembre, montre une nette
hausse du soutien à la résistance armée. Pour 70,6 % des sondés, c’est le Hamas
qui a gagné le bras de fer avec Israël. Conséquence logique : hausse du soutien
au mouvement islamiste dans les Territoires de Judée-Samarie ainsi qu’à la
lutte armée, que 32,6 % approuvent.
Salaires impayés : la frustration grimpe
Selon un responsable sécuritaire
palestinien, qui désire conserver l’anonymat, les habitants des Territoires
sont de plus en plus frustrés car ils ont compris que « le gouvernement Hamas,
qui vit en état de siège, est capable de payer ses fonctionnaires, services de
sécurité inclus, tandis que l’AP, qui a fait le choix de la paix et de la
non-violence, ne l’est pas ». Et d’ajouter : « Que doivent-ils conclure
lorsqu’ils voient Israël passer un accord de cessez-le-feu avec le Hamas, qui a
bombardé l’Etat hébreu de roquettes iraniennes, alors que l’AP, qui choisit la
diplomatie, est ignorée et punie ? Ceci peut sans conteste mener à une 3e
Intifada, que nos forces de sécurité seront incapables d’endiguer ».
Le général de division Adnan Damiri, porte-parole des services de sécurité de
l’AP, explique, quant à lui, que la saisie israélienne des fonds revenant à
Ramallah a « un impact catastrophique sur le peuple palestinien ». Selon un
sondage conduit par le PCPSR (Centre palestinien pour les études et les
sondages politiques) du 13 ou 15 décembre derniers, pour 27 % des Palestiniens
– Judée-Samarie et bande de Gaza confondues - la pauvreté et le chômage
constituent le premier des problèmes, avant l’occupation israélienne,
l’expansion des implantations et l’absence d’unité nationale entre le Fatah et
le Hamas. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu en Judée-Samarie au cours
des derniers mois contre le coût de la vie, et l’AP est très lourdement
critiquée pour son incapacité à honorer en temps et en heure les salaires de
ces quelque 174 000 employés, en partie du fait de la saisie opérée par
Jérusalem. Pendant ces rassemblements, la colère des manifestants était dirigée
à la fois contre Israël et l’AP, bien que le gouvernement de Ramallah ait
cherché à blâmer uniquement l’Etat hébreu.
Certes, la récente victoire du président Mahmoud Abbas, qui a conféré un statut
d’Etat observateur à l’AP, a remonté le moral des Palestiniens de
Judée-Samarie, mais c’est une victoire toute symbolique qui nécessite des
mesures concrètes pour devenir une réalité. Et certains responsables craignent
que les manifestations non violentes, encouragées par l’AP ces dernières
années, ne dégénèrent en une vague de violences.
Le 22 décembre, Abbas a fait planer la menace d’un démantèlement de l’Autorité
palestinienne, du fait de ses finances. Quelques jours plus tôt, le Premier
ministre Salam Fayyad avait appelé à une Intifada économique fondée sur le
boycott des produits israéliens. Enfin, Abbas a également menacé de dissoudre
les neuf Bataillons de sécurité, financés par les Etats-Unis et formés en
Jordanie, dont certains officiers pourraient très facilement tomber dans les
bras du Djihad islamique et du Hamas. Pire encore : de nombreux policiers de
l’AP n’ont pas perçu leurs salaires du mois de novembre, puis ont en reçu la
moitié seulement le 23 décembre. Le 14 décembre, de violents affrontements ont
éclaté entre manifestations et la police anti-émeute palestinienne à Bab Zawiya
(à la frontière entre les deux secteurs d’Hébron, H1 et H2, sous contrôle
israélien) à la fin d’un rassemblement fêtant les 25 ans du Hamas.
Quelques dizaines de Palestiniens avaient déjà accosté des troupes de Tsahal un
peu plus tôt pendant les festivités.
Le Hamas, grand gagnant
Selon un haut-gradé de Ramallah, tenant également à
conserver son anonymat, même le Shin Bet (agence de sécurité intérieure)
prévoit une éruption de violence en Judée-Samarie. L’homme avance même que le
prochain gouvernement israélien, élu le 22 janvier, sera encore plus à droite
que le précédent et pourrait en réalité se réjouir d’une explosion
palestinienne, qui lui éviterait d’être contraint aux négociations sous la
pression internationale.
Mais alors que l’AP se prépare au pire, aucun ordre opérationnel n’a encore été
lancé. « Pour l’instant, il n’y a encore aucun changement dans les ordres et
les instructions donnés concernant le maintien de la sécurité en Judée- Samarie
», explique le général de division Hazim Attallah, chef de la police palestinienne.
« Aucune détérioration de la discipline n’est à déplorer au sein des forces de
sécurité, mais je crains les effets délétères de la pénurie d’argent,
d’équipement, d’armes et de munitions sur nos troupes ».
« Les officiers voient leurs salaires bloqués, alors pourquoi devraient-ils
empêcher les Palestiniens de lancer des pierres contre les Israéliens ? »,
ajoute une autre source. « Ils n’ont aucune raison de le faire ». Les services
de sécurité de l’AP ont néanmoins récemment intensifié leurs opérations
secrètes afin de surveiller tout mouvement monétaire suspect de la part du
Hamas, craignant que le mouvement islamiste n’active ses cellules dormantes
afin de lancer un nouveau cycle de violence. En particulier, la police redoute
une infiltration des manifestations pacifiques aux points de passage israéliens
qui sèmeraient la violence et le chaos, à l’image d’une attaque d’un
commissariat de l’AP en septembre dernier.
A la différence de la seconde Intifada, lancée fin septembre 2000, et dont
Yasser Arafat espérait faire usage à la table des négociations, une troisième
Intifada pourrait signer l’arrêt de mort de l’AP. Toujours selon certains
hauts-gradés, le Hamas a intérêt à ce que la situation dégénère en
Judée-Samarie.
Cela prouverait la faiblesse de Ramallah et encouragerait à la prise du pouvoir
par le mouvement islamiste via les urnes. Les cadres du parti, à Gaza comme
ailleurs, se sont sentis pousser des ailes à la vue des manifestations de
soutien pendant l’opération Pilier de défense dans la zone, pourtant sous
contrôle du Fatah. Et les leaders du Hamas d’appeler de leurs voeux cette
Intifada afin de libérer la Judée-Samarie de l’occupation israélienne. A
Ramallah, on considère ces appels comme une stratégie visant à dominer la
région. Et, de fait, durant de récentes négociations entre Fatah et Hamas en
vue d’une réconciliation, les Gazaouis ont conditionné tout futur accord à une
suspension totale de la coopération militaire entre Israël et l’Autorité
palestinienne.
Pour en revenir au sondage du PCPSR, ses conclusions montrent que 48 % des
Palestiniens, Judée-Samarie et bande de Gaza confondues, éliraient le leader du
Hamas Ismaël Haniyeh si des élections avaient lieu actuellement, contre 45 %
pour l’actuel président Abbas.
De bien sombres auspices, alors que tous les regards sont tournés vers les
élections générales israéliennes.