Je suis un réfugié, je vis à Ramallah.
La Judée-Samarie et la bande de Gaza, c’est la Palestine, tout le reste, c’est
Israël ». Israéliens et Palestiniens n’en croient pas leurs oreilles.
Tollé général
Le leadership politique israélien ne se bouscule pas pour ajouter
foi au supposé renoncement d’Abbas. De son côté, le Hamas l’accuse d’avoir
traitreusement violé les principes palestiniens de base. Mais, dès le
lendemain, l’agence de presse palestinienne se dépêche de publier un entretien
explicatif, accordé avec Abbas à la chaîne égyptienne Al Hayat, à Amman. Le
leader s’y plaint que les médias, en particulier Al-Jazzera, ont sorti ses
propos de leur contexte. Et clarifie sa position : « Depuis 1988, le Conseil
national palestinien reconnaît les résolutions 242 et 338 de l’ONU. Une
reconnaissance réitérée à maintes reprises par l’Initiative de paix arabe, et
que le Hamas et le Djihad islamique ont acceptée. Lors des dernières
négociations en vue d’une réconciliation au Caire, il y a eu accord sur les
frontières de 1967, une résistance pacifique et populaire et des élections.
En janvier dernier, une discussion s’est tenue au Caire en présence de 36
représentants de la commission centrale du Fatah, et il y a eu accord sur les
frontières de 1967 et sur Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine. Tous
les Etats arabes et islamiques étaient d’accord. Mes propos sur Safed exposent
une position personnelle et n’indiquent pas un renoncement au droit du retour
car il est impossible d’y renoncer en raison des résolutions internationales et
arabes.
La résolution 194 indique qu’une solution doit être trouvée au problème des
réfugiés, et emploie le terme ‘consentie’, ce qui signifie l’accord du côté
israélien ».
Toujours selon Wafa, Abbas a qualifié le droit de retour de « sacré » au cours
de l’entretien. Ce droit, ainsi que les autres points cruciaux du conflit,
seront discutés dans le cadre de l’accord de statu quo en vigueur avec Israël.
Selon la résolution 191, a continué Abbas, le droit du retour est un principe
qui s’exerce par défaut, sauf en cas de compensation financière pour ceux qui
choisiraient de ne pas revenir. Et de promettre que tout futur accord conclu
avec Israël serait soumis à un référendum.
De son côté, Nabil Abou Rudeineh, porte-parole du président palestinien, a
fermement rejeté les accusations du Hamas.
Et affirmé, dans un communiqué officiel : « Le leadership palestinien
n’acceptera jamais un Etat aux frontières temporaires. Quiconque accepterait
cela céderait en réalité le droit du retour et compromettrait les principes
nationaux de base. Ce qui serait une catastrophe pour toutes les générations de
Palestiniens à venir ». Selon Abou Rudeineh, le droit au retour des « réfugiés
» fait partie des sujets négociés avec les Israéliens dans le cadre du statu
quo, avec les frontières et la gestion de l’eau. « Nous adhérons aux principes
nationaux de base, que nos institutions nationales corroborent et il n’y a rien
de nouveau dans cette position ».
Nabil Shaath, chargé officiel des relations étrangères pour le Fatah a, de son
côté, déclaré que les propos d’Abbas avaient été sortis de leur contexte par
les médias. Dans l’entretien, a dit Shaath, le dirigeant n’a rien affirmé
d’autre que « chaque Palestinien a le droit de retourner sur sa terre natale,
mais c’est son droit de choisir, personnellement, s’il veut rentrer dans un
pays ou un autre ». Enfin, d’autres leaders du Fatah ont apporté leur soutien à
Abbas, soulignant sa loyauté envers le droit du retour.
Incompatibilité technique
Le fossé entre Israéliens et Palestiniens sur la
question des réfugiés semble infranchissable. Pour les Palestiniens, ce droit
du retour ne saurait être remis en question. Dans toutes les démarches
relatives à la résolution du conflit, leurs représentants ont toujours fondé
leur position sur l’idée d’une « justice » et non d’un « compromis », comme il
est clairement indiqué dans les chartes des institutions palestiniennes. Vue de
Ramallah, la « justice » signifie la pleine réalisation du droit des réfugiés
en accord avec les institutions internationales et la résolution 191 qui, pour
les Palestiniens, ne fait rien de moins que sanctifier le droit au retour et à
la compensation. D’où il découle que la formule « une solution juste et
consentie basée sur la résolution 194 » n’implique pas que les Palestiniens
soient prêts au compromis, mais plutôt que le terme « consentie » signifie
contraindre Israël à accepter les demandes palestiniennes au nom de la «
justice ».
Pendant ce temps, l’OLP, l’AP et le Hamas continuent de cultiver dans la
société palestinienne l’idée du retour des réfugiés, d’empêcher toute
possibilité d’une installation desdits réfugiés en dehors des camps dans les
pays arabes, et de maintenir l’UNRWA (en français Office de secours et de
travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient)
comme un symbole de l’impérissable idée du retour. Pour bien ancrer ces
notions, le Conseil législatif palestinien a voté une loi sur le sujet en 2008.
En substance, le texte déclare que : •Le droit de retour des réfugiés
palestiniens envers leurs demeures, leurs biens, et la garantie des
compensations pour la souffrance qui a été la leur, est un droit sacré et
fondamental qui ne peut ni s’acheter ni se convertir. Aucune réinterprétation
n’est possible.
•Le droit du retour est un droit naturel, personnel, groupal, civil et
politique s’héritant de père en fils qui ne peut être annulé par le passage du
temps ou par la signature d’un accord, quel qu’il soit. Il est interdit
d’annuler ou de céder sur aucun des aspects mentionnés.
•Il est interdit d’installer les réfugiés palestiniens ailleurs ou de les
couper de leurs racines en tant qu’alternative au droit du retour.
•Quiconque enfreindrait ces principes serait coupable de haute trahison et
passible de toutes les condamnations criminelles et civiles prévues à cet
effet.
Un droit non négociable
Selon le point de vue palestinien, soutenu par les
associations palestinienne et israéliennes des droits de l’Homme, le droit du
retour est un droit « privé » de chacun des réfugiés et c’est pourquoi aucun
représentant du peuple palestinien (tout comme les Nations unies) ne possède
l’autorité morale pour céder ce droit au nom de tous les réfugiés. Selon le
consensus palestinien, en l’absence de l’exercice de ce droit, le conflit avec
Israël restera à jamais ouvert et justifiera la poursuite de la lutte armée,
même après la création d’un Etat. Tout leader palestinien qui oserait défier
cette idée et mettre le droit du retour sur la table des négociations avec
Israël serait, au mieux, ostracisé et renversé de son pouvoir et, au pire,
exécuté. Les violentes réactions à l’interview d’Abbas sur Aroutz 2 montre bien
l’impossibilité pour le leadership palestinien, même s’il en a le désir, de
proposer un compromis sur la question des réfugiés. En clair, le président ne
s’est pas écarté des positions familières et établies sur le sujet et continue
d’envisager le retour des réfugiés comme « un droit sacré » qui se trouve aux
mains des réfugiés eux-mêmes et ne peut être concédé en leurs noms. Par
ailleurs, les efforts diplomatiques menés par Abbas aux Nations unies ont
focalisé l’intention internationale sur un Etat palestinien basé sur les
frontières de 1967. Le dirigeant espère ainsi gagner une validation politique
et légale de la demande palestinienne d’une évacuation totale par Israël de la
Judée et Samarie, sans que les Palestiniens n’aient rien à céder en retour - et
surtout pas sur la question des réfugiés. Le problème demeure donc au coeur du
conflit israélo-palestinien. Pour les Palestiniens, c’est un atout à employer
contre Israël bien après la création d’un Etat palestinien, capable de modifier
radicalement la donne démographique israélienne et, à terme, transformer l’Etat
juif en une Palestine unique depuis le Jourdain et jusqu’à la Méditerranée.
L’auteur est chercheur au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques sur
le Moyen-Orient et l’islam radical. Il est également ancien conseiller au
département de la planification politique au ministère des Affaires étrangères.
OPINION
Hamas vs Fatah : la fin du conflit ?
Les
conséquences sur la scène politique palestinienne des récents évènements à Gaza
et de l’offensive Pilier de défense lancée par Tsahal ne sont pas des moindres.
Explications
Edy Cohen
Tout d’abord, il y a ceux qui disent que cette
offensive a affaibli Mahmoud Abbas, ce qui est complètement faux. Bien au
contraire, cette mini-guerre a uni les Palestiniens et a diminué la tension
dans ce conflit entre le Fatah de Cisjordanie et le Hamas de Gaza. Ce conflit a
débuté en 2007, lorsque le Hamas a occupé toute la bande de Gaza et que l’OLP
(l’Organisation de la Libération de la Palestine) en est sorti. Les différences
entre ces deux entités sont religieuses et idéologiques. Plusieurs pays arabes
ont tenté vainement de les réconcilier... Par contre, Israël y est parvenu sans
le vouloir : ses ennemis sont dorénavant unis. Mahmoud Abbas s’est rendu à
l’ONU à New York pour y faire naître un Etat palestinien avec les frontières de
1967, malgré le refus américano-israélien. Mais, fait nouveau cette fois-ci :
il a reçu l’appui et le soutien du Hamas. Jusqu’à présent, l’entité terroriste
s’était opposée aux démarches de Mahmoud Abbas pour être fondamentalement
opposée aux Accords d’Oslo et prône une résistance militaire. Selon le Hamas,
l’Etat hébreu ne comprend que la force... De plus, le Hamas a toujours refusé
les frontières de 1967 ; il veut récupérer les frontières de 1948 et rendre aux
refugiés leurs droits de l’époque. Mais, chose plus significative et plus
importante dans cette dualité, c’est que le Hamas refuse toujours de
reconnaître l’Etat d’Israël. Ce qui signifie qu’il a toujours ajourné la
formule de deux Etats vivant côte-à-côte : un Etat palestinien et un Etat
israélien. Et en outre, il s’oppose à un prolongement des négociations directes
ou indirectes avec Israël. Il y a quelques semaines à peine, Mahmoud Al-Zahar,
le dirigeant du Hamas, déclarait que Mahmoud Abbas ne représentait pas le
peuple palestinien et en était même la « honte ». Dorénavant, beaucoup de
questions se posent sur le fait que le Hamas ait accepté les démarches devant
l’ONU du leader de l’AP. Est-ce que ce mouvement terroriste serait prêt à se lancer
dans la diplomatie et deviendrait moins extrémiste, ou bien tout cela fait-il
partie du jeu égyptien qui veut légitimer la présence et l’influence des Frères
musulmans à Gaza ? De toute façon, on voit bien qu’en coulisses se cache une
grande dispute au sein des dirigeants du Hamas : certains d’entre eux, modérés,
soutiennent Abbas, et d’autres, plus extrémistes, s’opposent totalement à lui.
Aujourd’hui, cette « réconciliation » augmente les responsabilités de Mahmoud
Abbas en tant que chef de toute la « Palestine ». Maintenant que la Palestine
est un Etat observateur non membre à l’ONU, le leader du Fatah est responsable,
non seulement de tout ce qui se passe en Cisjordanie, mais aussi dans la bande
de Gaza. Chaque roquette lancée en territoire israélien sera désormais sous sa
responsabilité, et non plus seulement sous celle du Hamas. Edy Cohen, titulaire
d’un doctorat d’Etudes sur le Moyen- Orient à l’université Bar-Ilan, est
spécialiste des Affaires arabes. Il a travaillé pour le ministère de la Défense
et Tsahal.