Manifestations en images
By BARRY DAVIS
03/13/2012 15:05
Inspiré par les événements de l’été dernier, “Au nom des manifestations”, se plonge dans les protestations qui ont marqué le pays
Manifestation de haredim en 1954 Photo: David Rubinger/Yediot Aharonot
Nous vivons dans une démocratie. Et si nous sentons la nécessité de défendre en
masse nos droits dans la rue, sous le contrôle autorisé de la police, nous
pouvons le faire. La preuve en images...
“Au nom des manifestations”
expose au Beit Avi Haï les clichés des grands combats sociaux qui ont secoué
Israël. Une idée originale, née de l’esprit de Hagaï Segev et motivée par
les événements advenus l’été dernier. “Les protestations sociales qui se sont
tenues ici ont été très marquantes. Et pour Beit Avi Haï, qui est très impliqué
dans la vie communautaire et culturelle, l’exposition s’est imposée
naturellement, comme une continuité de l’été”, explique-t-il.
Le
commissaire de l’exposition a pris à coeur son rôle et écumé des milliers
d’épreuves. Sur place : des photographies de manifestations de toutes sortes,
plus ou moins féroces, de ces six dernières décennies.
L’exposition
débute avec les saisissantes images, en noir et blanc, de David Rubinger lors de
la manifestation de 1952 organisée par des personnes handicapées devant l’ancien
siège de la Knesset, avenue King George. Autre cliché puissant, que celui pris
par Boaz Linar : des travailleurs silencieux devant l’entreprise ATA de Kiryat
Ata, avant la fermeture de l’usine de textile dans les années 1980. Et bien sûr,
un témoignage tout en couleurs de la manifestation sociale de l’année
dernière.
Une manifestation, un clic, un message
“Cette exposition se
concentre essentiellement sur l’image, en tant qu’expression de la propagation
d’une idée en général. Ce qui représente le concept d’une manifestation”,
indique Segev. Et de continuer en expliquant que sa formation professionnelle
d’historien s’est avérée très utile pour mener à bien ce projet.
“Au
travers des photographies, j’ai tenté de discerner la façon dont les choses ont
changé, et continuent de changer. J’ai également cherché à découvrir ce qui rend
une image en particulier représentative d’une manifestation.
Enfin, il a
été question de déterminer quelle image peut éventuellement devenir l’icône que
l’on considérera dans dix ans comme témoignage de certains
événements.” Certaines photographies s’avèrent particulièrement
émouvantes et touchent des cordes sensibles. Silverman a notamment capté un
affrontement entre policiers et habitants juifs de Hébron, en 2008. Il y montre
quelques jeunes filles dans un état de détresse émotionnelle et physique
intense. La photographie traduit un sens de l’impuissance abjecte sur ces
visages qui expriment par ailleurs une détermination quasi violente : deux
facettes extrêmes du même problème.
Quelques-unes des images sont
poignantes et se suffisent à elles-mêmes. D’autres sont volontairement
juxtaposées afin d’augmenter leur force au travers du contraste. En
exemple d’une telle combinaison : la photographie d’un homme ultra-orthodoxe,
priant en signe de protestation près des excavations d’un site archéologique
situé à côté d’un vieux cimetière, le long de l’autoroute Trans- Israël. Et à
côté, la photographie d’une manifestation du groupe des Femmes en noir,
ailleurs, il y a plusieurs années de cela. Les sujets liés à la manifestation
divergent, mais l’esthétique qui unit les deux clichés va de soi.
Autre
exemple : des haredim photographiés en 2002, qui manifestent contre les travaux
effectués pour prolonger la route 6, tandis que le godet d’un bulldozer est
sinistrement suspendu au-dessus d’eux. A côté du cliché : celui d’un vieil homme
arabe qui tente de frayer son chemin autour d’une barricade de bidons en
Judée-Samarie.
L’impact de l’image en chute libre
La problématique de
l’expérience, accumulée par le photographe et par celui qui les regarde est
également soulevée tout au long de l’exposition.
L’invasion des médias et
l’augmentation des images âpres qui ont pénétré nos foyers nous ont
progressivement rendus imperméables au contenu de nos écrans de télévision et
autre presse écrite. La course à celui qui capturera les images les plus
provocantes et choquantes a été ouverte. Jusqu’à s’infiltrer sur les pires
scènes de carnage et livrer des clichés des premières attaques terroristes dans
les bus de Tel-Aviv, au début de la seconde Intifada.
Conséquence : des
photographies du type de celle de 1952, où des personnes handicapées sont
rassemblées en face de la Knesset, feraient aujourd’hui difficilement augmenter
les palpitations d’un lecteur moyen, en comparaison avec la valeur accordée
désormais aux productions visuelles qui ne font preuve d’aucune
retenue.
Segev affirme cependant ne pas avoir opté pour une approche
sensationnaliste. “J’ai cherché à donner un sens aux émotions humaines comme la
peur ou l’horreur”, explique de son côté le commissaire de l’exposition. “Je
n’ai pas nécessairement privilégié des clichés de situations extrêmes. J’ai
sélectionné des photographies qui posent un point d’interrogation. Selon la
façon dont je vois les choses, les deux clichés de l’exposition, qui sont les
plus iconiques et qui font le plus sens, sont celui de la jeune fille de Tyre
(au Liban) et celui à ATA. Remarquez les regards pénétrants. Les gens sont
simples mais ils parviennent à nous transmettre une sorte de message ; de même
qu’ils nous autorisent à nous identifier à eux et à leur désespoir. Et cela même
si vous ne connaissez rien aux raisons de leur volonté de manifester.” Voilà en
un mot, l’essence de cette exposition.
“Au nom des manifestations” Beit Avi
Haï, jusqu’au 30 mars 2012. Entrée libre.
Pour plus d’informations :
www.bac.org.il