Une saison parfaite ?
By ALON SINAI
03/13/2012 15:13
Ironi Kiryat Shmona qui a vu le jour en 2000 est en passe de devenir le premier vrai petit club à remporter le Championnat de Première Ligue, depuis 1990
Kiryat Shmona lors de la Coupe Toto Photo: Adi Avishai
Toute tentative pour expliquer le succès de Ran Ben-Shimon, au sein d’Ironi
Kiryat Shmona, semble vouée à l’échec. Ce n’est pas tant ce que son équipe est
sur le point d’accomplir cette saison, qui impressionne, mais la manière dont
elle s’y prend.
Depuis 1990, un seul titre de Championnat de Première
Ligue a été attribué à un club, hors des traditionnels quatre grands. Maccabi
Haïfa (neuf titres), Beitar Jérusalem (cinq titres), Maccabi Tel-Aviv (quatre
titres) et Hapoël Tel-Aviv (deux titres), ont dominé le football israélien ces
deux dernières décennies. Et si Hapoël Haïfa s’est incrusté dans la partie en
1998/1999, c’est seulement parce qu’il était l’un des plus gros flambeurs de
cette époque, grâce à la générosité de feu Robi Shapira.
Kiryat Shmona,
de son côté, n’a vu le jour qu’en 2000. Il est toutefois en passe de devenir le
véritable premier petit club à remporter le championnat, depuis l’exploit de
Bnei Yehouda, du quartier Hatikva de Tel-Aviv, en 1989/1990.
A l’époque,
il fallait se rendre en personne au stade pour admirer son équipe en action. A
moins d’être assez chanceux pour voir son club fétiche diffusé lors du seul et
unique direct de la semaine.
Quasiment la moitié des titres de la ligue
des vingt années précédant l’exploit de Bnei Yehouda ont été remportés par des
clubs comme Maccabi Netanya, Hapoël Beersheva, Hapoël Kfar Saba et Hakoah Ramat
Gan. Mais la révolution de la communication de la fin du XXe siècle a vu les
plus aisés s’enrichir encore. Et les équipes périphériques, géographiquement et
d’un point de vue footballistique, renvoyées au placard.
Kiryat Shmona :
petite équipe, grand jeu
Kiryat Shmona a changé tout cela cette saison. Son
budget représente moins d’un cinquième de celui du Maccabi Tel- Aviv, il est
inférieur également à celui de Hapoël Beersheva qui est en deuxième
division.
Une des surprises de cette saison : l’importante préoccupation
de Kiryat Shmona au début de la saison, pour éviter le syndrome de la deuxième
division. Après avoir terminé leur toute première saison en première division à
la troisième place en 2007/2008, les habitants du Nord ont été déclassés,
l’année suivante. Ils ont aussitôt réagi, ont fini la saison en cinquième
position, et remporté la Coupe Toto, leur tout premier titre.
Kiryat
Shmona aurait été plus qu’heureux de réitérer l’exploit en 2011/2012. Mais il a,
au contraire, dépassé toute attente. Le club détient 12 bons points d’avance,
avec 11 matchs à jouer, non battus lors de leurs derniers 24 jeux, et gagnants
de 12 des 15 dernières rencontres.
Kiryat Shmona n’est pas seulement sur
le point de remporter un championnat historique. Il domine aussi complètement le
reste de la ligue, qui comprend pourtant des rivaux bien plus riches et
respectés.
Deux hommes méritent d’être salués pour la saison remarquable
de Kiryat Shmona : Ben-Shimon, précédemment cité, et le propriétaire du club
Izzy Sheratzky. C’est ce dernier, fondateur d’Ituran, qui a pris la décision de
contrôler les deux équipes de la ville (Hapoël et Maccabi) et de former des
joueurs inexpérimentés pour en faire des étoiles du stade.
Il y a treize
ans, les roquettes Katioucha tombent sur la ville. Il a dès lors décidé de
mettre en place un projet pour la cité en souffrance. Et de fonder le club
sportif. Son but : atteindre le haut du tableau, un jour.
Kiryat Shmona a
été promu en Première Ligue pour la première fois de son histoire, en 2007. Puis
Ben-Shimon l’a guidé au championnat de Ligue nationale, lors de sa première
saison, à la tête du club.
L’équipe est alors arrivée en troisième
position et s’est qualifiée pour la Coupe de l’UEFA, lors d’une sensationnelle
première saison, avant que Ben-Shimon ne la quitte pour entraîner Maccabi
Tel-Aviv. Et de se faire licencié à peine huit matchs plus tard, pendant la
saison 2008/2009.
Malgré la déception du départ de Ben-Shimon, Sheratzky
l’a rappelé en avril. S’il n’a pas évité le déclassement de l’équipe, en
deuxième division, il lui a néanmoins permis de retourner en Première Ligue,
lors de la saison suivante.
Et il est maintenant en route pour établir
l’un des plus grands accomplissements de l’histoire du football
israélien.
Miser sur les prochaines rencontres
C’est à Ben-Shimon, 41
ans, que l’on doit le jeu de l’équipe. Tous les doutes concernant la puissance
des joueurs se sont dissipés, samedi 18 février, lorsque ses hommes ont fait
l’impasse sur toute distraction à l’extérieur du terrain et remporté une autre
victoire impressionnante.
Le tableau idyllique a toutefois volé en éclats
suite au refus de Ben-Shimon de signer un contrat d’extension, offert par
Sheratzky. Malgré l’entrevue entre les deux hommes pour clarifier la situation,
l’inquiétude grandissait concernant un probable échec des joueurs inexpérimentés
au sein du club.
Les habitants du Nord ont toutefois battu Maccabi Petah
Tikva, 2 à 1, faisant taire les derniers sceptiques une fois pour toutes. “Ma
relation avec Izzy connaît des hauts et des bas. Nous avons passé une semaine
désagréable, mais tout va bien à présent”, a confié Ben-Shimon après la
victoire. “Nous devons nous assurer que l’équipe garde le cap pour
réussir de grandes choses.”
L’attaquant Barak Badash a assuré quant à lui
que le remue-ménage avait boosté Kiryat Shmona. “Ce qu’il s’est passé entre
Ben-Shimon et Sheratzky nous a donné encore plus envie de gagner. Ce serait une
farce si nous ne gagnions pas le championnat.”
Il n’y a pas si longtemps,
les joueurs de Kiryat Shmona n’osaient pas prononcer le mot “championnat”, de
peur de porter la poisse à l’incroyable saison de l’équipe. Mais tellement de
choses ont changé ces derniers mois que les compagnons de Badash sont désormais
confiants, à trois mois de la fin de la saison.
Étonnamment, un triplé
local sans précédent semble être à portée de main de Kiryat Shmona. La Coupe
Toto est déjà en sécurité dans leur armoire à trophées et donne envie d’y
croire. Mais le trac reste présent, et Ben-Shimon aussi a du mal à miser sur
l’avenir : une saison pareille n’arrive qu’une fois dans la vie.