Un don de Dieu
03/13/2012 15:22
Les sons éclectiques de Yehouda Glantz reflètent ses racines sud-américaines. Mais aussi son amour du hassidisme, découvert lorsqu’il s’est installé en Israël pour étudier la musique
Yehouda Glantz Photo: Marc Israel Sellem
Yehouda Glantz représente bien
l’esprit fougueux et non conventionnel du quartier de Nahlaot, à Jérusalem.
Grattant les accords de Let it Be sur sa guitare, le chanteur latino klezmer est
confortablement installé dans son studio d’enregistrement de la rue Eilat, à
deux pas du brouhaha du marché Mahané Yehouda.
Sa barbe poivre et sel
dévoile un large sourire. Lui qui a commencé à jouer de l’accordéon en cachette,
à l’âge de 5 ans, à Buenos Aires, sort son 11e album, Haï Vekayam.
Sa
passion musicale a débuté lorsque sa soeur aînée a pris des cours d’accordéon.
Glantz l’accompagnait puis s’exerçait chez lui en fonction des instructions du
professeur, allongé sur son lit (l’instrument était trop lourd à porter pour son
âge). “J’étais très entêté, je m’y mettais quand personne n’était à la maison”,
racontet- il. Ce qui n’a pas été chose facile, précise celui qui est depuis
devenu un musicien accompli. Quand il découvre le talent de son fils, Glantz
“père” décide de l’inscrire au conservatoire de musique. A 9 ans, l’enfant manie
guitare classique et flamenco.
Plus tard, il apprendra également à jouer
du piano, du violon, du cajun et des percussions. Autant d’instruments qui lui
permettent, note-t-il, de composer, de mélanger les styles d’une musique world
et ethnique.
A 21 ans, il fait son aliya pour étudier à l’Académie de
musique Rubin à Jérusalem. C’est là qu’il rencontre sa femme Hadassah,
guitariste classique, dont il a aujourd’hui 10 enfants et 5
petits-enfants.
Glantz se remémore sa découverte de la philosophie
joyeuse du hassidisme en tant qu’étudiant. Il avait rencontré un jeune
percussionniste de Gibraltar. “On allait boire un café et il me racontait des
histoires de Rabbi Nahman de Breslev”, raconte-il. Son style musical reflète ces
multiples influences : il chante en hébreu, espagnol et anglais. Compose parfois
ses propres mélodies et textes, et se glisse souvent dans les liturgies juives
classiques et autres chants klezmer, apportant sa touche d’originalité. Ainsi,
An’im Zemirot est relevé de percussions et Adon Olam est joué à la flûte de
pan.
Sur Haï Vekayam, Glantz a composé les 13 titres, la majorité en
hébreu. Seule exception de taille : Jerusalem, my life. Les couplets sont en
espagnol et le refrain dans les trois langues. “J’ai écrit cette chanson sur
Jérusalem, son énergie. C’est la plus forte des énergies”.
L’album a mis
une décennie à sortir. Dix ans passés en concerts dans les communautés juives et
les festivals de musique du monde entier. Dix ans pour faire naître un son plus
mature, également. “Cuisiner à feu doux, cela prend plus de temps mais en fin de
compte le goût est meilleur. J’ai pris le temps de concocter cet album”,
commente l’artiste.
Toucher les âmes
Glantz a lancé son propre label
musical, le Jerusalem Music Networking. 17 musiciens ont travaillé sur son
dernier album. 14 d’entre eux étaient présents sur la scène du Yellow Submarine
à Jérusalem, lors du concert de lancement de l’album, le 22 février
dernier.
Le fils de Glantz, Moshé, gère les affaires de son
père. Il raconte l’extraordinaire collaboration de nombreux musiciens,
venus enregistrer un par un au studio. Mais Glantz véhicule également des
éléments très personnels dans sa musique. Deux messages lui tiennent
particulièrement à coeur : la paix entre les peuples et l’importance de
transformer la tristesse en joie. “Lorsque j’ai quelque chose à dire, je le fais
via la musique”, explique le chanteur. “Les sons touchent les êtres au plus
profond d’eux-mêmes. J’utilise la musique pour toucher les âmes”.
Des
messages universels qui se sont avérés utiles lorsque Glantz s’est heurté à une
hostilité anti-israélienne dans certains festivals de musique, notamment au
Guatemala, au Mexique, en Argentine et au Chili. “J’apporte mon message de
paix”, dit-il, ajoutant généralement parvenir à toucher les
festivaliers.
Glantz préfère rester le plus loin possible des aspects
marketing et industriels de son métier. Pour lui, la musique n’est pas un
business. C’est même l’opposé car elle exprime une expérience
spirituelle.
“Lorsque je compose une chanson, je ne pense pas au nombre
d’albums que je vais vendre”, expliquet- il. “J’essaye d’écrire quelque chose
qui fait sens, qui me parle. A moi, à ma génération, et à tout le
monde.”
C’est également le désir de partage qui a amené Glantz à fonder
le festival biannuel de Regalim à Nahlaot, à Souccot et à Pessah. Le quartier
est fréquenté par de nombreux jeunes et étudiants, a-t-il remarqué, mais au fil
des ans les habitants se connaissent de moins en moins.
Une constatation
qui a fait son bout de chemin. Et Glantz de chercher à créer un réseau
non virtuel pour tous. Sponsorisé par la municipalité, le festival de trois
jours attire ainsi des centaines de personnes. Au programme : musique, théâtre
de rue, visites du quartier et activités pour enfants. Il s’agit p o u r Glantz
d’un cadeau à la ville qu’il adore. “La musique est un don que Dieu m’a
donné pour que je le transmette à d’autres.”