Festival du film israélien à Paris, que la fête commence !
By HELENE SCHOUMANN
03/20/2012 16:07
Une semaine de festivités autour du septième art israélien au coeur de la capitale française
Lapid Photo: © DR
Depuis la fin des années 1990, le cinéma israélien est devenu incontournable
dans le monde du 7e art. Primés dans les plus grands festivals du monde, les
films de ces metteurs en scène interpellent, fascinent et retiennent
l’attention, aussi bien des critiques que du public, et cela à l’échelle
internationale. Comment en si peu de temps et par quel miracle, ces cinéastes
ont su trouver leur rythme, leur thématique ? D’où vient cette incroyable
puissance narrative, appuyée par des acteurs fascinants ? Ainsi que cette
technique habile, nerveuse, qui donne toute la tension à l’histoire ? La réponse
sera donnée du 27 mars au 3 avril au Cinéma des cinéastes où se déroule comme
chaque année le Festival du film israélien tant attendu.
Après Yvan Attal
et Pascal Elbé, Tomer Sisley succède à la présidence cette année. Belle gueule,
grand sourire pour Tomer, le cinéma israélien baigne dans son jus, celui de son
enfance, “ennuyeux à l’époque, soyons clairs”, ajoute ce sympathique garçon,
comme l’aurait dit Goda Meir.
Dans un éclat de rire, Sisley réitère que
le cinéma israélien commence à trouver ses marques et à se faire une place au
milieu des grands.
Cet acteur israélien, que le film Largo Winch adapté
d’une bande dessinée a rendu célèbre - surtout auprès des jeunes, qui lui vouent
un véritable culte - est un savant mélange russo-yéménite. Né à Berlin, il a
grandi en France, mais reste attaché à son pays d’origine. Etre président du
festival est pour lui un immense bonheur : “Rien ne pouvait me faire plus
plaisir et je compte prendre mon rôle très au sérieux, si on ne m’avait pas
proposé d’être président j’aurai demandé à l’être”. Son voeu : tourner avec des
metteurs en scène israéliens.
Programmation jubilatoire pour ce cru 2012
où fictions et documentaires se mêlent aux tables rondes avec toujours cet
incroyable bazar qu’on adore, défini par le directeur Charles Zrihen comme le
“big balagan”. “Nous avons beaucoup de films distribués en France par la suite
et le festival est pour eux un merveilleux tremplin, une jauge pour les
distributeurs qui permet d’apprécier après de ce public exigeant si les films
vont être un succès”, ajoute le charismatique Zrihen, “nous avons aussi mis en
place un blog interactif qui permettra au public de réagir et de donner son
avis.”
Tout dire tout montrer, tout critiquer
Pendant le festival, une
formidable animation règne : livres à la vente, dégustation de vins du Golan.
Ici, tous les marchands du temple sont présents, n’en déplaise à certains qui
déambulent sur les trottoirs en hurlant des slogans antisionistes. Inutile de
leur expliquer que le cinéma israélien charrie dans son sillage un vent de
liberté incroyable, exempté de toute censure : on peut tout dire, tout montrer,
tout critiquer et souvent avec l’appui des fonds publics israéliens comme l’a
dit Ari Folman à propos de Valse avec Bachir : “Israël est aussi un système
démocratique qui finance sa mise en accusation”.
On en aura
l’illustration tout au long du festival, dès le film d’ouverture de Nadav Lapid
The Policeman qui a déjà reçu le Prix spécial du jury international du festival
de Locarno de cette année et le Prix du meilleur film au festival international
de Jérusalem. Il sortira le 28 mars sur les écrans parisiens.
En deux
films, Lapid s’est déjà imposé et compte parmi les talents incontournables du
cinéma israélien. Après ces années d’études qui lui permettent de s’entraîner
derrière une caméra, il passe deux ans à Paris. Tout son argent passe dans les
séances de cinéma, au creux de ces salles obscures où lui est révélé le cinéma
européen, dont il s’inspirera pour son moyen-métrage La Petite Amie d’Émile
(2007), à mi-chemin entre Jean-Luc Godard et Ouri Zohar.
Autres points
forts du festival : The Slut de la belle Hagar Ben Asher, sosie de Julia Roberts
et aussi bonne actrice que comédienne, qui a fait ses armes à l’école branchée
de Tel-Aviv, Minshar, et à qui le festival rendra hommage avec une série de
courts métrages. Un film dérangeant qui évoque l’aspect de la vie rurale en
Israël à travers la vie dissolue d’une traînée. Le traitement des images et la
violence qui s’en dégage sont surprenants de la part de cette douce jeune
femme.
Beautiful Valley de Hadar Freidlich, un coup de coeur, raconte
l’errance d’une ancienne kibboutznique d’un certain âge, qui se refuse à
rejoindre une maison de retraite et continue à travailler malgré l’interdiction
des dirigeants qui la rejettent à chaque fois qu’elle se rend pour aider.
Survivante de la Shoah , elle n’a connu que le kibboutz qu’elle a rejoint, jeune
et orpheline. Sur fond de paysages magnifiques, on entend le bruit des
feuillages et l’on pourrait presque sentir l’odeur des fleurs... car c’est bien
la nature qui va consoler cette pauvre femme.
Quant aux stars , elles
sont présentes avec Eran Kolirin (La Visite de la fanfare) qui nous livre dans
son dernier film une vision intimiste des êtres : The Exchange qui fera la
clôture du festival, Play off d’Eran Riklis (Les Citronniers). Egalement premier
long métrage attendu de la documentariste Michal Aviad avec deux stars : Ronit
Elkabetz et Evgenia Dodina : Invisible.
Coup de chapeau à l’école Minshar
Le génie des jeunes cinéastes passe par une formation accomplie. Il faut le
savoir, au jour d’aujourd’hui, il existe en Israël 17 écoles de cinéma, ce qui
est énorme pour un pays aussi exigu. Comme chaque année, le festival rend
hommage à l’une de ces écoles. Minshar, anciennement Camera Obscura, située au
coeur de Florentine, quartier branché de Tel-Aviv, propose une série de courts
métrages “Tel-Aviv Location”, une anthologie spéciale dédiée à
Tel-Aviv.
Le projet a vu le jour pour le centenaire de la ville il y a
trois ans. Dix élèves diplômés en cinéma de l’Ecole d’art Minshar ont chacun
écrit et réalisé un film d’environ 6 minutes. Chaque histoire se déroule dans un
lieu différent de Tel-Aviv et aborde de manière souvent cocasse des thèmes aussi
variés que les difficultés de logement des jeunes à Tel-Aviv, la transformation
urbaine de la ville, la religion, la sexualité, la solitude ou encore la
violence, le bruit, les embouteillages. Le résultat offre un portrait coloré du
caractère unique de la cité grâce à des approches originales et diverses qui
illustrent l’intensité et la magie de la Ville blanche.
Enfin, également
à noter, la projection d’un documentaire exceptionnel : Le Juif qui négocia avec
les nazis de Gaylen Ross. Une oeuvre fascinante de presque deux heures, qui
sortira en France le 4 avril. Est-il un héros ou un traître ? Le film raconte
l’histoire d’un Juif qu’on accusa d’avoir collaboré avec les nazis.
Rezso
Kasztner, considéré comme le Schindler juif, négocia face à face avec Adolf
Eichmann et réussit à sauver 1 684 Juifs, convoyés en train vers la Suisse.
Probablement la plus grande opération de sauvetage du genre durant la Shoah.
Pourtant, en Israël où il avait émigré, Kasztner sera considéré comme un
traître, accusé de collaboration lors d’un procès dont le verdict a divisé le
pays pour le marquer à jamais du sceau infamant de “l’homme qui vendit son âme
au diable”.
Il sera finalement assassiné à Tel-Aviv en 1957 par des
militants d’extrême droite. La réalisatrice américaine Gaylen Ross raconte cette
histoire de meurtre, d’intrigue et d’héroïsme au travers des efforts désespérés
de la fille unique de Kasztner pour réhabiliter son père, et du témoignage de
l’un des assassins, qui rompt pour la première fois le silence, sur cette nuit
où il a appuyé sur la détente et tué le Juif qui avait négocié avec les
nazis.
Enfin, plus contesté et contestable le documentaire de Shlomit
Elkabetz : Testimony, une série de témoignages recueillis des deux côtés après
la seconde Intifada.