C’est à la
communauté libyenne que le Musée de Netanya a décidé de dédier sa troisième
exposition, Hazahav shel Ima : “L’or de la mère”. Nulle question ici de
raconter le récit de ces olim libyens, débarqués en Israël dans les années
1950. Mais plutôt de revenir sur cette histoire méconnue des femmes d’Afrique
du Nord, et surtout des mères, qui est mise en lumière. Tout commence avec le scintillement des bracelets en or des femmes libyennes.
Au sein de cette communauté, l’expression “bijoux des mères” fait référence à
des merveilles symboliques qui ont épousé les chaos de l’histoire. Le précieux
héritage, transporté lors du long périple vers Israël, est caché dans les
tentes du campement. Un patrimoine inestimable dont la valeur dépasse la simple considération
matérielle.
Car durant la période de transition, de 1948 à la fin des années 1950, les
bijoux sont un moyen de construction du futur. Une femme se rappelle les bijoux cachés par sa famille, jusqu’à ce qu’ils se
volatilisent. Interrogeant sa mère à de multiples reprises, celle-ci lui promet de lui
raconter, “quand elle sera grande”, le secret de cette disparition. C’est à
l’âge adulte que la femme apprendra comment sa mère a hypothéqué ses richesses
pour lui permettre d’aller à l’école et d’avoir un toit. Un geste qui dévoile le courage et l’implication des maîtresses de maison dans
l’intégration de leur communauté en Israël.
Voici ce qui a engendré l’initiative de cette rétrospective, dont le nom n’est
qu’une vaste métaphore révélant les valeurs fondatrices des Juifs libyens. L’équipe en charge de l’exposition a laissé la parole à une centaine de femmes
et d’hommes de cette communauté. En lettres rouges, leurs souvenirs couvrent
les murs jaunes du musée. Chaque pensée témoigne de la force de la mère, dans
une société plutôt patriarcale : “La parole du père était sacrée, mais au final
on faisait toujours ce qu’elle voulait.”
Tout ce qui brille
Photos, objets souvenirs et citations débutant par “ma mère m’a dit”
s’associent dans l’espace pour créer une atmosphère chaleureuse, sous une
lumière tamisée. L’exposition se découpe en trois parties. La première phase se
focalise sur l’éducation à la maison et à l’école. Puis, ce sont ensuite l’or
des bijoux et leur valeur sentimentale qui couvrent les murs. La rétrospective se termine sur les mains abîmées des femmes. Broderie et
dentelles libyennes sont exposées. Le visiteur peut déambuler dans un univers
doré, traverser les époques sous les regards fixés sur la pellicule jaunie, de
femmes fortes et mythiques L’équipe de l’exposition a fait un travail
esthétique somptueux par le nombre impressionnant de détails. L’esprit est
prédisposé à voyager. Mais le plus spectaculaire réside dans la démonstration
de l’amour maternel. Un amour universel qui donne une touche personnelle à
cette visite.
Car en se faufilant à travers l’exposition, on se souvient de nos mères et
grandsmères cousant nos vêtements, de leurs mains abîmées par la terre, le
linge ou la cuisine. On mémorise leurs conseils et leurs regards fiers. Lors de
son retour au campement avec son uniforme de Tsahal, une jeune soldate raconte
: “Pour ma mère, je me sentais comme un général”. Bel hommage aux mères, à
leurs efforts et à la présence féminine qui construit nos vies. Celles dont le
rôle mérite d’être reconnu à sa juste valeur, une valeur en or. Et
reconnaissance de la place première des femmes dans l’histoire, notre histoire.
L’Or de la mère - Musée de Netanya, 3 McDonald’s
Détails :
09.88.40.020 ou museum.netanya@gmail.com