Du 29 octobre au 4 novembre 1898, l’empereur Guillaume II rend visite
à Jérusalem, afin de consacrer la plus importante Église luthérienne de Terre
Sainte. Derrière ce prétexte, se cachent d’autres ambitions : affirmer la
toute-puissance de l’Allemagne, en renforçant ses relations avec l’Empire
Ottoman. Ce voyage constitue le sujet d’une exposition, présentée au musée de
l’histoire de Jérusalem depuis le 29 octobre.
L’excursion du Kaiser, d’allure anecdotique, n’a pas été choisie au
hasard. Advenu à la fin du XIXe siècle, l’événement permet de
dresser le portrait d’une Jérusalem à l’aube de grands bouleversements. À cette
époque, la cité est sous domination ottomane et de maigre importance. Guillaume
II s’y rend en grande pompe accompagné de son épouse, la Kaiserin Augusta Victoria.
Leur suite est imposante : chevaux, tentes, membres de la cour et
secrétaires font partie du convoi. Selon Renee Sivan, commissaire de
l’exposition, "la venue de Guillaume II met la ville en effervescence.
Jérusalem, à l’époque insignifiante, se met à faire la une de la presse
internationale. Cette rencontre entre l’Orient et l’Europe a été une semaine de
folie. L’idée de l’exposition, c’est de saisir ce virage entre deux époques." En effet, peu de temps après, suivront
le mandat
britannique et ses transformations.
Le voyage connaît une ampleur médiatique mondiale. Il est couvert par
tous les journaux, du Figaro à La Stampa, en passant par Le New York Times et
L’Illustrated London News. Le secrétaire d’Augusta Victoria tient un journal de
bord, tandis que l’impératrice réalise un photoreportage. En face, la routine
hiérosolymitaine est chamboulée. L’avènement de l’ère "paparazzi" est
annoncé. Pour réaliser l’exposition, Renee Sivan et Ruth Peled ont eu accès à
une profusion d’archives, notamment une collection impressionnante de clichés
et photographies. Dans l’ensemble, la presse était plutôt critique à l’égard du
Kaiser. Guillaume II n’était pas très aimé. La responsabilité de l’Allemagne –
alliée à l’Empire Ottoman du sultan Abdul Hamid Khan II – dans le déclenchement
de la Première Guerre mondiale accélérera par la suite l’abdication du
souverain.
Herzl et Guillaume II : l’un des premiers
"photoshops" au monde
Quant à la création d’un état d’Israël, quelles sont les intentions du
souverain ? Réponse décevante : le voyage est motivé par des intérêts
économiques. À l’époque, l’Empire Ottoman est sur le point de s’effondrer. À
l’issue de la Première Guerre, il sera totalement démembré. En 1898, les
puissances européennes regardent vers l’Empire avec convoitise : chacune
espère en récolter de nouveaux territoires. Soutenir l’entreprise de Theodor
Herzl est donc le dernier des soucis de Guillaume II. Les deux hommes se
croiseront à la va-vite. Anecdote amusante : le cliché immortalisant leur
rencontre est l’un des premiers "photoshops" au monde. Sous le coup
de l’émotion, le photographe chargé de couvrir l’entrevue rate ses prises. De
retour à la rédaction, un montage est réalisé.
Dans la salle du musée, les murs sont couverts de panneaux, chacun
relié à une "souris", une reproduction d’appareil photo sur trépied,
datant du XIXe siècle. L’exposition est en phase avec les nouvelles
technologies, proposant écrans tactiles et journaux numériques à contenu
interactif. "C’est un choix délibéré", confirme Renee Sivan. "On
a essayé de mettre en scène une exposition de "médias" : c’est
le "press report", le reportage d’une presse écrite de la fin du XIXe,
face à l’ère actuelle des "médias". Il fallait montrer comment les
journalistes travaillaient à l’époque et comment ils travaillent aujourd’hui.
Comprendre ces innovations qui ont bouleversé la profession. Et leur rendre
hommage."
Cette e-exposition vise à sensibiliser les jeunes à l’Histoire, via
des outils de leur génération. Ces moyens modernes pourront attirer enfants et
adolescents, et leur faire découvrir le passé. Tandis que leurs aînés
constateront les progrès permis. Quand le high-tech se met au service de
l’Histoire : les résultats sont à voir à la Tour de David !
"The Kaiser is coming !"
Du 29 octobre 2012 au 31 mars 2013
Tour de David, Porte de Jaffa, dans la Vieille Ville