Un impératif moral catégorique pour tout Juif, une devise éthique kantienne pour tout être humain dont Thibault Verbiest a fait un roman de fiction mêlant histoire, géopolitique, physique quantique et kabbale.
« L’idée lui est
venue, elle le foudroya» ditil, un samedi ensoleillé du mois de mai 2008, alors
qu’il se baladait dans un hippodrome d’une commune verdoyante de Bruxelles. C’était
«comme une inspiration murmurée, un projet fou d’écriture : des soldats
israéliens téléportés dans le camp de concentration d’Auschwitz».
Thibault Verbiest plonge aussitôt, avec la passion du chercheur, dans les
livres, films et sites spécialisés. Il se fait aider par Félix Gumacher, un
rescapé des camps qui a passé trois ans à Auschwitz. Et fait notamment des
«rencontres miraculeuses», des «coïncidences inspirantes», qui l’aident dans
ses recherches. Comme par exemple un colonel de Tsahal qui s’assoit près de lui
par hasard, dans le bar d’un hôtel international de Bruxelles, ou un
ex-ambassadeur d’Israël qui se retrouve assis en face de lui dans un Thalys,
alors qu’il avait proféré son nom la veille.
L’intrigue : dans un Moyen-Orient en plein chaos, des islamistes fanatiques
s’allient à des évangélistes américains pour précipiter la fin des temps, dans
un complot apocalyptique qui suppose la destruction de l’Iran et d’Israël. Neuf
soldats israéliens sont sélectionnés pour une mission de la dernière chance. Un
téléporteur, basé sur une technologie jusqu’alors inconnue, doit les envoyer
dans une base égyptienne secrète pour éviter une guerre nucléaire. Le commando
est téléporté, mais la destination n’est pas celle prévue.
Ils se retrouvent à quelques kilomètres d’Auschwitz, en 1943... Là, ils vont
croiser de nombreux personnages, certains fictifs, d’autres réels (par exemple
: Mala Zimetbaum - détenu -, Kaminski - Kapo -, Stefan Baretzi - SS). Et bien
réels sont aussi les réseaux de résistance à l’intérieur du camp, sujet peu
traité en littérature.
Certains personnages retiennent particulièrement l’attention du lecteur. Petit
portrait de certains d’entre eux : - Leah Ben Gibor, la célibataire solitaire
et froide, de l’unité des tueurs professionnels du Mossad Kidon.
-Sarah Shabtai, la reporter pacifiste pro-palestinienne, en service sous les
drapeaux.
-Noam Melekh, l’avocate éthiopienne, membre des renseignements de l’armée de
l’air.
- Nathan Weisz, l’héritier de l’empire Devcon, expert en communications dans
l’unité des parachutistes.
- Hussein Jibril, le Druze rebelle, de l’unité canine Oketz, spécialisée dans
la traque de fugitifs.
- Tomer Haniel, le kibboutznik paraplégique, fils d’un survivant de la Shoah,
militant sioniste de gauche servant dans une unité spéciale du génie militaire.
- Et Yankel Gnod, l’ultra ultra-orthodoxe antisioniste de Méa Shearim, devenu
officier dans le bataillon des Juifs orthodoxes.
Amalek, de Thibault
Verbiest, Edition Avant-propos, 2012
Dans la Genèse, Amalek est le chef des
Amalécides, une tribu de nomades qui attaque les Hébreux dans le désert du
Sinaï, immédiatement après l’Exode d’Egypte. Dans le judaïsme, les Amalécites représentent
l’ennemi archétypal des Juifs, et dans le Yiddishland des années 1930, le mot
Amalek était souvent utilisé pour désigner les antisémites, notamment les
nazis.
L’Exode, 17, 8-16 : « Les Amalécites surviennent et combattent contre Israël à
Rephidim. Moïse dit alors à Josué : ‘Choisis-toi des hommes et demain, sors
combattre Amalek ; moi, je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton de
Dieu à la main.’ Josué fit ce que lui avait dit Moïse, il sortit pour combattre
Amalek, et Moïse, Aaron et Hour montèrent au sommet de la colline. Lorsque
Moise tenait ses mains levées, Israël l’emportait, et quand il les laissait
retomber, Amalek l’emportait. Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ils
prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron et
Hour lui soutinrent les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi ses
mains restèrent-elles fermes jusqu’au coucher du soleil. Josué défia Amalek et
son peuple au fil de l’épée. L’Eternel dit alors à Moïse : ‘Ecris cela dans un
livre pour en garder le souvenir, et déclare à Josué que j’effacerai la mémoire
d’Amalek de dessous les cieux.’ Puis Moïse bâtit un autel qu’il nomme
l’Eternel-Nissi car, dit-il : ‘La bannière de l’Eternel en main ! L’Eternel est
en guerre contre Amalek de génération en génération.’»
Dieu à 12 heures
Un «
polar kaléidoscope » dans lequel, « malgré leurs diversités spatiales et
temporelles », «les intrigues politiques, sentimentales, mystiques,
s’entretissent adroitement, et où « le passé répond au présent, et l’ésotérisme
à la science ».
Quelques mots, d’abord, sur l’auteur de ce Da Vinci Code local,
qui compte parmi les arrière-petits-neveux de Théodore Herzl. Il grandit à
Lyon, avant de faire son alya à 15 ans, puis d’intégrer l’unité des
parachutistes de Tsahal, dont il sera officier réserviste pendant 25 ans. Ce
chef d’entreprise de Tel-Aviv est amateur d’histoire et de religions et membre
de la Société napoléonienne internationale.
Dans ses remerciements, il n’oublie pas Michel Houellebecq qui a beaucoup
contribué, dit-il, à la parution de son livre, directement et indirectement :
Dieu à 12 heures.
La couverture de l’ouvrage est révélatrice de la teneur : un avion de chasse
israélien survolant la coupole du Dôme du Rocher à Jérusalem, lieu originel et prédestiné
du Troisième Temple, le Bayit Shlishi, dont la volonté de reconstruction est
l’étape ultime de ce récit de (science) fiction.
L’auteur, qui écrit très bien, a voulu embrasser l’ensemble du sujet, couvrant
dans leur intégralité tous les aspects de l’actualité, de l’histoire, de la
géographie, de la géopolitique, des relations internationales, de la mystique
juive, etc.
Le héros de cette passionnante fresque contemporaine abondamment documentée,
c’est Aaron, gamin d’une cité lyonnaise, puis pilote d’élite de l’armée
israélienne.
Passionnés d’aviation, serrez vos ceintures : il est aussi question des
prouesses d’un F-22 qui ferait pâlir de jalousie le F-35 que le Pentagone fait
miroiter à Israël. Aaron côtoie kabbalistes, évangélistes, messianistes, et
autres prophètes exaltés, comme le rabbin Ariel Etzinger, qui dirige l’Institut
du Temple surplombant le Mur occidental et dont l’objectif est de remettre le
lieu saint et ses traditions à l’ordre du jour, et de préparer la prise de
contrôle sur Har Ha-Bayit, avec l’aide du pasteur Thomas W. Farmer, fondateur
de l’association sioniste chrétienne américaine.
Farmer est dans la lignée de ces chrétiens sionistes qui se sont élevés contre
l’antijudaïsme catholique, contre la politique de diabolisation et
d’endoctrinement du Vatican et ont été les précurseurs du sionisme politique
juif : Olivier Cromwell, le comte de Shaftesbury, Lloyd George, Lord Balfour.
Gog et Magog
Après la rébellion morale de Martin Luther contre l’Eglise, ces
protestants se sont mis à lire la Bible avec les visions de Daniel, d’Ezéchiel
et de l’Apocalypse, avec par exemple ce verset de la Genèse où Dieu parle de
son peuple : « Je bénirai ceux qui te béniront, et qui t’outragera Je le
maudirai, et par toi seront heureuses toutes les races de la terre».
Les Juifs seront les seuls à tenir tête à la formidable coalition que
l’Antéchrist formera contre Israël, après la destruction des «hideuses» coupes
construites sur le mont du Temple au 7e siècle. L’antéchrist, le diable ? Non,
un de ses disciples. Le terrible affrontement aura lieu sept ans après le
ravissement et la reconstruction du Tabernacle (annoncé par la naissance d’une
Vache rousse) dans la vallée de Megiddo (Armageddon).
En mission aux commandes de son appareil, Aaron prend le temps de méditer sur
la décadence morale et esthétique de la société israélienne, tel Antoine de
Saint-Exupéry dans Vol de Nuit : corruption, cynisme, matérialisme, engouement
hystérique pour les émissions de téléréalité.
« Le peuple hébreu devenait hédoniste et vénal, une prostituée lascive se
livrant à la consommation de masse et aux plaisirs faciles comme ses ancêtres
au veau d’or.
Comment ces soldats affronteraient-ils les fondamentalistes qui sauraient
exploiter ce talon d’Achille ? » Nous sommes au coeur du choc des
civilisations, une confrontation de Titans judéo-islamique, par-delà le conflit
entre Israël et le monde arabe/l’Iran (nucléaire). Gog et Magog. Le Bien et le
Mal. Le Jour du Jugement dernier... - J.S.
Dieu à 12 heures, roman de Raphaël Rosenbaum, Editions D.R., 2012