Ein
Kerem est considéré comme un quartier haut de gamme à Jérusalem. Desiderata de
l’élite financière hiérosolomytaine : vert, classe, pourvu d’un réseau routier
excellent, accessible aussi bien depuis les grandes villes que les petits
villages alentour ; le quartier est « pratique » pour ceux qui désirent
travailler à Tel-Aviv. Situé dans la partie sud-ouest de la capitale, plus de
350 ménages ont jeté leur dévolu sur le village, qui compte également nombre de
monastères, églises et institutions de charité chrétiennes. Au total, 2 000
foyers vivent à Ein Kerem. Le passé de la zone est ancré dans l’histoire des
pères du christianisme. Atout non négligeable pour l’immobilier, qui vient
s’ajouter à la proximité de l’Université de médecine d’Hadassah, construite en
1961 sur une colline alentour.
Dans les livres de Néhémie et Jérémie
Selon la
tradition chrétienne, c’est le lieu de naissance de Saint Jean-Baptiste. On
associe notamment le site à la vie de la Vierge Marie : la source d’eau connue
sous le nom de la « fontaine de Marie » serait le lieu de mort de Marie et
d’Elisabeth. Dans l’Evangile selon Luc, Elisabeth était la mère de Saint
Jean-Baptiste et une cousine de Marie. Certains pèlerins catholiques et
orthodoxes considèrent la source comme « sacrée ». Et remplissent leurs
bouteilles vides de l’eau pure. C’est au Baron Edmond de Rothschild qu’on doit
la rénovation de la fontaine. Par la suite, de nombreuses institutions chrétiennes
se sont installées sur les lieux : on ne compte plus les églises et monastères,
plutôt nombreux pour la région. Ein Kerem est ainsi devenu un haut lieu de
pèlerinage pour les Chrétiens. Chaque année, près de 2 millions de visiteurs
sont de passage dans la vallée. Toutefois, l’histoire du quartier précède la
naissance du christianisme : on y résidait déjà avant l’ère biblique. Comme
c’était souvent le cas dans l’Antiquité, la source d’eau fraîche, élément
essentiel à toute forme de vie, attirait les premiers arrivants. De sorte que
depuis des millénaires, la zone est habitée en permanence. Les archéologues y
ont découvert des poteries provenant de l’âge de bronze. La Bible elle-même
mentionne Ein Kerem dans les livres de Néhémie et Jérémie. Au cours de fouilles
dans la région, les chercheurs ont déterré une statue de marbre d’Aphrodite
brisée en deux, datant de l’Empire romain en Judée. Selon les historiens, elle
a dû être victime de fanatiques chrétiens lorsque l’empire byzantin régnait sur
la région. La statue se trouve aujourd’hui au musée Rockfeller. Ein Kerem reste
un village important sous les conquêtes arabes du 7e siècle. Les Croisés, pour
leur part, renomment la zone « Saint Jehan de bois ». Un recensement foncier
effectué après la conquête de la Palestine par l’Empire ottoman, à la fin du
16e siècle, révèle l’existence de quelque 29 familles, toutes musulmanes,
habitant les lieux. En 1931, selon le recensement britannique de l’époque, le
village compte une population de 2 637 personnes, devenues 3 180 résidents en
1945.
Des conquêtes arabes à la ville tendance
En 1948, le village se vide
complètement de sa population. Pendant la guerre d’Indépendance, Ein Kerem est
une base pour la guérilla arabe, qui attaquait les convois d’eau et de
nourriture en route vers Jérusalem. Après la conquête israélienne, les
habitants fuient la zone, en attendant le départ des « sionistes ». A la fin
des hostilités, le village est incorporé aux frontières de Jérusalem. Ein Kerem
est l’un des rares villages qui a perdu sa population mais a gardé son
architecture quasi-intacte après la guerre. Des nouveaux immigrants aux moyens
limités vont alors repeupler les maisons abandonnées. Au fil des années, les
tenants de l’art de la capitale redécouvrent Ein Kerem et rachètent les vieilles
demeures, dont les propriétaires veulent se débarrasser. A cette époque, dans
les années 1970 et 80, le quartier est en arrière-plan du marché immobilier.
Plus tard, les hiérosolomytains affluents commencent à acheter, animés de
bonnes raisons : Ein Kerem est un village prospère, où les bâtisses sont
grandes et spacieuses, aux murs épais et aux plafonds arqués. Ces demeures
seront restaurées avec minutie et force dépenses et transformées en palaces
résidentiels. Pour autant, Janet Amitai, propriétaire et directrice de Re/Max,
Agam immobilier, qui s’occupe du quartier, raconte que les transactions se font
rares. Les propriétaires défendent leurs biens. « La moindre annonce sur le
marché est bouclée en un tour de main, bien que les prix soient très élevés.
Une maison familiale peut coûter jusqu’à 6 millions de shekels. Certaines de
ces maisons ont été découpées en plusieurs appartements, ce qui les rend plus
accessibles », explique-t-elle. Or pour une demeure de 6 millions de shekels,
l’acquéreur voudra la rendre à son goût, ce qui entraînera des dépenses encore
plus importantes, même si la plupart des biens ont déjà été rénovés. Toute
rénovation entraîne des dépenses qui coûtent très cher. Les autorités urbaines
empêchent souvent de modifier la façade des immeubles et délivrent
difficilement des permis. Et même refaire l’intérieur n’est pas non plus aisé.