Mohamed Merah, l’homme de l’Ouest
By CAROLINE GLICK
03/27/2012 12:12
Le meurtrier a été abattu par les Gentils. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes... Ou alors...
L'assassin Merah Photo: Reuters
Le
massacre des enfants à l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah illustre avec une
précision épouvantable la nature dépravée de notre époque. A priori, la
situation est on ne peut plus claire. Un meurtrier s’est rendu dans une école
juive et a exécuté trois enfants et un enseignant. Son président Nicolas Sarkozy
en tête, toute la France a dénoncé le massacre et annoncé sa solidarité avec la
communauté juive française. Les dirigeants du monde ont condamné ce crime. Le
tueur a été abattu lors d’un affrontement avec les forces de sécurité
françaises. Justice est faite. Affaire classée.
Mais creusons un peu plus
: il apparaît que rien n’est moins simple. Le tueur, Mohamed Merah, n’était pas
un meurtrier isolé. Ni même l’un de ces djihadistes solitaires dont nous avons
tant entendu parler. Il avait beaucoup de complices. Et pas seulement des
Musulmans.
Une question s’impose dans l’analyse de la nature du crime et
de l’identité de ces nombreux complices. Pourquoi Merah a-t-il filmé son acte ?
Pourquoi a-t-il pris la peine de s’attacher une caméra vidéo autour de la taille
et de s’autofilmer à la poursuite d’une gamine de 8 ans, Miriam Monsonego, à
travers la cour de l’école, avant de lui tirer trois balles dans la tête à bout
touchant ? Pourquoi a-t-il documenté son exécution du Rav Jonathan Sandler et de
ses deux petits garçons, Gavriel, 3 ans, et Arieh, 6 ans ? Première réponse :
Merah était fier de tuer des enfants juifs. En outre, il était certain que des
millions de personnes trouveraient une inspiration dans ces images, et
voudraient l’imiter, ailleurs. Et il avait sûrement raison.
Des millions
de personnes avaient déjà visionné en 2002 la vidéo de la décapitation de Daniel
Pearl. Des vidéos similaires d’exécution d’otages occidentaux en Irak et
ailleurs ont suscité une fascination morbide sur le net.
Dirigé par
Youssef Fofana, le gang musulman qui a enlevé et torturé Ilan Halimi en France
en 2006 a lui aussi pris des photos de son oeuvre, sombre plagiat du mode
d’exécution de Pearl.
L’exhibitionnisme commun à tous ces criminels ne
fait que renforcer l’évidence que leurs attaques ne sont pas les actions
aléatoires de fous ou d’extrémistes isolés. Tous ces tueurs appartiennent à un
mouvement mondial qui vise à l’anéantissement des Juifs, à l’assujettissement du
monde occidental et à la suprématie de l’islam djihadiste.
Ils étaient
convaincus que leurs actions serviraient les intérêts de ce mouvement et qu’ils
seraient hissés au rang de héros par des millions de leurs compatriotes
musulmans pour leur mise à mort d’innocents.
Le déni de l’Occident
Cette
situation est déjà souillée en soi. Mais ce qui la rend vraiment dangereuse, ce
sont les réactions occidentales. Qui démontrent, en plus des crimes
eux-mêmes, la nature dépravée et périlleuse de notre époque. La mort de Merah
n’est en aucune façon le dénouement de toute cette affaire.
La réaction
occidentale à ces crimes et à la réalité djihadiste se présente sous de nombreux
aspects. Le premier : le déni. Heure après heure, Merah et ses semblables
montrent à la lumière du jour qui ils sont et quels sont leurs objectifs. Et
chaque fois, les élites occidentales, et même nombre de dirigeants juifs,
ferment les yeux et font la sourde oreille devant leurs appels au meurtre et à
la destruction de la civilisation occidentale.
Dans le cas de
l’assassinat d’Halimi, par exemple, la police parisienne avait refusé de classer
son enlèvement dans la catégorie du crime de haine. Même si Fofana et ses
comparses avaient appelé la famille d’Halimi et récité des versets coraniques
tandis qu’Ilan agonisait, la police parisienne a traité sa disparition comme un
vulgaire enlèvement avec demande de rançon.
Même après qu’Ilan a été
retrouvé nu sur des rails avec des brûlures de plus de 80 degrés sur son corps,
auxquelles il a succombé en route vers l’hôpital, il a fallu plus d’une semaine
aux autorités françaises pour admettre qu’il avait été victime d’un acte
antisémite.
Ignorer et nier les desseins ouvertement exprimés par les
djihadistes comme Merah n’est bien entendu qu’une partie du problème. Le
deuxième aspect de la collusion occidentale avec ces tueurs n’est autre que la
justification de leurs crimes par son élite.
Après avoir au premier abord
porté le blâme du massacre de Toulouse sur les néonazis, lorsque les autorités
françaises ont finalement identifié Merah et son appartenance djihadiste, elles
ont dans la foulée fourni une justification à ses meurtres.
S’adressant
aux journalistes, le ministre français de l’Intérieur Claude Guéant a donné le
nom de Merah, et, simultanément, tenté d’expliquer son geste. Guéant a ainsi
dévoilé que Merah, associé à Al- Qaïda, était affecté par ce qu’il a appelé
l’“assassinat” d’enfants palestiniens par Israël.
Il devrait être inutile
de rappeler la stricte vérité, à savoir qu’Israël n’assassine pas les enfants
palestiniens. Les Palestiniens assassinent des enfants israéliens. Mais
si Merah tire ses informations des médias occidentaux, il est fort probable
qu’il ignore ce fait.
La chef de la politique étrangère européenne,
Catherine Ashton, a été justement condamnée par les dirigeants politiques
israéliens, cette semaine, pour son amalgame entre le massacre réel des enfants
juifs à Toulouse et celui imaginaire d’enfants palestiniens dans la bande de
Gaza. Mais elle n’est pas la seule à tenir ce genre de propos
aberrants. Le président américain Barack Obama a fait le même parallèle
lors de son discours devant le monde musulman en juin 2009, lorsqu’il a comparé
la Shoah au traitement des Palestiniens par Israël.
L’apathie des
autorités françaises
Et la limite entre ces déclarations douteuses et une vraie
incitation à la haine est souvent très ténue. D’ailleurs, la télévision
française, que Merah a sans doute souvent vue, est tristement célèbre pour la
franchir.
C’est France 2, la première, qui avait offert la diffamation
antisémite de ce siècle, en octobre 2000, avec l’histoire de la prétendue mise à
mort de Mohammed Al-Dura par des soldats de Tsahal. La cour d’appel de
Paris avait visionné les images inédites de la scène filmées par la chaîne
française d’Etat. Les rushs montraient Al-Dura en train de marcher après
voir été déclaré mort par le cameraman de France 2.
En plus de nier,
justifier et inciter à la violence djihadiste, les élites et les autorités
occidentales lui rendent la vie facile et, après passage à l’acte, l’excusent.
Dans le cas de Merah, même si les détails sont encore mal connus, il aurait
suivi une formation djihadiste d’Al-Qaïda en Afghanistan et avait déjà été
appréhendé par les autorités afghanes.
Mais en dépit de ses liens avec
Al- Qaïda, les autorités militaires américaines et/ou françaises avaient décidé
qu’il devait être renvoyé en France, malgré le danger qu’il représentait
manifestement pour la société.
Et, selon les médias, les autorités
françaises savaient qu’il représentait une menace, mais n’ont pourtant pas
réussi à l’arrêter. Elles savaient qu’à une reprise, au moins, Merah avait
cherché à convertir à l’intégrisme un jeune Musulman de 15 ans. Et pourtant, il
a été autorisé à rester en pleine liberté.
Comme la mère de l’adolescent
l’a déclaré : “Toutes ces personnes devaient mourir avant qu’ils arrêtent enfin
Mohamed Merah. Quel énorme gâchis. La police savait que cet individu était
dangereux et intégriste. J’ai porté plainte à la police deux fois contre Mohamed
Merah.”
La complicité de l’Occident avec ces crimes djihadistes ne
s’arrête pas avec leur perpétration. Après avoir échoué à reconnaître qu’Ilan
Halimi a été enlevé par des djihadistes qui l’ont assassiné parce qu’il était
juif, les autorités françaises ont tenu le procès des assassins à huis
clos.
A l’abri des regards du public, à leur premier procès, les tueurs
d’Halimi ont reçu des peines excessivement légères. Fofana a été rendu
admissible à une libération conditionnelle sous 22 ans. Seul le tollé des
militants de la communauté juive française a conduit les autorités françaises à
réouvrir un procès.
Ensemble, le comportement des guerriers djihadistes,
fiers venus de l’Occident, et le silence, l’indifférence et la complicité des
élites occidentales dessinent le paysage physique et moral de notre temps. Et
c’est ce mixage diabolique des auteurs et des catalyseurs qui fait que la mort
de Merah n’est pas une victoire de la justice.