Le titre du livre de Renaud Camus, Le Grand Remplacement, ne
peut pas être plus explicite.
Selon l’auteur, les Français sont devenus “remplaçables”.
Autrement dit, ils perdent peu à peu leur identité. “On est français
essentiellement par la naissance et par les aïeux, par la famille.” Daniel
Reinharc, son éditeur, adhère à cette idée de grand remplacement à l’œuvre
dans l’Hexagone. Issu d’une famille juive ashkénaze déportée à Auschwitz, la question de remplacer un peuple par un
autre le touche tout particulièrement.
“Pour les nazis, l’homme était remplaçable. Les détenus étaient tatoués,
n’étaient plus qu’un matricule”.
Or dans le judaïsme, partie intégrante de l’ADN de la petite maison d’édition,
il faut défendre le nom propre.
Reinharc ajoute que dans une civilisation, la voix des morts, les rites, les
convictions se font toujours ressentir.
“Je suis sensible à l’anecdote du couteau de Lichtenberg chez Camus : ‘on
change le manche, puis la lame, mais c’est toujours le même couteau.’” Non,
répondent Camus et Reinharc. “Je n’arrive pas à concevoir que l’homme puisse
être remplacé.”
Israël, par exemple. Si le gouvernement concède aux Palestiniens le “droit au
retour”, le peuple changera. Israël sera-t-il toujours un État juif ? Reinharc
va plus loin encore dans la comparaison. “S’il existe une interchangeabilité
des peuples, cela sous-entend une égalité entre ces peuples.”
Pourtant, le prix de la vie n’est pas le même selon les cultures. Par exemple,
les Palestiniens n’hésitent pas à échanger 100, 200 de leurs citoyens contre un
seul Israélien, explique l’éditeur. Il fait sienne une phrase de son ami
écrivain : “Si j’étais Palestinien, j’insisterais pour un échange équitable, un
contre un.” Outre son respect pour Camus, “monstre sacré de la littérature”
qu’il est honoré d’éditer, c’est également pour réfléchir à la transposition de
la thèse du grand remplacement à Israël que Reinharc a décidé de publier ce
pamphlet camusien.
Du Grand Remplacement à la stigmatisation
Le peuple juif défend son identité
nationale à l’heure où le monde prône l’abandon des frontières et un corps
planétaire. Poser la question de la disparition de la différence entre les
corps et les âmes dérange. Et Reinharc souhaite remuer les consciences.
Toutefois, Renaud Camus tend à stigmatiser une partie de la population
française : les Musulmans pratiquants. Qui nous “colonisent” et participent à
la Déculturation de la France, autre thème cher à l’auteur. L’écrivain sulfureux
a d’ailleurs récemment fait part de son soutien à Marine Le Pen.
Car pour Renaud Camus, le danger qui guette la France, c’est “l’islamisation
grandissante du pays.” De la thèse du remplacement à l’incitation à la haine,
il n’y a qu’un pas. L’auteur s’attaque à grands coups de plume aux
“remplacistes”, qui autorisent et encouragent l’immigration.
Et abîment la culture et l’histoire de l’Hexagone.
La France
“n’est pas une terre d’islam, par exemple, et, s’il ne tenait qu’à moi, elle
refuserait absolument de le devenir.”
Il suggère par conséquent aux pratiquants de s’en retourner vers des contrées
plus accueillantes. “Pour un Musulman très pieux, très attaché aux rites
extérieurs et collectifs de sa religion, et à plus forte raison s’il s’agit
d’un intégriste, se fixer [en France]
ne devrait en aucune façon constituer un objectif raisonnable.”
Si David Reinharc a encouragé son ami à se présenter à la présidentielle sous
l’étiquette du parti In-nocence (créé par Camus en 2002), il se désolidarise de
cette dernière prise de position et de son soutien au FN. Et rappelle que les
éditions Reinharc ont publié l’ouvrage d’Yves Azéroual et Najwa El Haïté
intitulé L’arnaque, le programme du Front National enfin décrypté.
Questionner le “rêve du triomphe d’un corps planétaire et de la fin de la
différence entre les âmes” selon les mots de l’éditeur, et par là déranger le
débat endormi de la présidentielle, certes. Mais rejeter la faute d’une
désintégration de la société française, de sa perdition - si tant est qu’elles
existent - n’est certainement pas la solution.
Entretien avec un auteur aux idées bien arrêtées qui sont loin de faire
l’unanimité.
Vous écrivez que la civilisation française brille tout particulièrement. En
quoi ?
Oh, je ne crois pas avoir écrit tout particulièrement. Je ne suis pas
chauvin pour deux sous. Je ne pense pas que la civilisation française brille
plus que l’anglaise ou que l’italienne, pour en nommer deux qui me sont
particulièrement chères et si tant est que le terme de civilisation soit bien
approprié ; ou que la civilisation d’Athènes au Ve siècle avant J.-C. ou de
Bagdad au Xe après ; ou que la civilisation juive éternelle, avec sa passion
pour l’étude.
Je pense que la civilisation française compte, à ces meilleurs moments, parmi
les plus précieuses que la terre ait portées et qu’il est dommage de la voir
s’effondrer si piteusement. Pour dire en quoi elle fut particulièrement
brillante, il faudrait un livre. Il est d’usage de citer comme unique son
rapport aux femmes, j’y ajouterai son rapport à la littérature. Les deux
procèdent de l’art de vivre, et l’entretiennent.
Selon vous, que veut dire être français aujourd’hui ?
C’est toute la question.
Dans mon livre Du sens j’ai opposé, par référence au Cratyle de Platon, la
conception hermogénienne de mots, et par exemple de celui-ci, français, à la
conception cratylienne. Hermogène veut que leur sens soit une convention pure,
une décision administrative en somme, bien qu’il n’en parle pas. Pour Cratyle,
au contraire, le sens des mots est lié à l’origine, à l’histoire, à
l’étymologie, aux ancêtres, aux morts. Pour ce qui est du mot français, la
conception hermogénienne l’a complètement emporté, officiellement. J’entendais
l’autre soir un Français d’origine maghrébine dire un peu agressivement, lors
d’un débat télévisé : “Être français c’est avoir des papiers français,
point-barre”. Il avait la loi pour lui. Mais la loi en l’occurrence est un peu
courte, elle ne rend pas compte de la réalité profonde.
La récente tuerie de Toulouse et toutes les révélations dont elle est
l’occasion jour après jour montrent bien que les choses, hélas, peut-être, sont
plus compliquées que cela et que réduire la qualité de Français à une question
de coup de tampon sur des papiers d’identité rend inintelligible ce qui
survient, et constitue une sorte d’aveuglement volontaire. Hermogène gagne
toujours, mais Cratyle n’est jamais tout à fait vaincu, il revient
éternellement.
Que pensez-vous du débat sur l’identité nationale mené par le gouvernement ?
Rien.
Peut-on vous qualifier d’“anti-multiculturaliste” ?
Ah oui, tout à fait, à
condition de préciser aussitôt que je suis profondément attaché à toutes les
cultures, que par exemple j’ai fondé et dirigé un festival consacré à la
musique contemporaine, à la musique ancienne et aux musiques du monde, que
j’aime autant la poésie anglaise que la française, que Brahms ou Webern me sont
plus précieux que Fauré ou Boulez, que je trouve qu’en matière de portes, de
fenêtres, de places, de fontaines, les Français sont des enfants comparés aux
Italiens, que j’ai une passion pour le ney ou le shakuhachi, que j’ai consacré
nombre de mes jours et de mes nuits à la pensée juive, qu’en matière d’esprit
des terrasses (c’est le titre d’un de mes livres) je tiens que nous devons tout
à Hafiz ou Abu-Nawas.
Le multiculturalisme, en fait, ce n’est nullement un panculturalisme, ce n’est
pas l’amour de la merveilleuse diversité des cultures, c’est leur fusion
sinistre selon la règle du plus petit dénominateur commun. Multiculturalisme,
c’est un nom de code, comme il y en a tant dans la langue officielle du jour.
Il ne désigne rien d’autre que la Grande Déculturation, le règne des activités
culturelles, l’industrie de l’hébétude.
Vous dites que “régime antiraciste dogmatique” = “immigrationniste” =
“remplaciste”. Qui sont ces “remplacistes” ?
Les remplacistes sont les Amis du
Désastre, les tenants du Grand Remplacement, les immigrationnistes à tout crin,
ceux qui disent à la fois que la France a toujours été un pays d’immigration,
que l’immigration diminue, qu’il en faudrait davantage, que de toute façon
maintenant qu’elle est là ce n’est plus la peine d’en parler, que la seule
chose à faire est d’apprendre à l’aimer. Ce sont les champions de ce que
j’appelle l’“homme remplaçable”, déculturé, désoriginé, désaffilié,
interchangeable, tel que le veulent les multinationales et les spéculateurs et
tel que le leur fournissent indéfiniment l’enseignement de l’oubli et
l’industrie de l’hébétude.
Vous reprenez des propos de Houari Boumédiène pour affirmer le désir de
conquête des pays musulmans, “desseins immémoriaux et pour ainsi dire
constitutifs de l’islam” ?
Selon vous, est-ce un danger réel ? C’est plus qu’un
danger, c’est une réalité en marche.
Il y a dix ans, on pensait que les imams un peu exaltés qui disaient que
bientôt les Musulmans seraient majoritaires à Londres, à Birmingham, à
Rotterdam ou à Marseille, ou que l’Angleterre, les Pays-Bas ou la France
deviendraient terre d’islam et feraient mieux de se convertir au plus vite, on
pensait que ces imams plaisantaient, ou qu’ils étaient fous, ou qu’ils
agitaient par haine d’absurdes menaces. Mais la semaine même de la tuerie de Toulouse on apprenait que
dans la même ville, ou dans sa banlieue, des religieuses étaient fermement
invitées à quitter leur couvent et à se transporter ailleurs, parce qu’elles
n’avaient plus rien à faire là.
Et combien de nos compatriotes ont dû abandonner des quartiers, parfois des
villes entières, où leur existence étaitdevenue invivable ? Non seulement ils
étaient devenus des étrangers dans leur propre pays et sur des lieux où ils
avaient toujours vécu, mais ils étaient des étrangers détestés, en butte à
toutes les brimades et tous les mépris, et forcés finalement de plier bagage.
Le “maillage” du territoire, en France, son devenirbanlieue précipité, ce que
j’appelle la “banlocalisation universelle”, est étroitement lié au white
flight, à l’obligation faite aux indigènes d’évacuer les zones trop exposées,
intenables.
Selon vous, comment enrayer ce phénomène?
En posant très clairement et
fermement que la France
n’est pas une terre d’islam, qu’elle ne l’a jamais été et qu’elle ne veut pas
le devenir. En résistant par tous les moyens. En faisant comprendre à ceux pour
qui la religion islamique est essentielle dans la vie (ce qui après tout est
parfaitement légitime), et qui veulent vivre dans une société islamique, qu’ils
ne trouveront pas cela en France ou en Europe et que le plus raisonnable pour
eux est de retourner dans des pays organisés autour de pareilles conceptions du
monde.
Qu’est-ce que la “contre-colonisation” ? Comment vous est venue cette idée ?
Beaucoup d’analystes ont présenté l’immigration de masse dont la France
est l’objet comme le contrecoup normal, prévisible, et surtout légitime de la
colonisation qu’elle a pratiquée. Mais si cette analyse a pu être en partie
juste un moment, elle est fausse sur une longue période parce que l’immigration
de masse et le changement de peuple, le Grand Remplacement, frappent presque
autant, désormais, des pays qui n’ont eu que très peu ou pas du tout d’empire
colonial, comme l’Italie, la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne et maintenant les
États scandinaves.
Que si le terme de contre-colonisation choque, je veux bien dire colonisation
tout court. Ce mot-là est plus approprié pour ce qui nous arrive qu’au sujet de
la colonisation française de jadis.
La France a eu un empire mais, sauf au Québec au XVIIe et au XVIIIe siècle,
sauf en Algérie, elle n’a pas vraiment fondé de colonies, au sens classique,
antique, de ce vocable. Il n’y avait pas de transfert de population.
C’est pourquoi il a pu être mis fin au système du jour au lendemain. La
colonisation dont nous faisons l’objet est bien plus grave et plus
irréversible. Elle implique le transfert continu de millions d’hommes et de femmes
qui reconstituent exactement, quoique sur un mode plus confortable, sur le sol
où ils s’installent, le type de société qui les a amenés à fuir le sol qu’ils
ont quitté.
Vous décrivez une situation en France
et en Europe qui n’a rien à envier au 1984 de
George Orwell. Selon vous que va-t-il advenir de l’Hexagone ?
La situation est
très orwelienne en effet, ne serait-ce qu’au niveau du langage. La langue est
tout entière employée à ne pas dire, à ne pas nommer ce qui survient, à
dissuader les gens d’en croire leurs yeux, d’admettre ce qu’ils subissent, de
mentionner à qui que ce soit leur souffrance de voir leur pays leur être ravi.
Tous les mots mentent, sont employés en d’autres sens que leur signification
d’origine : musique pour sonorisation à outrance et triomphe de la
chansonnette, culture pour industrie du divertissement, jeune pour jeune
délinquant sensible, quartier sensible pour zone de non-droit et de brutalité,
quartier populaire pour quartiers d’où le peuple indigène a été chassé. Nous
sommes certainement la première société qui ait inventé de dire, pour signifier
qu’un homme était entre la vie et la mort, que le pronostic vital est engagé.
Pour la France
aussi, le pronostic vital est engagé. Il va advenir à l’Hexagone ce qu’il
adviendrait à Israël s’il était donné libre cours au fameux droit au retour
[palestinien] : à ceci près qu’ici le retour n’est pas un retour du tout, mais
une laborieuse conquête.
Est-ce que l’école remplit son rôle aujourd’hui ?
Ah, cet entretien était une
farce ? J’aurais dû m’en douter. Tout ce que l’école transmet un peu
sérieusement, le seul enseignement auquel elle s’obstine méritoirement, ce sont
les dogmes de l’antiracisme dogmatique, c’est-àdire, pour chaque futur citoyen,
la doctrine de son interchangeabilité, les principes de sa qualité d’homme ou
de femme “remplaçables”.
Que préconisez-vous pour la France
de demain ?
L’arrêt immédiat et total de l’immigration, l’esquisse d’un
retournement des flots migratoires. La prise au mot de tous ceux qui renient
publiquement leur nationalité française, en paroles ou en actes (par exemple en
défilant sous un drapeau étranger lors de matchs opposant leur pays d’origine à
la France).
Le droit pour les volontaires des trois espèces, professeurs, parents d’élèves,
élèves, de faire une sorte de sécession scolaire au sein de l’Éducation
nationale et d’obtenir, au pro rata de leur nombre, des établissements et des
moyens qui permettent que soit prodiguée une éducation véritable, réformée
(comme on disait au XVIIe siècle que de vieux ordres religieux qui avaient
failli à leur mission étaient réformés par des saints ou des réformateurs, qui
les ramenaient à eux-mêmes).
La reconstitution d’une classe cultivée, qui est indispensable non seulement à
la culture mais à la survie d’une nation.
Tous les pouvoirs qui veulent détruire ou soumettre un peuple commencent pas
détruire ses élites : voyez Katyn, voyez la Révolution culturelle chinoise,
voyez le Cambodge. Il n’y a plus en France d’“élite” que de l’élection,
de l’argent ou du diplôme, qui lui-même n’a plus aucun sens culturel ou moral.
Il n’y a plus de classe cultivée, elle a été laminée par l’effondrement des
systèmes de transmission et par la prétendue “démocratisation” de la culture :
d’où l’hébétude qu’on voit à ce peuple, qui se laisse mener à l’abîme sans
réagir. Même les tueries de Toulouse
et de Montauban ne le réveillent pas. On lui met tout bien nettement sous les
yeux, il reste hagard, il ne comprend pas, il dénie, il a été conditionné à ne
pas voir, à ne pas admettre, à soutenir jusqu’à son dernier souffle que ce qui
arrive n’arrive pas.
Est-ce un livre-programme de candidat à la présidentielle ?
Le Grand
Remplacement ? Non, c’est avec deux autres petits livres du même genre, La
Grande Déculturation et Décivilisation, parus chez Fayard, une trilogie qui se
veut un relevé de la situation, une sorte de diagnostic. Le programme
présidentiel, celui du parti de l’In-nocence, que je préside, c’était plutôt le
gros volume De l’In-nocence, paru chez David Reinharc comme Le Grand Remplacement
: nos vues sur tout par ordre alphabétique, recueil de communiqués, extraits de
nos forums et programme point par point. Mes propres propositions, au nombre de
cent une, seront bientôt mises en ligne, au moins, quoi que je ne sois plus
dans la course.
Vous n’avez pas obtenu vos 500 signatures nécessaires à votre candidature. Quel
sera alors votre moyen d’action ?
Écrire, penser, publier des livres, donner
des entretiens au Jerusalem Post. Dans l’immédiat, soutenir à défaut le
candidat ou la candidate qui nous semble le mieux ou le moins mal promettre de
résister au Grand Remplacement et à la mise à bas du système scolaire. Par
chance Marine Le Pen n’est pas frappée à nos yeux du même interdit moral absolu
que son père. Nous avons d’ores et déjà appelé à voter pour elle, bien que nous
ne partagions en rien les vues de son parti sur l’Europe ou sur l’euro, soyons
plus que réservés sur son programme économique et venions d’un univers
culturel, c’est le moins qu’on puisse dire, bien éloigné de celui qui
l’entoure. Si elle ne figure pas au second tour nous surmonterons nos
préventions, tant pis, et nous appellerons à voter, la mort dans l’âme, pour
Nicolas Sarkozy, bien que nous ne lui fassions que très peu confiance : tout
pour faire barrage au projet socialiste, qui consacrerait cette fois
officiellement le changement de peuple.
Le Grand Remplacement, Renaud Camus, David Reinharc Editions, 2012