A gauche, rien de nouveau
By JOSEPH STRICH
04/23/2012 11:46
La “question juive/israélienne”, en général sujet de prédilection dans le débat public en France, est demeurée relativement peu présente dans la campagne présidentielle
Hollande Photo: Reuters
Cette fois, le thème de préoccupation
majeur des affaires étrangères n’est autre que “La crise”, étroitement liée aux
impératifs économiques et sociaux de l’Hexagone : la globalisation, l’Europe, la
dette, les incertitudes quant à l’avenir de la zone euro... On pourrait donc
parler d’Affaires étrangères/intérieures.
Certes, il y a eu en mars
l’affaire de Toulouse et avec elle, l’intrusion dans la campagne des termes
sécurité, terrorisme, immigration, identité. Mais seule la candidate du Front
National Marine Le Pen en a rappelé l’existence, mardi, dans son meeting final
au Zénith de Paris, où elle s’est prononcée contre “la politique d’immigration
massive pratiquée par tous les présidents de la République depuis Giscard
d’Estaing (1974-1981), qui a permis l’installation sur notre territoire en 35
ans de 15 millions d’étrangers dont 12 millions
d’extra-Européens”.
Devant un océan de drapeaux bleu-blanc-rouge, elle a
harangué la foule de milliers d’adhérents en extase : “C’est parce que vous êtes
chez vous que vous avez le droit de ne pas vouloir de ces Franco- Algériens
comme Merah”. Prenant la parole peu avant elle, son président de comité de
soutien, Me Gilbert Collard, avait dit : “Il faut que des malheureux Musulmans
et Juifs soient tués pour qu’on se rende compte qu’il y a des terroristes en
France”.
Sur la question israélo-arabe, Marine Le Pen a déclaré durant la
campagne : “Si nous soutenons la formation d’un Etat palestinien, il n’en
demeure pas moins qu’Israël doit être assuré d’une existence indiscutable et
d’une sécurité garantie”.
Mais en règle générale, les candidats se sont
maintenus à la position traditionnelle de leurs partis respectifs quant au
conflit israélo-palestinien.
Le président sortant et candidat de l’UMP
Nicolas Sarkozy a, lui, promis le 6 mars sur France 2 que s’il était réélu, il
mettrait en place une initiative de la France et de “toute l’Europe” pour la
paix, et que sa première visite à l’étranger de chef d’Etat serait réservée à
notre région.
Pour rappel : en septembre 2011, il avait défendu à l’ONU
“la reconnaissance mutuelle de deux Etatsnations pour deux peuples, établis sur
la base des lignes de 1967 avec des échanges de territoires agréés et
équivalents”. Et pour y arriver, il plaide aujourd’hui un “changement de
méthode, (...) une relance rapide, crédible de la négociation, avec un
calendrier précis, un mécanisme de suivi”.
Généralement perçu comme un
ami d’Israël, le président, qui s’en est encore pris vendredi à Saint- Maurice,
dans le val de Marne, à “la pensée unique”, avait malgré tout surpris, en
octobre dernier, en soutenant l’adhésion de la Palestine à l’Unesco.
La
Gauche, fidèle à elle-même
De l’autre côté, son challenger et candidat du parti
socialiste François Hollande, favori des sondages, s’engage à prendre des
initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la
sécurité entre Israël et la Palestine”. “Je soutiendrai la reconnaissance
internationale de l’Etat palestinien”, promet-il. Le Bureau national du PS avait
d’ailleurs réaffirmé sa position en faveur de la reconnaissance mutuelle de deux
Etats.
Au centre, l’engagement de François Bayrou envers Israël et la
paix au Proche-Orient est bien connu, mais là où les problèmes commencent, c’est
bien à gauche, à l’extrême gauche, où l’engagement est tout aussi ferme, mais
cette fois en faveur du camp palestinien.
“Et la mer est la même mer”,
disait l’ancien Premier ministre israélien Itzhak Shamir. Le paraphrasant
volontiers, on pourrait dire : “la gauche est la même gauche”, et elle demeure
concernée principalement par les Palestiniens et le sens que ceux-ci donnent à
l’idée de la paix.
Ancien du PS et mitterrandiste inconditionnel,
Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche, n’abonde probablement pas dans ce sens,
et jeudi soir, dans sa finale du Parc des Expositions à la porte de Vincennes,
il n’a pas dit mot sur la question, face à quelques dizaines de milliers de
militants brandissant un nombre impressionnant de drapeaux
rouges.
Normal, direz-vous, pour une formation qui comprend
essentiellement les communistes du vieux PCF (parti communiste français), des
anti-israéliens de toujours.
Le Front de Gauche, Europe Ecologie-Les
Verts d’Eva Joly et le nouveau parti anti-capitaliste de Philippe Poutou
(successeur d’un anti-israélien féroce, Olivier Besancenot, et l’héritier du
fondateur historique, le Juif trotskyste Alain Krivine) prônent avant tout la
“reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France et par l’UE”.
Quant
au candidat Nicolas Dupont-Aignan, il se soucie, lui, du sort de Jérusalem :
“Une fois de plus, la France devrait rappeler la base des résolutions de l’ONU,
le droit d’Israël à vivre en sécurité et en paix, le droit des Palestiniens
d’avoir un Etat qui corresponde à leur peuple et à leur nation, un compromis
enfin sur Jérusalem qui appartient à l’humanité tout entière.”
Et le plus
“petit” des candidats, qui n’espère que 0,5 % des voix, Jacques Cheminade, lui,
se contente de mettre en doute le 11 septembre 2001...
Contre
l’identification avec l’Etat hébreu
En clair, il existe une variable immuable,
aujourd’hui encore : la gauche persiste et “signe”, dans son identification
contre l’Etat hébreu.
La candidate franco-norvégienne Eva Joly, que le
directeur du Point Franz Olivier-Giesbert n’hésite pas à qualifier d’“erreur de
casting” pour expliquer son très faible score dans les pronostics (1 à 2 %), se
rapproche de Nathalie Arthaud, tête de file de Lutte Ouvrière (un autre
mouvement se référant de la 3e Internationale), qui compare les territoires
palestiniens, en particulier Gaza, à des “camps de concentration à ciel ouvert”
: “Les camps de concentration ne sont pas une spécialité de l’Allemagne nazie...
Camps de concentration et prison à ciel ouvert, c’est synonyme. C’est une
catastrophe ce qui se passe à Gaza”.
Pour éviter la polémique, Eva Joly a
elle tenté d’atténuer ses propos : “A aucun moment je n’ai envisagé de comparer
une situation actuelle dans le monde, à l’horreur de la Shoah et des camps
d’extermination lors de la Seconde Guerre mondiale. Se battre pour le droit des
Palestiniens, ce n’est pas tomber dans l’outrance”.
Le 8 janvier 2009
déjà, on pouvait entendre Jean-Marie Le Pen du Front National et père de Marine,
déclarer sur TF1 à propos de Plomb durci : “L’opération
militaire... contre une population civile concentrée dans ce qui est un
véritable ghetto, un véritable camp de concentration, me paraît
choquante.
Il n’y a pas monopole des camps de concentration... C’est, en
Afrique du Sud, les Anglais qui ont fait les premiers”. Une certaine
frange de la France semble avoir définitivement oublié le passé.