L’Egypte joue
depuis longtemps les entremetteurs entre Israël et le Hamas. Son président,
Mohamed Morsi, se pose aujourd’hui en nouveau médiateur. Il entend se
distinguer de son prédécesseur, Hosni Moubarak, accusé d’être à la solde des
Américains et des Israéliens. Les capacités diplomatiques égyptiennes vont être
mises à l’épreuve, ces jours-ci, suite au lancement de l’opération “Pilier de
défense”.
Les capitales occidentales ont enjoint l’Egypte d’user de son influence auprès
du gouvernement gazaoui, pour empêcher une montée en puissance des combats.
Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l’Union européenne, a jugé -
contrairement à la France - le Hamas responsable de l’embrasement mais appelle
Israël à une “réponse proportionnée”.
A l’instar de ses homologues américain et russe, l’UE s’en est donc remise à la
“présidence égyptienne” pour “apaiser la situation”. Le Caire semblerait la
seule voie tangible pour accéder au Hamas.
Pour mémoire, avant son élection, Mohamed Morsi était le chef du Parti de la
liberté et de la justice, une formation politique issue des Frères musulmans,
tout comme le Hamas au pouvoir à Gaza. A titre de représailles envers l’Etat
juif, le président égyptien a ordonné, mercredi 14, le rappel de son
ambassadeur en Israël. Morsi s’est par la suite entretenu avec le président
Barack Obama. Conclusion du dialogue : “Nous avons discuté de la nécessité de
mettre fin à cette agression et de faire en sorte qu’elle ne se répète pas”.
Et le président égyptien de préciser : “J’ai expliqué le rôle de l’Egypte, sa
position, le fait que nous veillons à préserver les relations avec les Etats-Unis
et avec le monde. Tout en signifiant notre refus total de cette agression”.
Voici, évoquée du bout des lèvres, la position délicate du Caire : Mohamed
Morsi s’apprête à entamer un difficile parcours d’équilibriste.
Le gouvernement doit manoeuvrer habilement, entre soutien populaire égyptien
envers la cause palestinienne et souci de préserver de bonnes relations avec
Washington, dont il ne peut se passer de la précieuse aide financière. Morsi
n’en a pas moins dénoncé l’opération militaire israélienne comme une “agression
flagrante contre l’humanité”.
“L’Egypte ne peut plus se porter garante d’une trêve” Jeudi 15 novembre, le
Hamas annonçait la venue du Premier ministre égyptien Hicham Qandil dans la
bande de Gaza. “Nous saluons cette visite et apprécions cette position
courageuse”, a déclaré le porte-parole du Hamas, Taher al- Nounou, estimant que
ce geste “confirmait le soutien du gouvernement égyptien au peuple de Gaza”.
Mohamed Morsi a renchéri : “Les Israéliens doivent réaliser que cette agression,
nous ne l’acceptons pas et qu’elle ne peut mener qu’à de l’instabilité dans la
région.” Ultime promesse du président égyptien : “Le Caire ne laissera pas Gaza
seule.”
Depuis mercredi, Mohamed Morsi multiplie les initiatives, mais sa marge de
manoeuvre est réduite : il est obligé d’agir pour satisfaire la rue égyptienne
; la situation dans le Sinaï a cependant refroidi les relations entre les
Frères musulmans et le Hamas ; et il doit soigner sa crédibilité sur le plan
international.
Il a donc tout intérêt à éviter un embrasement définitif de la situation.
Enfin, lorsque les esprits sont occupés par des questions de politique
extérieure, les problèmes internes sont momentanément mis de côté. Ce rôle
d’ambassadeur permet à Morsi de faire diversion, en quelque sorte.
En début de semaine, les échanges se poursuivaient, en particulier au Caire,
pour un arrêt des hostilités. Lundi matin, la trêve n’était toujours pas à
l’ordre du jour. Les efforts pour parvenir à un cessez-le-feu ont échoué,
déclarait le porteparole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Une annonce qui faisait
suite à la rencontre entre son leader, Khaled Mashaal, et le président Morsi,
au Caire. Pour autant, certains officiels du Mouvement de résistance islamique
affirmaient ne pas avoir écarté la possibilité de voir les Egyptiens obtenir
une trêve rapidement. Mardi matin, des négociations étaient toujours en cours.
Israël avait accepté de geler une invasion terrestre avant d’avoir épuisé
toutes les options diplomatiques.
Une solution acceptable pour le Hamas serait de voir les Etats-Unis, principal
allié de l’Etat hébreu, devenir “un garant” du respect du cessez-le-feu. Car,
ainsi résument les spécialistes du journal Haaretz en matière de défense : “Une
des difficultés actuellement est l’absence d’un médiateur suffisamment influent
pour arracher un accord”. Pourtant, Mohamed Morsi se déclarait, samedi soir,
optimiste sur “la possibilité d’un cessez-le-feu dans un proche avenir”.
En janvier 2009, c’est une trêve négociée par l’Egypte qui avait permis de
mettre fin à l’opération “Plomb durci”, initiée 22 jours plus tôt par Israël,
dans le but d’enrayer les incessants tirs de roquettes en provenance de la
bande de Gaza
Soutien international à Israël mais...
Les grandes puissances semblent favorables à l’offensive. A condition qu’il n’y
ait pas trop de victimes...
Tovah Lazaroff
A l’annonce de l’opération “Pilier de défense”, les opposants habituels à
Israël ont aussitôt dégainé, accusant le gouvernement Netanyahou de militarisme
et d’opportunisme électoraliste. Plusieurs manifestations ont ainsi éclaté dans
le monde en soutien à Gaza : à Paris, Londres, au Canada et en Indonésie.
Cependant, les gouvernements occidentaux, souvent prompts à la critique, se
sont cette fois-ci montrés favorables à l’offensive, en mentionnant la
responsabilité du Hamas et le droit légitime à l’autodéfense du côté de l’Etat
hébreu. Aux Etats-Unis, appuyant les propos du président Barack Obama qui a
affiché son soutien à Israël et une bonne entente retrouvée avec le Premier ministre
Binyamin Netanyahou à plusieurs reprises, le vice-conseiller à la sécurité
nationale de la Maison Blanche, Ben Rhodes, a fait savoir à la presse que les
Américains “voulaient la même chose que les Israéliens”, à savoir mettre un
terme aux attaques de roquettes palestiniennes.
Côté européen, après les déclarations de soutien de la chef de la diplomatie
étrangère Catherine Ashton, assez inhabituelles de sa part, l’Allemagne et la
Grande-Bretagne se sont également déclarées en faveur de l’offensive. Vendredi
16 novembre, un porte-parole du gouvernement fédéral allemand a ainsi expliqué
devant la presse que “le Hamas est responsable de la flambée de violence à
Gaza. Il n’y a pas de justifications à ces attaques de missiles, qui font
terriblement souffrir la population civile”. Et de conclure que le gouvernement
d’Israël “a le droit et l’obligation” de protéger ses citoyens.
Quant à la France, sa réaction n’a pas dérogé à la prise de position
consensuelle qui consiste à ménager la chèvre et le chou. Le ministre des
Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’est rendu en Israël dimanche 18 novembre
pour, selon son ministère, “parler à toutes les parties et arrêter l’escalade”.
A l’issue de sa visite, il a affirmé à la chaîne de télévision France 2 que les
deux mots d’ordre étaient “urgence et cessez-le-feu”. Selon le journal Le
Monde, le ministre a déclaré aux journalistes qui l’accompagnaient que le
soutien de l’Hexagone “à la cause palestinienne n’est pas contesté et en même
temps, nous avons des contacts avec les Israéliens. Nous sommes presque les
seuls dans cette position-là. Nous parlons aux uns et aux autres, nous sommes
reconnus par les uns et par les autres, et nous voulons la paix”.
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Kimoon, était lui aussi en route vers la
région, lundi 19 au matin, afin d’encourager un cessez-le-feu : “Ceci doit
cesser,” a-t-il déclaré à la presse, “j’appelle avec force les deux parties à
coopérer avec les efforts menés par l’Egypte”.
Pas de soutien à une opération terrestre
Mais de l’avis général, les pays
occidentaux risquent cependant de changer de ton en cas d’offensive terrestre à
Gaza.
Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, William Hague, a ainsi mis
en garde le gouvernement israélien dans un entretien accordé à la chaîne
anglaise Sky News : “Le Premier ministre David Cameron et moi avons tous deux
fait savoir à nos homologues israéliens qu’une intervention terrestre à Gaza
ferait perdre à Israël une bonne part du soutien international”. Et d’expliquer
: “Il est bien plus difficile d’éviter les pertes civiles lors d’une opération
au sol”.
C’est en effet la question des victimes qui préoccupe l’Occident. Le président
Obama, répétant son message de soutien à Israël, a lui aussi exprimé sa
préférence pour une solution faisant cesser les tirs de roquettes sans faire
entrer les fantassins de Tsahal à Gaza. “Ce n’est pas seulement mieux pour les
civils palestiniens, c’est préférable pour les Israéliens parce que les troupes
seraient bien plus exposées à un risque de blessures ou de pertes”. Selon
certains experts, ce sont surtout les images de morts d’enfants et de femmes
diffusées partout dans le monde qui posent problème aux diplomaties étrangères.
Alors que de nombreuses associations de droits de l’Homme parlent déjà de “massacre”,
les gouvernements occidentaux ne veulent pas sembler cautionner des morts qui
indignent forcément l’opinion.
Car quelle que soit la précision des frappes israéliennes, ces pertes ne
manquent pas d’arriver. Israël pourra toujours rappeler que le Hamas cache des
cibles militaires au milieu des civils et que Tsahal a prévenu la population de
Gaza d’évacuer les zones où se cachent des terroristes. Mais de telles images,
cyniquement exploitées par le Hamas, sont précisément ce qui pourrait rapidement
faire changer le soutien en opposition.