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Vues d’Europe

By JACOB KAMARAS, ALINA DAIN SHARON ET SEAN SAVAGE
01/09/2013 11:45
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Ou comment les amis d’Israël comprennent le conflit.

PM Netanyahu and French President Hollande
PM Netanyahu and French President Hollande Photo: REUTERS/Philippe Wojazer
En décembre, certains des meilleurs amis européens d’Israël - la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – ont convoqué leurs ambassadeurs pour protester contre les récentes décisions de construction par l’Etat juif. Il n’en fallait pas plus pour qu’Avigdor Liberman, encore ministre des Affaires étrangères, déclare que les gouvernements européens étaient prêts à abandonner Israël, comme ils avaient déjà laissé la Tchécoslovaquie aux mains des nazis, avant la Seconde Guerre mondiale.

Gabriel Goldberg, directeur des services de jeunesse des organismes des communautés juives de la région de la Rhénanie-du-Nord en Allemagne, a rejeté la comparaison de Liberman, tout en reconnaissant : « La frustration dissimulée derrière cette déclaration est tout à fait compréhensible. » Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont commencé par condamner les plans de construction d’Israël dans la zone E1 entre Jérusalem et Maalé Adoumim. Puis, plus récemment, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la sécurité, Catherine Ashton, qualifiait les plans de construction dans le quartier sud de Jérusalem de Guivat Hamatos et de Ramat Shlomo au nord d’« extrêmement troublants. » La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Portugal - les quatre membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU - ont ensuite demandé au gouvernement israélien de réviser ses récentes autorisations de constructions.

En votant en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme un Etat observateur non membre à l’ONU, 14 des 27 pays de l’Union européenne (UE) donnaient leur aval à la violation palestinienne des Accords d’Oslo : parvenir à un accord sur le statut final avec Israël, uniquement par voie de négociations directes.

Mais tout n’a pas toujours été si aigre dans les relations Europe-Israël. En octobre, lorsque l’UE a renforcé ses sanctions économiques contre l’Iran, Liberman – celuilà même qui a fait l’analogie avec la Shoah - a envoyé une lettre à Catherine Ashton pour la remercier de « cette mesure déterminée et cruciale de l’UE, digne de la plus grande reconnaissance, d’autant plus qu’elle a été prise dans une période économique difficile [pour l’Europe]. » Mais au même moment, l’UE faisait fi des appels des États- Unis et d’Israël pour l’engager à désigner officiellement le Hezbollah comme une organisation terroriste. Et le vieux continent s’attirait aussi les critiques de l’Etat juif pour sousestimer les appels du Hamas à sa destruction.

Mais que pensent les Juifs européens du regard scrutateur de l’UE sur Israël ? Pourquoi cette attention démesurée, et quelles en sont les conséquences sur les relations d’Israël avec les pays européens ? Voici le point de vue juif depuis l’Allemagne, la Grande- Bretagne et la France.

Allemagne 

Pour Gabriel Goldberg, 34 ans, nombreux sont ceux qui pensent, au sein de la société allemande, « qu’Israël est l’entité agressive du monde ». Ce fils de dissidents soviétiques installés en Israël ajoute qu’il est « de bon ton d’avoir une opinion sur le conflit au Moyen-Orient, peu importe les faits. » Une des raisons à cela, d’après Goldberg, reste la projection de la culpabilité allemande post-shoatique sur les Juifs israéliens. Beaucoup d’Allemands se rassurent en se persuadant, à tort, que les Juifs israéliens ne « font pas mieux (avec les Palestiniens) que ce que les nazis leur ont fait », explique Goldberg.

Stephan J. Kramer, secrétaire général du Conseil central juif d’Allemagne, estime pour sa part que ni l’UE ni l’Allemagne ne sont anti-Israël. « Nous savons que la chancelière Angela Merkel affiche une attitude très positive envers l’Etat d’Israël, bien qu’elle soit parfois en désaccord avec le Premier ministre Netanyahou », a-t-il fait savoir.

Kramer, cependant, est préoccupé par le danger que constitue ce soutien européen aux Palestiniens. De nombreux membres de l’UE « ont favorisé ou se sont abstenus de s’opposer à la reconnaissance palestinienne [à l’ONU], parce qu’ils voulaient faire passer un message de soutien général à l’idée d’un Etat palestinien », note Kramer. L’Allemagne s’est abstenue lors du vote.

Pourtant, Kramer ne va pas jusqu’à partager l’analogie de Liberman sur la Shoah : « Je ne voudrais pas faire trop de parallèles entre 1938 et 2012 ». Et d’expliquer qu’aujourd’hui Israël a un allié avec l’Allemagne – qui, selon la rumeur, lui fournirait des sous-marins. Et l’Etat juif est doté d’une des armées les plus puissantes au monde, faitil remarquer. « Le gouvernement tchécoslovaque de 1938 aurait aimé être dans une telle situation », poursuit-il.

Autre indication qui montre que la relation Israël- Europe est globalement positive, selon Kramer : Israël participe à des programmes scientifiques européens et équipe les entreprises européennes de sa technologie.

« Il y a quelques années, le ministre de l’Economie allemand d’alors, Rainer Brüderle, avait même déclaré que l’utilisation des innovations israéliennes pourrait augmenter la croissance économique allemande ».

Selon Goldberg, la priorité politique européenne absolue aujourd’hui ne devrait pas être Israël, mais la crise économique. « Je ne pense pas que l’antisémitisme connaisse une recrudescence en raison de la crise économique, mais il est bien ancré à l’intérieur des âmes des Européens et ressort dès la moindre crise », ajoute-t-il.

« [Le mode de pensée en Europe est] : si vous avez des problèmes et ne savez comment les résoudre, empruntez la voie de la facilité et condamnez Israël. » 

Grande-Bretagne 

Les Juifs anglais en général « ont tendance à éviter de parler » de la question de la construction israélienne, d’après Sam Westrop, directeur de l’Institut de démocratie du Moyen-Orient basé à Londres.

« Peut-être parce qu’ils considèrent cela comme un défaut de la politique israélienne, ou qu’ils ne savent pas vraiment quoi en penser », affirme-t-il. « Est-ce oui ou non une bonne ligne de conduite, je l’ignore. » Westrop estime que « l’obsession » de l’Europe par la construction israélienne résulte de deux facteurs.

Tout d’abord, « une grande partie des gens estiment qu’ils doivent blâmer équitablement les deux parties dans le conflit israélo-arabe ». Ils « déplorent l’approche israélienne tout en condamnant fermement les tirs de roquettes du Hamas. » Puis Westrop évoque également les individus qui croient sincèrement que la construction israélienne est une « entrave à la paix. » Pourtant, « il suffit de voir comment Abou Mazen [Mahmoud Abbas] a rejeté les gestes de paix d’Israël, suite à l’offre d’un gel des constructions dans les implantations (de dix mois à partir de novembre 2009), pour se rendre compte que c’est tout simplement faux », écrit-il dans un courriel.

De son côté, le Dr Toby Greene, directeur au centre de recherche & communications Grande-Bretagne-Israël, rétorque : « Il est sensé que l’UE fasse pression sur les deux parties pour qu’aucune ne prenne de mesures unilatérales qui préjugeraient du résultat des négociations.

En d’autres termes, les Palestiniens doivent s’abstenir de forcer leur solution par voie de résolutions à l’ONU, et Israël de leur imposer des constructions dans de nouvelles zones du territoire en litige. » Pour Westrop, le vote de 14 pays de l’UE en faveur d’une amélioration du statut de l’Etat palestinien aux Nations unies indique une baisse du soutien à Israël, résultat direct de « l’efficacité du réseau anti-israélien en Europe. » « Les groupes qui composent ce réseau travaillent à la fois au niveau local et à l’échelle des politiques nationales et européennes. Le sentiment anti-israélien est légitimé par des groupes qui peuvent prétendre à la fois soutenir des dirigeants politiques et avoir des milliers de militants à leurs côtés. » Westrop critique Ashton pour « condamner les plans de constructions israéliens à Guivat Hamatos qui, selon elle, coupent la continuité géographique entre Jérusalem et Bethléem, » alors que, dans le même temps, elle ignore « les plans d’amélioration de logements pour les Arabes de Beit Safafa. » Et d’ajouter : tant que « l’argent de l’UE financera des groupes de propagande pro-terrorisme, des gens comme Ashton ne devraient pas dicter leur conduite aux autres ».

Greene note cependant que l’UE « appelle régulièrement les Palestiniens à revenir à la table des négociations sans conditions préalables ».

« Il est important de noter que la Grande-Bretagne exige que les Palestiniens s’engagent à reprendre les négociations sans conditions préalables, en l’échange de quoi elle les soutiendrait à l’ONU, et ceux-ci ont refusé », écrit-il.

En outre, tout en condamnant les plans de construction dans la zone E1 le 10 décembre, l’UE a également déclaré qu’elle jugeait inacceptables « les déclarations incendiaires des dirigeants du Hamas qui nient le droit d’Israël à exister. » 

France 

Alors que l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont abstenues lors du vote pour une reconnaissance palestinienne à l’ONU, la France, elle, a voté pour, de façon très ostentatoire.

En cette période où Paris est déjà préoccupé par un certain nombre de problèmes nationaux et internationaux, certains attribuent sa ligne dure vis-à-vis d’Israël au président socialiste François Hollande.

Dans un article du Haaretz, juste avant l’élection présidentielle française en avril 2012, Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, confiait son scepticisme quant à la coalition de gauche de Hollande : « La principale question qui se pose pour la communauté juive, si François Hollande devenait le président de la France, est l’influence que pourraient avoir ces dirigeants socialistes qui affichent des opinions négatives à l’égard des politiques israéliennes ».

Hollande bénéficie de l’appui de la majorité des Français sur la question de l’Etat palestinien.

« L’opinion publique a été très favorable [au vote palestinien à l’ONU], » affirme Simone Rodan-Benzaquen, directrice du bureau de l’American Jewish Committee à Paris.

La France, qui abrite la plus grande communauté juive d’Europe, a également attiré l’attention cette dernière année pour la hausse d’actes antisémites. En particulier après l’attentat terroriste islamiste contre l’école juive à Toulouse, en mars dernier, où le rabbin Sandler, ses deux fils, et la jeune Myriam Monsenego, la fille du directeur de l’école, ont été assassinés.

Rodan-Benzaquen n’attribue pas la récente poussée d’antisémitisme aux tensions croissantes entre la France et Israël. Beaucoup pointent plutôt du doigt la présence croissante de l’Islam radical dans l’Hexagone qui abrite la plus grande population musulmane d’Europe.

« Ce qui est inquiétant aujourd’hui, depuis les meurtres de Toulouse, [c’est] l’augmentation des actes antisémites sans rapport avec les événements au Moyen-Orient », conclut Rodan-Benzaquen.
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