Mais le groupe armé doit être sans doute l’exception qui confirme la règle de
l’Union européenne.
Pour preuve, d’après la déclaration du mois dernier de Gilles de Kerchove, haut
fonctionnaire européen, coordinateur de la lutte contre le terrorisme, la
responsabilité de l’attentat ne qualifie pas automatiquement le Hezbollah pour
la fameuse « liste noire ». « Il n’y a pas de listage automatique à la seconde
où vous avez été impliqués dans une attaque terroriste », a-t-il indiqué. Car,
a continué de Kerchove, « il n’y a pas seulement le facteur juridique, mais
aussi le message politique en fonction du contexte et du timing ».
C’est donc là que le bât blesse.
Certains acteurs clefs de l’UE, dont la France et l’Allemagne, s’opposent à
l’inscription du Hezbollah sur la liste depuis plus de 20 ans. Une donnée que
le rapport bulgare ne devrait pas pour autant modifier.
Comme l’a expliqué de Kerchove : « On peut se demander, vu la situation du
Liban, qui est un pays très fragile, très fragmenté : ce listage va-t-il nous
amener là où nous le souhaitons ? » La question va en effet se poser au sein de
l’Union, en particulier du côté de l’Hexagone qui craint de perdre son
influence à Beyrouth. Car, avancent certains, une initiative européenne de ce
genre pourrait aboutir à la sortie du Hezbollah du gouvernement libanais, ce
qui déstabiliserait largement un pays déjà instable en ces temps dangereux.
En réalité, les preuves n’ont jamais manqué pour faire placer le Hezbollah sur
cette liste. Les Etats-Unis, rejoignant Israël, l’ont fait depuis de nombreuses
années et les Européens n’ont pas besoin de l’enquête de Burgas pour savoir que
le mouvement est bien davantage qu’un parti politique.
En réalité, depuis les attentats jumeaux d’Argentine, au début des années 1990,
l’implication du Hezbollah dans le terrorisme mondial est amplement démontrée.
Mais l’Union européenne choisit malgré tout depuis des années de détourner les
yeux. Non pas à cause du manque de preuves, mais bien en raison d’intérêts et
de considérations politiques de certains membres de l’Union. Des intérêts et
des considérations qui ne changeront pas en vertu de l’enquête de Burgas.
La « bonne » branche ou la « mauvaise » ?