Huit vers qui en disent long
04/23/2012 12:53
Live Hatikva fête son cinquième anniversaire. Une belle occasion de chanter en c(h)oeur
Hatikva Photo: Live Hatikva
Pour en être arrivé là, le projet annuel
Live Hatikva, qui célèbre son cinquième anniversaire en ce Yom Haatsmaout, doit
sûrement marquer la bonne mesure. L’initiative - née de la femme d’affaires et
philanthrope israélienne Galia Albin -, encourage les membres des communautés
juives à travers le monde à chanter simultanément l’hymne national israélien,
“Hatikva” (L’Espoir), le jour de Yom Haatsmaout et de télécharger le clip de
leur prestation sur un câble YouTube commun, sous l’égide de
www.livehatikva.org.
Chaque année, une communauté différente est à
l’honneur : les Etats-Unis en 2009, l’Amérique du Sud en 2010, l’Australie l’an
dernier et l’Afrique du Sud pour 2012.
“A notre premier Live Hatikva en
2008, nous avons battu le record du monde Guinness du plus grand nombre de
personnes interprétant un hymne national en même temps”, explique Albin. “Et
l’événement a continué de croître chaque année, doublant presque
aujourd’hui.”
Quelque 52 000 personnes auraient participé à la première
édition. Mais plus que battre un record du monde - “ce qui fait un peu gimmick”
- Albin veut tendre la main aux Juifs où qu’ils se trouvent, via les mots de
Naphtali Herz Imber.
“L’Hatikva comble les lacunes linguistiques et
culturelles entre les Juifs du monde entier, et en créant cet événement, nous
relions les gens et les communautés qui, autrement, ne se seraient jamais
rencontrées”, pointe-t-elle, faisant l’éloge du projet.
Comme toute
Israélienne qui se respecte, je surprends Albin au téléphone, au supermarché, en
train d’acheter de la nourriture pour la fin de Pessah, au lendemain de son
retour d’un voyage en Afrique du Sud.
“Mon réfrigérateur est absolument
vide et je suis une mère juive,” dit-elle avant de se lancer dans l’une des
louanges les plus passionnées de l’hymne national israélien - en fait, de tout
hymne national - que j’ai jamais entendues.
L’Hatikva ne se contente pas
de faire vibrer le coeur d’Albin, elle tire sur ses cordes sensibles. Diffuser
le message de l’Hatikva dans les communautés de diaspora fait, pour elle, partie
du Tikkoun Olam, la réparation du monde.
“Live Hatikva a aujourd’hui cinq
ans - c’est devenu officiellement une tradition. Notre objectif est d’atteindre
les 14 millions de Juifs”, souhaite-t-elle.
Cette année, Beit Hatfoutsot,
le Musée du peuple juif, a également accordé au projet un mur (au sens non-
Facebookien du terme) pour afficher les photos de l’événement, transformant ce
qu’Albin appelle “la chanson du peuple juif” en toile artistique animée. Près
d’un demimillion de photos des cinq dernières années sont d’ores et déjà dans la
course pour figurer sur le prestigieux édifice.
Un hymne pour tous ?
L’idée du projet découle en réalité d’une tentative d’anathème de l’hymne : un
débat d’une commission de la Knesset en 2007 déclenché par le député arabe Ahmed
Tibi, qui demandait que l’Hatikva soit détrônée. Albin, qui assistait à la
réunion, se souvient : “Je me suis dit, ce sera mon objectif : que chaque année,
qu’il vente ou qu’il pleuve, aussi longtemps que je vivrai - et bien sûr aussi
longtemps que l’Etat juif vivra, c’est-à-dire à jamais - je diffuserai des
images de communautés juives mobilisées pour chanter en choeur
l’Hatikva”.
Albin est fière que les écoles juives à travers le monde
enseignent les paroles et l’histoire de l’hymne. “Enfin, les gens
commencent à comprendre : ce n’est pas juste une chanson de
barmitsva. C’est toute l’histoire juive.”
A point nommé, la
conversation glisse sur le dernier “scandale”, dans lequel le juge de la Cour
suprême Salim Joubran a été critiqué par certains pour ne pas avoir chanté
l’Hatikva avec l’assemblée lors de l’intronisation du nouveau président de
l’institution, Grunis Asher. Albin comprend bien que les citoyens arabes
puissent ne pas s’identifier avec les mots “Tant qu’au fond du coeur, l’âme
juive vibre”, “mais selon moi, même si vous ne chantez pas, vous devez rester
debout dans une posture respectueuse.”
Elle souligne : “Cet Etat est né
en tant que foyer du peuple juif. Je comprends que pour un non-Juif, c’est
délicat, mais ils ne vivent pas à Homs, en Syrie, ils vivent dans un pays
démocratique, et ils devraient en être reconnaissants.” Albin avoue être
“très sensible sur la question.”
Quand je lui demande ce qu’elle pense de
l’ajout d’un verset qui rendrait l’hymne plus adapté à tous les citoyens, elle
répond : “Si les citoyens non juifs veulent ajouter un verset qu’ils aimeraient
chanter lors de leurs événements, Ahalan wasahalan [en arabe “bienvenus” (grand
bien leur fasse)], mais pour tous les événements officiels, l’Hatikva sera
chantée telle quelle.” Et, espère bien Albin, lors de toutes les manifestations
officielles.
L’essence du peuple juif
En entendant l’Hatikva, “je me sens
connectée - pas seulement aux six millions de Juifs qui vivent en Israël, mais
aux 14 millions du monde... C’est un sentiment de responsabilité mutuelle,”
dit-elle, en utilisant les mots “arevout hadadit”. Pour elle, l’expression “tous
les Juifs sont responsables l’un de l’autre” n’est pas vaine, c’est une douce
musique à ses oreilles.
“Chaque fois que cela s’avère nécessaire, nous
sommes là les uns pour les autres. Je suis tellement fière d’appartenir à cette
nation”, affirme l’entrepreneuse née à Haïfa, mère et grand-mère.
“Je
pourrais prendre mon israélité et ma judéité pour acquises, étant née ici, mais
je ne le fais jamais. Je suis toujours reconnaissante. Je pourrais être née dix
ans plus tôt, au coeur de la Shoah, avec mes parents à Vienne, en Autriche. Le
fait d’être ici et d’avoir un Etat juif n’est pas à prendre à la
légère.”
“C’est aussi un message pour la prochaine génération. Ils
pourraient dire : ‘qu’est-ce que signifie [dans les paroles de l’Hatikva] être
un peuple libre ? Nous sommes un peuple libre depuis belle lurette’. Mais le
sommes-nous vraiment ? Pourquoi alors endurons-nous encore de tant de haine,
attaques de missiles et menaces ?” Quand Israël est accusé d’être un Etat
d’apartheid, elle bouillonne : “C’est un peu comme une allégation de sacrifices
humains”.
Elle aimerait que tous les Israéliens qui se rendent à
l’étranger (à leurs propres frais) rencontrent les Juifs de la communauté locale
et parlent de la vie en Israël.
Lorsqu’on lui demande quelle est sa
propre “Tikva”, son “espoir” personnel, elle répond : “Qu’à chaque génération,
ceux qui se lèvent pour nous détruire, échouent”, s’inspirant d’une citation de
la Haggada.
“Nous ne pouvons pas survivre sans préserver le caractère
juif de l’Etat,” dit-elle, ajoutant : “Le message de l’Hatikva, c’est ce lien et
cette connexion particulière entre les membres du peuple juif en Israël et en
Diaspora - nous oublions parfois que nous sommes un même peuple.”
Les
communautés qui ont participé à Live Hatikva sont imposantes et bien établies en
Europe et Amérique du Nord ou minuscules telles que Aruba dans les
Caraïbes. Certaines ne fêtaient pas Yom Haatsmaout avant d’être touchées
par le projet, dit-elle. “Si vous me demandez quel est le secret du
peuple juif, c’est l’Hatikva”, explique Albin, Juive fière, mais
laïque.
Ces huit vers racontent toute l’histoire”, poursuit-elle. “Le
regard tourné vers Sion, l’âme juive qui se languit, et ne pas perdre l’espoir
d’être un peuple libre. Etre libre, vivre en paix et être reconnus comme ayant
le droit de vivre à Sion. Nous avons subi assez de haine.”
Et sur cette
juste - sinon joyeuse - note...
Heureux Yom Haatsmaout !