Louer ou acheter en Israël ? Telle est la question !
By JOHN BENZAQUEN
04/23/2012 14:12
Un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres
Jerusalem Photo: Marc Israel Sellem
Dans la grande majorité des Etats occidentaux, les
entrepreneurs construisent des immeubles à des fins exclusivement locatives.
C’est-àdire que les logements sont réservés à la location et les contrats
peuvent se renouveler pendant de nombreuses années consécutives. Israël se
distingue encore une fois de la norme, en ce qu’il ne génère pas de parc locatif
résidentiel de long terme. Si une dynamique de location est bien visible en
Israël, il s’agit d’un marché à court terme. Les entrepreneurs construisent
plutôt des locaux qu’ils destinent à la location commerciale, industrielle ou
des bureaux, et très peu d’habitations particulières.
Deux raisons, l’une
pratique l’autre davantage psychologique, expliquent cet état de fait.
A
leur arrivée en Israël, les nouveaux immigrés d’Europe centrale et orientale ont
investi dans les briques et le mortier, comme ils le faisaient dans leurs pays
d’origine. Et de construire des immeubles pour mettre en location leurs
appartements. Un type d’investissement perçu comme particulièrement sûr en
Europe, et qui s’avérait généralement le plus rentable.
Mais la pratique
est bouleversée en 1940 quand le Parlement britannique adopte la Loi sur la
location résidentielle, qui gèle les loyers.
Car avec le début de la
Seconde Guerre mondiale, les bombes pleuvent sur Londres et le gouvernement
craint, à juste titre, que la diminution des logements disponibles fasse chuter
l’offre et génère une flambée des prix du marché locatif. L’ensemble de l’Empire
britannique, dont la Palestine mandataire, adopte la Loi sur la location
résidentielle qui bloque les prix des locations.
Au sein du yishouv,
l’initiative a eu un effet désastreux sur les propriétaires israéliens. A
son Indépendance, le nouvel Etat perpétue la législation en place, mais avec la
forte inflation, la valeur réelle des locations chute
vertigineusement.
Le gouvernement va bien tenter d’ajuster les prix, mais
les locations ne retrouveront jamais leur niveau d’avant 1940. Etre propriétaire
n’a désormais plus de sens économique, les détenteurs de capitaux cessent dès
lors d’investir dans la pierre et le parc locatif se désagrège.
L’autre
raison au fait que le logement locatif n’a pas décollé en Israël tient à la
composition de la population du pays, constituée en grande partie de nouveaux
immigrants. Pour bon nombre, être propriétaire d’un appartement renforce
leur sentiment d’appartenance au pays.
Actuellement, le marché de la
location est favorable aux offrants. Les propriétaires, qui pour une raison ou
une autre n’utilisent pas leur bien, ou ceux qui ont acheté un logement dans un
but d’investissement à court terme, louent leurs appartements sur une base
annuelle. Le contrat peut être renouvelé d’une année sur l’autre, mais aucune
clause n’assure la sécurité au locataire. Le propriétaire peut décider, du jour
au lendemain, de vendre son bien ; et l’occupant des lieux n’a d’autres
ressources que de repartir en quête d’une nouvelle location.
Les
locataires sont en majorité des célibataires qui ont quitté le nid parental, des
jeunes couples qui économisent avant d’acheter, ou des personnes âgées qui ne
disposent pas des fonds nécessaires.
Le cas de Jérusalem
L’ensemble du
territoire national pâtit d’un manque de logements réservés à la location, mais
la capitale comporte certaines caractéristiques particulières. Elly Kenner, chef
du département de l’agence Anglo-Saxon de Jérusalem, explique : “Jérusalem est
Jérusalem ! Elle est très prisée par les résidents d’outre-mer, par les
journalistes et correspondants étrangers, par les dirigeants des organismes
religieux et par les Juifs de Disapora.” En outre, remarque Kenner, “Jérusalem
est une ville universitaire et, par conséquent, influencée par la demande des
étudiants entre juillet et octobre, avec un accent sur les mois d’août et
septembre.”
Autant de raisons qui expliquent les fluctuations du marché
hiérosolomytain. La demande locative est forte : la saison débute en mai, avec
les familles qui proposent leur habitation pour du court terme durant l’été, et
se poursuit avec la demande de la population estudiantine, en prévision de la
rentrée scolaire.
De nombreuses familles de la capitale vivent dans des
appartements loués, même si elles peinent face à la récurrente hausse des
loyers. En 2009, notamment, les prix ont flambé par rapport aux années
précédentes. Et ont continué de grimper jusqu’en 2011. Sur ces deux années, le
loyer moyen d’un appartement de trois pièces est passé de 3 000 shekels à bien
souvent plus de 3 800 shekels. Soit une augmentation de 25 %.
Le
pays sans exception a ressenti cette fulgurante montée des prix, qui s’est
répercutée sur les tarifs à la vente. Conséquence : un impact négatif sur le
nombre d’acquéreurs potentiels, susceptibles de prétendre à devenir
propriétaire, et les demandes de locations ont encore augmenté.
A
Jérusalem, les prix des loyers à Jérusalem peuvent varier de 3 500 à 3 800
shekels pour un trois pièces dans des quartiers périphériques comme Pisgat Zeev,
Armon Hanatziv et Guilo ; et entre 4 500 et 6 000 shekels pour des zones plus
centrales comme Rehavia, Baka et la Colonie allemande (Moshava
Hagermanit).
Le locatif, un investissement sûr
Pour les jeunes couples et
les nouveaux immigrants, le coût d’un bien à Jérusalem est largement prohibitif.
La majorité d’entre eux commencent donc en louant des appartements. Une réalité
qui génère une forte demande lorsqu’elle est couplée avec une offre
insuffisante.
Nombre de propriétaires à Jérusalem qui souhaitent vendre
leur habitation ont recours à la location jusqu’à être en mesure d’obtenir les
prix de vente élevés qu’ils réclament.
Les locations à court terme sont
également monnaie courante à Jérusalem face à l’affluence des touristes dans la
ville. Beaucoup de visiteurs ont recours désormais aux locations saisonnières.
Un petit trois pièces meublé, dans le coeur de Jérusalem, vaut environ 800
dollars (3 000 shekels) la semaine, un prix fort mais qui reste beaucoup moins
élevé que le coût d’une chambre d’hôtel standard en ville, sur la même
période.
Autant de raisons qui expliquent pourquoi les entrepreneurs
considèrent le marché immobilier de la ville comme une opportunité
d’investissement attractive. Les sociétés de gestion immobilière et de location
sont en mesure d’assurer un taux de 70 % à 85 % d’occupation, pour la majorité
des propriétés. Alors que les prix d’achat sont restés relativement élevés sur
le marché actuel, un investisseur avisé peut encore réaliser aujourd’hui un
rendement locatif de 6 à 10 %, à court terme.
L’appréciation du capital
au cours des trois à cinq prochaines années pourrait conférer à l’investisseur
10 à 15 % supplémentaires.
Autre élément-clé dans la demande de logements
locatifs : l’importance de la communauté religieuse. Les couples qui observent
les commandements de la loi juive se marient généralement jeunes, et sont donc
dans l’impossibilité d’acquérir un bien au début de leur mariage. Si les taux
hypothécaires sont très avantageux aujourd’hui, les futurs acheteurs doivent
toutefois encore être détenteur d’un capital de départ, à hauteur de 30 %
minimum du prix d’achat. Une somme dont ne disposent pas les jeunes foyers qui
commencent alors par louer quelques années en attendant de voir comment leurs
finances vont évoluer, et dans quelles mesures les conditions du marché pourront
s’améliorer.