Site emblématique de Jérusalem, le Mont des Oliviers est un
de ces lieux saints pour les trois grandes religions abrahamiques. Cité
plusieurs fois dans le Coran, il est aussi parsemé d’églises chrétiennes. Mais
il est également un haut lieu du judaïsme : selon la tradition biblique, le
Messie qui amènera la résurrection des morts pénétrera à Jérusalem en passant
par le Mont des Oliviers. Les personnes enterrées en ce lieu seraient donc les
premières ressuscitées.
D’où l’immense cimetière juif - le plus grand au monde - qui s’étend sur des
centaines d’hectares avec plus de 120 000 tombes.
De nombreuses personnalités éminentes y reposent.
Comme le premier Grand Rabbin ashkénaze de Jérusalem Meir Auerbach, le père de
l’hébreu contemporain Eliezer Ben Yehouda ou encore l’ancien Premier ministre
Menahem Begin. Sans oublier les tombeaux du roi Absalon et du prophète
Zacharie, vieux de 3 000 ans.
Malgré les différentes conquêtes et les difficultés opposées par les
envahisseurs, il y a constamment eu des Juifs enterrés sur le mont. En outre, les visiteurs qui depuis des
siècles s’y rendent en pèlerinage restent impressionnés par le splendide
panorama sur tout Jérusalem et notamment la vue sur le Mont
du Temple.
Avec la conquête ottomane, de nombreuses habitations se sont construites par-ci
par-là sur la colline, si bien que peu à peu le Mont des Oliviers a été absorbé dans l’aire
urbaine de Jérusalem. Situé à l’est de la Vieille Ville, le mont a été envahi en 1948 par les armées
jordaniennes.
Malgré la promesse de garantir un libre accès à tous ceux qui souhaiteraient y
prier, les Jordaniens ont constamment interdit l’accès aux Juifs et même aux
non-Juifs ayant la citoyenneté israélienne.
Le cimetière devient alors un dépotoir, les tombes sont profanées par les
soldats et les nouveaux habitants palestiniens qui s’y sont établis. C’est en
1967, dans le sillage de la guerre des Six-Jours, que les armées israéliennes
ont permis la réintégration du mont en tant que partie intégrante de la
capitale.
De nos jours, le Mont des Oliviers est assailli par des milliers de touristes
venus du monde entier. Des hôtels s’y construisent et tout le monde peut y
accéder.
Insécurité et profanations : la difficile réintégration dans la capitale
Plusieurs projets avaient été mis en place par la municipalité, après 1967,
pour faciliter l’installation de Juifs dans les quartiers Est de Jérusalem. Si
bien que cette partie de la capitale compte actuellement environ 200 000
résidents Juifs, concrétisant pour de bon la réunification de Jérusalem en tant
que capitale d’Israël dans son intégralité.
Pourtant, la situation est loin d’être tranquille, et la police enregistre
toutes les semaines de nombreux actes de violence anti-israéliens commis par
les habitants arabes des alentours. Si les touristes sont encore relativement
peu touchés, les habitants juifs de Maalé Hazeitim et ceux venus se recueillir
sur les tombes sont régulièrement pris pour cibles par les résidents arabes des
alentours. Jets de pierres, de bouteilles en verre, de déchets sont des
humiliations courantes. Lorsqu’il ne s’agit pas d’incidents plus graves :
Mi-avril, un terroriste avait été remarqué par la police alors qu’il
s’apprêtait à déposer plusieurs bombes à proximité des maisons habitées par des
Juifs.
Quant au cimetière, les tombes sont régulièrement saccagées et profanées par
les voisins palestiniens. Sans oublier la construction illégale d’une mosquée
en plein sur le terrain du cimetière.
Cette montée en flèche de la violence antijuive finit par avoir des
conséquences sur le développement du quartier : certains taxis vont jusqu’à
refuser de déposer leurs clients de peur d’être la cible de jets de pierres des
Arabes du quartier.
Ainsi, pour se rendre au Mont des Oliviers, la directrice de l’association
“Americans for a Safe Israel” Helen Freedman, explique qu’elle a dû payer 100
shekels pour un trajet de 15 minutes à peine.
Pour réagir à cette situation inquiétante, la municipalité a décidé d’installer
un commissariat de police au sommet du Mont
des Oliviers. Inauguré mi-avril, il accueille 24 officiers de police à
plein-temps. Il s’agit-là d’une sous-unité de la police de Shalem, dont les
quartiers généraux sont situés rue Saladin, dans le secteur de Sheikh Jarrah.
Selon l’inspecteur David Hayon, l’objectif est de permettre aux visiteurs et
aux riverains de signaler immédiatement toute plainte. D’après lui, “la
présence massive de policiers sur le Mont
des Oliviers, associée à une intense activité de patrouille” est censée réduire
drastiquement les incidents violents.
Cette innovation est due en grande partie aux activités de lobbying exercées
par différentes associations de diaspora, souvent établies aux États-Unis.
Particulièrement choqués par la menace omniprésente empêchant d’aller se
recueillir sur les tombes du Mont
des Oliviers, certains Juifs non israéliens s’étaient associés aux efforts
gouvernementaux sur place. Un de leurs principaux partenaires avait été le
député Danny Danon (Likoud), chef du Comité d’Absorption de l’immigration et
des Affaires diasporiques. Venu visiter le commissariat de police début mai, il
a réaffirmé son engagement pour la sécurisation de la zone.
Visiteurs sous haute escorte
Si des progrès ont été réalisés, notamment grâce à
l’installation du commissariat de police et de 122 caméras d’observation aux
endroits stratégiques, le défi à relever est particulièrement difficile, et
requiert toute la fermeté des autorités israéliennes.
En effet, comme l’explique Jeff Daube de la “Zionist Organization of America
(ZOA)”, trop souvent les cameras filment les agresseurs et les profanateurs,
mais ceux-ci ne sont pas toujours arrêtés, pour ne pas déclencher d’incidents
graves. “La police sait très bien qui commet ces délits, mais n’ose pas
procéder à des arrestations systématiques de peur de révoltes populaires de la
part des Palestiniens. Et lorsque les habitants juifs veulent régler l’affaire
eux-mêmes, ce sont eux qui ont des problèmes”.
Pour ceux qui souhaitent se rendre au cimetière, le gouvernement a mobilisé
plusieurs groupes d’escorte.
Michael Marsh, envoyé du ministre du Logement en charge de ce dispositif,
explique : “Tous les jours nos gardes font 60 à 70 trajets chacun pour protéger
les visiteurs se rendant au cimetière”.
Pourtant, Menachem Lubinsky du Comité international pour la préservation de Har
Hazeitim s’indigne : “Il est scandaleux de devoir être escorté par des
policiers dans ma propre ville, pour voir les tombes de ma famille !” Et le
député Danny Danon d’ajouter : “Il faut montrer que ce genre de comportement
n’est absolument plus toléré, et que nous réagirons de façon intransigeante”.
Notamment vis-à-vis des mineurs, qui sont “trop souvent impunis et se croient
invulnérables, risquant une peine de trois mois au grand maximum”, pointe Jeff
Daube.
Ce dernier participe de façon active à l’élaboration d’une loi dont le but
serait, d’une part, de punir les profanations de tous les cimetières (pas uniquement
juifs) et de l’autre, de sanctionner avec une sévérité toute particulière les
agressions commises dans un certain périmètre autour des cimetières.
Enfin, dans la continuité de ce qui a été fait, Jeff Daube estime que le
meilleur moyen de sécuriser la zone est d’y faire venir des habitants juifs et
toujours plus de touristes : “Nous voulons que le quartier [Maalé Hazeitim]
survive et s’épanouisse. Les voyous n’aiment pas les foules, ils partiront donc
ailleurs. Voyez ce qui s’est passé dans l’ancienne Cité de David. Autrefois,
personne n’osait y garer sa voiture, et maintenant c’est un quartier
attrayant”.
Et Danny Danon de confirmer : “Notre défi est d’amener des gens ici, de leur
redonner confiance pour qu’ils n’aient plus peur d’aller sur les tombes. À
partir du moment où il y a des masses de visiteurs, la situation changera en
bien”.
Pour passer des paroles aux actes : la municipalité va débloquer la somme de 20
millions de shekels pour contribuer à sécuriser la zone. Un geste symbolique,
qui prendra effet à l’occasion de Yom Yeroushalayim le 20 mai.