La veuve du coach d’escrime
assassiné aux Jeux olympiques de Munich continue d’espérer. Ce qu’elle souhaite
: voir une minute de silence observée cette année lors des Jeux olympiques de
Londres, pour commémorer les athlètes israéliens assassinés par des
terroristes. Son mari, André Spitzer, avait été pris en otage et tué lors d’un
échange de tirs entre forces de l’ordre allemandes et terroristes palestiniens
à Munich.
Aujourd’hui, Ankie Spitzer aimerait que le Comité international olympique
(CIO) revienne sur sa décision de ne pas mentionner son mari et les 10 autres
victimes israéliennes, lors la cérémonie d’ouverture du 27 juillet, à Londres.
“Cela fait 40 ans que nous demandons au CIO d’honorer la mémoire de nos pères,
maris et fils. Il y a toujours toutes sortes d’excuses boiteuses. Mais Ilana
Romano (veuve de l’haltérophile Yossef Romano) et moi-même, travaillons dur
pour une cérémonie commémorative”. Et d’ajouter : “Nous avons encore jusqu’au
27 juillet !” Les pressions internationales s’intensifient sur le CIO, pour
commémorer les victimes de l’attaque terroriste du groupe Septembre noir.
Israël, l’Australie, la Belgique, le Canada, les Etats-Unis, l’Allemagne,
l’Italie et le Conseil municipal de Londres ont officiellement appelé le CIO à
accepter une minute de silence. Mais ce dernier juge le geste inapproprié. Motif
? La crainte d’une réaction violence de quelques anti- Israéliens, qui
pourraient interpréter une telle minute de silence comme un geste politique, et
justifie le rejet.
Aux JO et au Sénat
En France aussi on peut noter certaines initiatives. Comme celle de
Jonathan Curiel et Michael Marciano, maire adjoint de Massy, qui ont adressé
une lettre au président de la République, François Hollande, pour l’appeler à
prendre position : “‘Une minute donnée pour onze vies volées’ n’est pas,
Monsieur le Président, une requête démesurée pour dire NON à la terreur, NON au
racisme et NON à l’antisémitisme.”
Ensemble, ils sont allés chercher le soutien d’hommes politiques français de tous
bords. Les témoignages sont compilés dans une vidéo disponible sur YouTube.
Parmi les soutiens, celui de Claude Goasguen, député-maire du 16e
arrondissement de Paris, qui, dans une intervention, a appelé le ministère des
Affaires étrangères à se joindre “à cette initiative, car observer une minute
de silence à la mémoire des athlètes israéliens symbolisera un geste
humanitaire et portera le message que la violence et le terrorisme sont incompatibles
avec l’idéal olympique.”
Michal Shahar Chor est la fille de Kehat Shor, l’entraîneur de la sélection
israélienne de tir à l’arc en 1972. Une des victimes assassinées. Michal a
témoigné pour la mobilisation française en faveur “d’une minute de silence pour
11 vies volées”. Elle appelle à la mémoire des athlètes, 40 ans après le drame.
De leur côté, les sénateurs du groupe de l’Union centriste et républicaine et
membres du groupe interparlementaire France-Israël, Vincent Delahaye, Hervé
Marseille et Hervé Maurey, ont également adressé une lettre à Jean-Pierre Plancade,
sénateur de la Haute Garonne et président du groupe France-Israël. Objectif :
obtenir une minute de silence aux Jeux olympiques, mais également au Sénat.
Les deux chambres ont reçu le message. Pour l’heure, Jonathan Curiel et
Michael Marciano sont dans l’attente d’un positionnement officiel du président
français et du gouvernement.
Jusqu’ici, toutes les cérémonies commémoratives s’étaient tenues en marge des
arènes olympiques, à Athènes en 2004 et Beijing en 2008. A l’initiative du seul
Comité olympique israélien. Les femmes des victimes avaient d’ailleurs regretté
que les commémorations aient eu lieu à l’ambassade israélienne d’Athènes,
plutôt qu’au village olympique. “Les assassinés n’étaient pas des touristes
accidentels”.
Elles font également remarquer que des sportifs décédés ont bel et bien reçu
des hommages officiels lors de certaines cérémonies d’ouverture. Et de rappeler
la minute de silence aux Jeux d’Hiver de Vancouver en 2010, en l’honneur du
lugeur géorgien Nodar Kumariatashvili. Mort lors d’un accident d’entraînement.
Ce qui conforte Spitzer dans sa conviction : la position du CIO relève de la
discrimination. “C’est parce que les athlètes venaient d’Israël et étaient
juifs, qu’on ne les honore pas”, affirme-t-elle.