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Casser les stéréotypes

By ANAV SILVERMAN
11/14/2012 16:35
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Ils sont un peu la minorité invisible. Celle passée sous silence par les médias. Pourtant, là-bas, les laïcs représentent un tiers des habitants de la region

Une vie similaire au reste du pays
Une vie similaire au reste du pays Photo: Reuters
On les dépeint souvent comme des fanatiques idéologiques, venus défendre du haut de leur colline leur notion du Grand Israël. Des illuminés pétris d’une spiritualité radicale qui les pousserait à commettre des actes répréhensibles et immoraux. Mais les habitants de Judée-Samarie ne peuvent en rien se réduire à l’image que les médias donnent d’eux.

Première chose à noter, ils sont pour une bonne part, laïcs. La statistique est peu connue, mais pourtant c’est une réalité : un tiers de la population de Judée-Samarie n’est pas pratiquante. Ila Luxembourg, âgée de 29 ans, organisatrice d’excursions pour le Yesha (le comité des communautés juives de Judée-Samarie et de la bande de Gaza), jette le blâme sur les médias : “A cause d’eux, beaucoup de monde pensent que tout Israélien qui vit en Judée-Samarie est un religieux extrémiste. Ce n’est tout simplement pas vrai ! Personne ne se rend compte que des membres de tous les secteurs de la société israélienne - religieux, ultra-orthodoxes et séculaires - vivent en Judée- Samarie. Nous avons ici des hommes et des femmes de droite, de gauche et d’autres qui se situent entre les deux.”

Ce qu’affirme Luxembourg, jeune femme laïque et mère de famille établie à Kfar Adoumim, est incontestable : des centaines de foyers séculaires et des jeunes couples ont fait le choix de vivre en Judée-Samarie. Et ce, pour des raisons diverses : il peut s’agir d’un souci de protéger le pays, ou de motivations politiques, idéologiques, voire économiques.

Pour Itaï et Adar Livneh, deux étudiants de 29 ans inscrits à l’Université hébraïque de Jérusalem, s’installer à Kfar Adoumim était une décision facile. “Nous voulions tous les deux sortir de Jérusalem”, explique Adar. “C’est une belle ville, mais nous recherchions une certaine qualité de vie et Kfar Adoumim nous a attirés par son atmosphère tranquille et sa communauté chaleureuse.”

“Les habitants sont ouverts et personne ne vous juge selon votre milieu d’origine, qu’il soit religieux ou laïc. Vivre dans une communauté mixte, religieuse et séculaire, est assez spécial”, ajoute Itaï, son mari.

Des “colons” d’un autre genre Itaï et Adar sont issus de familles non religieuses et apolitiques.

Adar a grandi à Atlit et Itaï, dans le moshav Kfar Sirkine. “Nous venons avec une perspective non religieuse - mais si nos familles ne respectaient ni Shabbat, ni la cacherout, la tradition juive et l’amour du pays d’Israël ont été des composantes essentielles de notre éducation”, souligne Itaï qui a servi cinq ans dans l’armée.

“Nos amis nous disent : ‘Vous avez déménagé ici parce que c’est bien moins cher’. J’aimerais que ce soit vrai !”, s’exclame Adar. “Nous nous sommes plutôt installés ici parce que cette région est riche d’une histoire fascinante.

J’ai l’impression de vivre dans la Bible. Les récits de la Torah se sont déroulés ici même, dans le désert de Judée - alors on ne peut pas dire que c’est une région quelconque d’Israël.” Guide assermentée, Adar connaît bien l’histoire biblique. Elle pointe du doigt l’horizon et indique la frontière entre les tribus de Juda et de Benjamin, telle qu’elle est décrite dans le livre de Josué.

“En tant que guide, j’amène ici de nombreux groupes d’habitants du Goush Dan”, explique-t-elle, “ils sont persuadés que je vis moi aussi à Tel-Aviv et ne me croient pas quand je leur affirme que je suis, comme ils disent, une ‘colon’.”

Adar et Itaï sont tous deux étudiants en sciences politiques à l’Université de Jérusalem. Itaï étudie aussi les relations internationales et Adar l’histoire d’Israël. Mais tous deux ont surtout une activité en commun à laquelle ils consacrent beaucoup de leur temps : casser le stéréotype attaché aux habitants de Judée-Samarie. Entre les débats politiques et les excursions qu’ils organisent, ils espèrent, selon les mots d’Itaï : “être un trait d’union entre la Judée- Samarie et les laïcs de Jérusalem. En nous présentant, nous voulons leur montrer une Judée-Samarie à laquelle ils puissent s’identifier.”

Une vie similaire au reste du pays Danny Dayan, le chef de file de Yesha, qui a récemment écrit un article pour le New York Times sur la légitimité et la nécessité de peupler la Judée-Samarie, est avec eux de tout coeur : “Nous devons continuer à nous adresser au public séculaire. Alors, lentement, nous aurons un impact et pourrons corriger les stéréotypes perpétués par les médias”, explique-t-il. Dayan, homme d’affaires laïc, a fait son aliya d’Argentine, en 1971. Il vit dans la communauté mixte (religieuse et non-religieuse) de Maalé Shomron, une des 30 localités de Judée-Samarie.

“C’est plus facile de s’opposer à quelqu’un ou même de le discréditer s’il s’agit d’une personne différente de vous, que d’une qui vous ressemble. Les médias de gauche en Israël et à l’étranger ont donné une image complètement fausse des habitants des communautés juives de Judée- Samarie”, affirme Dayan au Jerusalem Post.

“Notre style de vie est très similaire à celui du reste du pays”, corrobore Nathalie Hershkovitz, 50 ans, mère de six enfants, installée dans la communauté séculaire de Barkan. “Nous ne sommes pas des religieux fanatiques, et non, nous ne déracinons pas les oliviers. Il y a des universitaires et des dirigeants de petites entreprises qui vivent dans notre communauté et nos enfants servent dans les unités d’élite de l’armée. Nous sommes des Israéliens tout à fait normaux.”

Barkan est situé dans le sud de la Samarie, à quelque vingt-cinq kilomètres à l’est de Tel-Aviv. Elle fait partie d’une série de localités qui jalonnent l’autoroute de Judée-Samarie. Fondée en 1981 par des Israéliens laïcs des mouvements Beitar et Hérout, elle est adjacente au parc industriel de Barkan qui regroupe 120 entreprises et usines et emploie environ 3 000 Arabes palestiniens de la région.

Religieusement séculaires Nathalie Hershkovitz et son mari Itsik ont quitté la célèbre rue Sheinkin de Tel-Aviv, pour Barkan, voilà quinze ans. “Nous avons choisi d’élever notre famille à Barkan, parce que nous voulions que nos enfants aient une meilleure compréhension d’Israël et saisissent notre droit à habiter sur cette terre. A Barkan, nous étions en mesure de nous offrir une maison plus vaste et la localité reste assez proche de Tel-Aviv pour que mon mari puisse se rendre quotidiennement à son travail.”

“Nous sommes religieusement séculaires”, plaisante Herskovitch. “J’ai grandi à Tel-Aviv dans un foyer Mapaï, c’est-à-dire pas religieux du tout. Nous ne sommes pas venus à Barkan pour que la religion contrôle notre vie, mais parce que nous avons trouvé ici une communauté qui correspond à notre idéologie.”

“Et, ce n’est pas contradictoire, aujourd’hui je respecte la cacherout”, ajoute Nathalie qui décrit avec enthousiasme la synagogue de la communauté. Elle explique : “Chaque vendredi soir, au moment de Shabbat, la synagogue est pleine. Comme il s’agit d’une synagogue orthodoxe, les hommes et les femmes sont séparés, par contre les femmes peuvent venir en jeans et sans avoir la tête couverte. Nous avons tous les offices religieux dont on peut rêver : yéménite, marocain, ashkénaze. Tout dépend de l’origine de l’officiant.”

Hershkovitz défend aussi les communautés religieuses en Samarie, comme celle de Yitzar, souvent à la une des journaux et de manière négative.

“Yitzar est toujours présentée comme une localité extrémiste, du moins dans la presse. Moi je sais que ce sont des gens très bien, qui travaillent la terre et participent aux développements agricoles du pays. Le problème, c’est que l’on ne s’intéresse aux localités de Judée-Samarie qu’en cas de scandales”, poursuit-elle exaspérée.

Pour Nathalie, le problème de la coexistence en Judée- Samarie n’existe pas. “Nous, les habitants ordinaires, nous savons comment vivre ensemble”, insiste-t-elle. “Ce sont les politiciens qui ne savent pas. Pour eux la Judée- Samarie est une zone à part.” 

Ariel, stratégiquement indispensable Ariel, capitale de la Samarie, compte près de 20 000 Israéliens, dont environ 90 % sont séculaires. Avi Zimmerman, le directeur exécutif du Fonds de développement d’Ariel, fait partie des 10 pour cent de religieux.

“Ma famille et moi sommes très bien intégrés”, note cet immigrant originaire du New Jersey, “Ariel est tout aussi progressiste qu’une autre ville : notre trésorier est druze et l’ingénieur de la ville est un Arabe musulman de Kfar Kassim. Nous sommes la capitale de la Samarie et une centaine de nouvelles familles veulent emménager ici”, ajoute-t-il. Zimmerman rappelle qu’Ariel a été établie en 1978 par quarante familles, avec, à leur tête le maire actuel Ron Nachman et l’approbation et le soutien du gouvernement.

Tous étaient motivés par des soucis sécuritaires et stratégiques.

“Les fondateurs d’Ariel savaient qu’Israël avait besoin d’une ligne de frontière plus étendue pour pouvoir se défendre contre les attaques terroristes. Le gouvernement d’Israël a toujours soutenu la localité, parce qu’elle est stratégiquement indispensable.”

De fait, Ariel, située à mi-chemin entre la mer Méditerranée et le Jourdain, fournit une protection à la région côtière. En 2008, le président Shimon Peres, était venu commémorer les 30 ans de la localité, vantant les louanges des membres fondateurs et de Nachman pour leur travail difficile et les résultats obtenus : un niveau éducatif élevé, un exemple d’intégration réussie et des relations amicales avec les voisins arabes.

“L’ignorance sur la Judée-Samarie existe dans tous les secteurs de la société israélienne”, souligne Ila Luxembourg.

“Même les religieux ont des préjugés sur nous. Peu savent qu’on peut habiter en Judée-Samarie et être laïc, pourtant l’amour du pays d’Israël n’est le monopole de personne, il appartient à tous.” ■ Anav Silverman écrit et enseigne à l’école juive Lyada de Jérusalem

Foyers en ligne de mire Contre toute attente, les Israéliens continuent de s’installer dans un Sud pourtant à portée de roquettes palestiniennes Sam Sokol Mais pourquoi diable aller vivre dans le Sud ? La question se pose en visitant ces communes si souvent ciblées par les roquettes et missiles palestiniens. Et pourtant.

Au kibboutz Nir Oz, un matin d’octobre, le jardin d’enfants a été atteint par un obus une heure seulement avant l’arrivée des élèves. A 60 minutes près, la tragédie frappait.

Pourtant, malgré les marques sur les épais murs de béton qui protègent l’école et quelques dommages causés par le missile, les lieux ont été nettoyés et ouverts un peu plus tard dans la journée. Bombes et missiles n’empêchent pas la vie de continuer.

Tout comme à Londres durant le Blitz, les Juifs de l’ouest du Néguev poursuivent leurs vies quotidiennes.

Plus étonnant encore : ils sont de plus en plus nombreux.

Près de 25 000 habitants sont arrivés dans la région depuis 2002, selon le mouvement OR qui facilite l’installation dans le sud du désert. Les membres de ces communautés confirment : les nouveaux arrivants sont à la hausse. Parmi eux : Sin Levi, une mère célibataire débarquée avec son fils de presque 13 ans au kibboutz Kerem Shalom, près de Gaza, en juillet dernier.

Ingénieure informatique dans une start-up, Levi s’adapte petit à petit à sa nouvelle communauté.

Elle est bien sûr peu enthousiaste à l’idée de vivre si près d’un territoire contrôlé par le Hamas. Mais elle apprécie la vie dans la région d’Eshkol. Originaire d’Arad, elle est arrivée à Kerem Shalom après avoir vécu à Kfar Saba parce qu’elle voulait “un environnement kibboutznique” pour son fils. “Je voulais qu’il ait une vie différente de celle qu’on mène en ville. Là-bas, tout est tellement matérialiste et je voulais que son existence soit plus simple, plus proche de la nature”, explique-t-elle. Fondé en 2002, le mouvement OR est destiné à revivifier les implantions moribondes et augmenter la présence juive dans le Néguev. Autrement dit, faire revivre le rêve de David Ben Gourion de voir fleurir le désert. Guivat Bar, une vraie banlieue à l’américaine avec ses mères au foyer et son parc, ou encore Carmit, une communauté qui devrait bientôt voir le jour avec sa nouvelle synagogue et ses ruines byzantines, sont la preuve vivante des projets qui visent à revitaliser les alentours de Beersheva et y attirer de nouveaux habitants. Bien que toujours à portée de roquettes, ces communes sont tout de même moins exposées aux tirs gazaouis que Kerem Shalom ou le kibboutz Nir Itzhak.

Ronit Minaker, porte-parole du Conseil régional d’Eshkol, confirme la croissance. Et si l’usure du danger existe, à sa connaissance “une seule famille seulement est partie” à cause de la situation sécuritaire. “Chaque année, on enregistre de nouveaux résidents”, dit-elle.

Selon elle, en 2010, il y avait 12 777 habitants dans la région. Ils étaient 12 999 en 2011 et 13 545 lors de la dernière rentrée.

Difficile de savoir si ces chiffres ne reflètent pas seulement la croissance naturelle du pays. Mais les témoignages individuels semblent bien attester d’une véritable hausse.

Kerem Shalom : une bonne qualité de vie A Kerem Shalom, situé à l’est du passage frontalier égypto-gazaoui qui porte le même nom, les habitants subissent des assauts depuis des années. En août dernier, des terroristes ont attaqué une base militaire égyptienne et volé un véhicule blindé avant de foncer sur la frontière, puis vers Kerem Shalom, à 70 kilomètres à l’heure.

C’est une frappe aérienne qui les a arrêtés.

A force de voir tomber les obus de mortier et les roquettes, les habitants se sentent presque comme des vétérans de guerre. Mais selon le porte-parole du kibboutz, Amit Caspi, le danger de vivre près de Gaza n’empêche pas les nouveaux arrivants d’emménager.

Minimisant les missiles, il explique : “Il y a des tirs depuis la bande de Gaza, de temps en temps. Mais ce n’est pas notre problème principal ici. On fait avec. En fin de compte, les gens viennent et ce sont en général des citadins qui arrivent du Nord ou du Centre”.

En revanche, rares sont les habitants originaires du Sud qui font le choix de s’installer dans le kibboutz de Kerem Shalom. “Les “nouveaux immigrants” arrivent du Centre et ils viennent ici pour changer de vie”, note-t-il, en écho à d’autres témoignages. “En ville, les gens travaillent très dur et joignent à peine les deux bouts. Ici, c’est plus facile”, continue-t-il. “C’est un endroit plus relaxant”.

Et d’ajouter : “Certains viennent par idéal, mais je n’en mettrai pas ma main à couper. Ils ne s’installent pas ici parce que c’est près de Gaza, mais parce que c’est un yishouv communautaire avec une bonne qualité de vie”.

Une fausse tranquillité ? Amos Hauzi, originaire de Kiryat Gat, vit au kibboutz depuis un peu plus d’un an. Difficile d’expliquer, selon lui, ce qui pousse les gens à faire ce choix. Mais en tout cas, la vie communautaire lui “va bien”. Entre deux attaques, la paix, la tranquillité et le sens de la communauté des lieux, si souvent regrettés dans les grandes villes, semblent surtout motiver les nouveaux arrivants.

Pour Hauzi, nulle morosité au kibboutz : “Quand les missiles tombent, nous allons tous nous abriter et ensuite nous retournons à nos vies. On ne déprime pas pour autant”.

Mais si de nombreux habitants font preuve de la même désinvolture, selon les professionnels de santé, la région voit considérablement augmenter les syndromes de stress post-traumatique, ainsi que d’autres pathologies liées à l’anxiété. Et ceux qui choisissent de vivre dans ces conditions doivent avoir les nerfs solides.

“En dehors des missiles, c’est le paradis”, insiste Yaël Talker, une habitante du kibboutz Reïm, au nord de Kerem Shalom. “Certains d’entre nous retournent à leurs racines”, explique-t-elle en commentant son propre retour dans la région, il y a 10 ans.

“Beaucoup sont nés ici, sont partis pour quelques années après l’armée et reviennent ensuite en se rapprochant de leurs familles”, dit-elle.

Souvent, ils ramènent “conjoint et enfants” avec eux. “Mon mari a grandi dans le centre de Tel-Aviv. En arrivant, il n’avait pas d’attaches ici”. Et que cherchent donc ces nouveaux arrivants ? “Un sens de la communauté et de responsabilité partagés. Le calme, et une bonne éducation pour les enfants.

Une qualité de vie. On trouve tout cela dans le Néguev.”

Même si Yaël admet que “tout le monde ne reste pas, ce n’est pas simple avec le danger”, elle note qu’au cours des 8 dernières années, 10 nouvelles familles ont emménagé dans le kibboutz.

600 000 Juifs dans le désert Mais tout n’est pas aussi rose. Léa Melloul, porteparole du Centre médical Barzilay d’Ashkelon, se montre plus pessimiste. La prévalence du stress posttraumatique dans le Sud fait que “les Israéliens sont en train d’élever une génération d’enfants sans avenir. Personne ne peut comprendre ce que cela fait d’avoir à courir aux abris, parfois 50 à 60 fois par jour. Lorsque je voyage, à New York ou ailleurs, et que j’entends la sirène d’une ambulance, ma première pensée est toujours : “Où trouver un abri ?” Talker note aussi que plusieurs communes de la région ne disposent pas d’abri antibombes et appelle le gouvernement à en construire davantage. Selon la jeune femme, si un jour les roquettes s’arrêtaient de tomber, la croissance de la région serait immédiate et exponentielle.

Quant au Néguev dans son ensemble, le but du mouvement OR est d’y faire emménager 600 000 Juifs d’ici 2020. Reste à savoir combien d’entre eux éliront la région d’Eshkol comme domicile.
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