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Le kibboutz, nouveau modèle de capitalisme ?

By SHLOMO MAITAL
12/18/2012 14:56
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Sdot Yam, un exemple réussi d’une combinaison inédite de capitalisme et de socialisme.

Le kibboutz Sdot Yam
Le kibboutz Sdot Yam Photo: Reuters
En Israël, comme dans le reste du monde, on est d’accord sur le fait que le capitalisme comme système de production et de distribution des richesses est mauvais. Mais par quoi peut-on le remplacer ? Pour paraphraser la fameuse citation de Churchill sur la démocratie : «Le capitalisme est un mauvais système, mais il est le moins mauvais de tous.» The Economist, magazine d’affaires britannique a récemment noté qu’alors que la crise économique frappait tout le monde, les milliardaires, eux (dont la totale richesse s’élève à un ahurissant 26 milliards ou 38 pour cent du PIB mondial) ont vu leur richesse augmenter de 14 pour cent. Et ce, en l’espace d’an seulement. Selon le magazine américain Forbes, on compte en Israël 13 milliardaires – un nombre élevé comparé à la taille du pays. A contrario, en Chine, où la population atteint presque 200 fois celle d’Israël, on en dénombre uniquement 95. Si le capitalisme constitue le partage inégal des richesses et le socialisme, le partage égal de la pauvreté, est-ce qu’un modèle hybride de capitalisme et de socialisme créerait un partage des richesses plus équitable ? Une réponse possible se dessine dans l’endroit le plus inattendu – au kibboutz Sdot Yam, à 42 kilomètres au sud de Haïfa. Récemment, The Marker, quotidien économique israélien, titrait à son propos : «Un kibboutz est prêt à vendre son entreprise de marbre pour la coquette somme de 600 millions». Il est vrai que les membres de la coopérative possèdent 57,8 pour cent des parts de Caesarstone, une compagnie qui fabrique des surfaces de quartz conçues pour les cuisines, salles de bains, sols, escaliers et le revêtement des murs.

Mais le journal s’était trop avancé : les membres du kibboutz n’ont nulle intention de vendre leur compagnie à une firme capitaliste d’investissement. Mais si, toutefois, ils devaient le faire, ils deviendraient tous instantanément millionnaires, puisque les profits seraient divisés équitablement entre eux.

Les déboires du marbre 

On peut s’étonner du fait qu’un kibboutz, modèle même du socialisme, soit arrivé à créer une entreprise cotée sur le marché global à 600 millions de dollars. Certes, il existe des entreprises kibboutziques florissantes, mais elles sont de haute-technologie. Par exemple, LVT Ha-Basahan, du kibboutz Lehavot, fabrique des extincteurs haut-de-gamme pour l’armée. Ou Plasan Sasa, du kibboutz Sasa, spécialisée dans la production de blindage de véhicules.

Mais le cas du kibboutz Sdot Yam est particulier. En ceci qu’il prouve que ses membres, comme les capitalistes, peuvent investir dans une innovation audacieuse et risquée, puis de là, bâtir une richesse à long terme. Surtout, plus capitalistes encore, ils ont su résister à la tentation des profits rapides et à court terme.

Sdot Yam a été fondé en 1936, à la demande pressante de David Ben Gourion. Située au bord de la mer, au nord de Haïfa, la coopérative était soi-disant un kibboutz de pêche.

En fait, elle servait de base à Palyam, l’armée de Mer de la Hagana. Sa mission : faire passer clandestinement des Juifs en Palestine.

C’est ainsi que Yossi Harel, le célèbre commandant de l’Exodus, est enterré au cimétière du kibboutz, qui compte parmi ses autres célébrités, Hana Szenes, héroïne de la Seconde Guerre mondiale. Et parmi ses habitants, le médaillé d’or des Jeux olympiques en planche à voile, Gal Fridman. En 1940, le kibboutz a déménagé à son adresse actuelle, juste au sud de Césarée.

Toutes les décisions majeures du kibboutz sont prises collectivement. C’est ainsi qu’en 1987, les membres ont approuvé un investissement de 8 millions de dollars, sous forme d’emprunt, pour l’achat d’une chaîne de production italienne, dans le but de fabriquer du marbre synthétique. Le résultat a d’abord été désastreux : le marbre, parfaitement adapté au climat italien, se désintégrait sous les températures israéliennes. Le kibboutz a dû se démener pour s’acquitter de ses remboursements, à tel point, dit-on, que l’argent manquait pour se nourrir.

Marge bénéficiaire de 42 % 

Le dirigeant de l’époque, Menashé Harari, décide alors de passer au quartz. Mais en 1992, un miracle se produit avec la découverte par le professeur Moshé Narkis du Technion d’un additif chimique pour fermement fixer ensemble le polyester et le quartz.

Le kibboutz va alors partager cette découverte avec la firme italienne qui lui avait vendu les machines, geste complètement anticapitaliste. Certains pensaient qu’il s’agissait-là d’une énorme erreur, mais la réalité a prouvé, bien au contraire, que l’initiative était lumineuse. Le concept des surfaces synthétiques a été avalisé par la profession et finalement, Caesarstone a tiré profit des ventes. Son concurrent principal, aujourd’hui, n’est autre que Silestone, entreprise mondiale.

Dans un marché où le prix reste la préoccupation principale, les entrepreneurs en bâtiment et les architectes préfèrent le marbre synthétique, bien moins coûteux que le marbre véritable. Et bon nombre de chefs d’entreprises ont compris que, non seulement les produits de remplacement ne sont plus rejetés, mais qu’ils suscitent un intérêt grandissant.

Aujourd’hui, les actions de Caesarstone, sur le marché boursier du Nasdaq, défient le marché mondial, puisqu’en mars dernier, elles s’échangeaient à 11 dollars et que leur cote atteint désormais 15 dollars.

Si les compagnies d’investissement sont intéressées par Caesarstone, c’est parce que son avenir est prometteur. Ses revenus au premier quart de 2012 plafonnent à 29 pour cent de 67,3 millions, grâce, en particulier, à son succès sur le marché américain. En 2012, la compagnie prévoyait des ventes d’un total de 300 millions de dollars, avec des profits bruts d’environ 70 millions de dollars. Sans compter la marge bénéficiaire de 42 pour cent, un taux remarquable pour une entreprise qui n’est pas de haute-technologie.

Les ventes se répartissent entre l’Australie et les Etats-Unis à hauteur de 28 pour cent, Israël avec 14 pour cent et le reste du monde pour les 30 pour cent restants. Yossef Shiran, le directeur actuel, met l’accent sur la promotion de Caesarstone.

Une récente campagne publicitaire diffusée sur la télévision israélienne soulignait que les modèles s’inspiraient droit de la nature, une manière de neutraliser l’image négative du synthétique. Comme les stylistes de mode, la compagnie crée régulièrement de nouveaux designs.

Le kibboutz a, bien entendu, bénéficié du succès remarquable de sa société. L’année dernière, celle-ci lui a versé 12,6 millions, dont 5 millions de salaires pour les 112 employés du kibboutz et 3 millions de loyer locatif.

Maxime Ohana, membre du kibboutz, est président du conseil d’administration. Tene Investment Funds, actionnaire minoritaire, possède 24,7 pour cent des parts de Caesarstone, dont la majorité appartient donc au kibboutz Sdot Yam.

Pas à vendre 

Le secteur dynamique des entreprises israéliennes est caractérisé par des chefs d’entreprises novateurs, qui lancent des compagnies puis les vendent à un prix élevé. En 2007, juste avant la crise économique mondiale, plusieurs des 87 compagnies israéliennes ont été achetées pour un total de 3,79 milliards de dollars. Si l’argent a bel et bien été injecté en Israël, des emplois et des innovations ont été perdus. Les socialistes en savent donc peut-être plus sur le capitalisme à long terme.

Selon le quotidien local Calcalist (l’économiste), le secrétariat du kibboutz a écrit à ses membres, pour contredire l’annonce de la mise en vente de Caesarstone, dont l’initiative semblait venir de Tene Investment Funds et de son directeur Ariel Halperin. Ils avaient autorisé la banque américaine J.P.

Morgan à chercher des investisseurs. La lettre avait été écrite suite à la profonde colère exprimée par des jeunes membres du kibboutz après publication de l’article de presse qui annonçait une vente imminente.

Cet épisode a toutefois montré le grand intérêt des investisseurs, impressionnés par le succès et la croissance de Caesarstone sur le marché américain, où l’immobilier se relève de la crise.

La leçon tirée par les 711 membres du kibboutz : garder le contrôle de leur compagnie. Caesarstone et le kibboutz Sdot Yam démontrent que l’on peut produire de la richesse et la partager également. Et par là, prouvent aussi que des socialistes peuvent battre les capitalistes sur leur propre terrain.

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