La mise en place d’un réseau intelligent pour
contrôler le système électrique permet aux consommateurs d’accéder en temps
réel à leur compte d’électricité.
Il ne s’agit pas là d’un simple progrès technique. Comme l’ordinateur a changé
nos comportements sociaux, ce type de réseau virtuel va modifier nos habitudes
de consommation.
Et, par exemple, permettre une distribution optimale.
De plus, les réseaux virtuels conservent un environnement plus propre,
augmentent l’efficacité énergétique et permettent d’économiser des sommes
importantes.
Mais selon les professionnels de l’industrie, les nouvelles technologies de
l’information et de la communication (NTIC) appliquées au service public sont
une arme à double tranchant. Si elles mettent à disposition des consommateurs
l’accès aux services publics de leur région ou même de leur pays, elles
l’offrent aussi sur un plateau aux pirates de l’informatique.
Début décembre, lors des trois jours de la Cinquième conférence internationale
de l’énergie renouvelable Eilat- Eilot, le sujet portait sur les réseaux
intelligents et les villes intelligentes. L’occasion, pour les experts, de
réfléchir à des solutions pour assurer la sécurité de ces mêmes réseaux.
Per-Olof Granström, secrétaire général d’EDSO (les opérateurs et distributeurs
européens des réseaux intelligents), explique : « Créer des réseaux
intelligents est devenu essentiel pour gérer toutes les énergies renouvelables
en développement dans le monde. Grâce à ces nouvelles technologies,
fournisseurs et consommateurs seront en mesure d’avoir des données et des
stocks qu’ils pourront gérer facilement. Nous avons tellement d’énergie
renouvelable à distribuer qu’il nous faut un outil adéquat pour ce faire. »
Selon lui, ce système commence à se diffuser dans toute l’Europe. Il le décrit
comme un microcosme de réseaux intelligents, où les mesures et dépenses
d’électricité sont communiquées aux consommateurs de manière digitale.
En Inde, où se trouve le quatrième plus grand système d’alimentation électrique
du monde, « les professionnels de l’énergie veulent faire des réseaux
intelligents une mission nationale », a déclaré Kumar Pillai Reji, président de
l’India Smart Grid Forum. Egalement un moyen, selon lui, de tirer parti des
nouvelles technologies pour rendre ce réseau écologique.
Consommation d’énergie en baisse
De même, au niveau mondial, le concept de
réseaux intelligents est devenu un puissant facteur de la politique
environnementale. Non seulement ils vont permettre une augmentation de
l’efficacité énergétique, mais surtout, ils vont créer une multitude de
nouveaux emplois et favoriser la croissance économique de nombreux pays. Une
petite révolution, donc, que n’a pas été sans remarquer Daniel Jammer,
président de la firme Nation-E de stockage d’énergie.
Il a donc choisi de s’associer à la municipalité de Netanya et à Rafael,
entreprise des systèmes de défense avancés.
Jammer offre un système de stockage de l’électricité par l’intermédiaire d’une
pile lithium-ion. Celle-ci permettra aux particuliers de produire de l’énergie
renouvelable, puis de stocker le surplus pour l’utiliser ou le revendre au
réseau.
Pour Jammer, les nouvelles technologies de l’information et de la communication
(NTIC), intégrées dans un grand réseau intelligent, rendraient cette pile de
stockage capable de communiquer avec d’autres piles de ce même réseau pour voir
où et combien d’électricité est nécessaire. Il conclut : « Le monde de
l’énergie est en pleine évolution, nous avons besoin aujourd’hui d’une
technologie très précise pour le conquérir. L’utilisation des énergies
renouvelables va dans ce sens. Le problème c’est que beaucoup de réseaux
électriques ne sont ni efficaces, ni facilement accessibles. Dans de nombreuses
villes, si le système électrique est en panne plus de 24 heures, l’alimentation
en eau risque d’être contaminée et beaucoup d’effets désastreux peuvent en
découler.» Même si l’approche de la gestion des énergies renouvelables en
termes d’efficacité énergétique et de conservation n’est pas encore au point,
les experts, eux, sont optimistes.
De nos jours, si notre économie se développe, nous utilisons moins d’énergie.
Actuellement, la consommation d’électricité est en baisse parce que les
appareils d’aujourd’hui sont moins gloutons en kilowatts. Par exemple, un iPad3
utilise beaucoup moins d’électricité qu’un ordinateur portable, qui, lui, en
dépense beaucoup moins qu’un ordinateur de bureau.
Le plus grand utilisateur d’énergie dans le monde ? Le département d’Etat de la
Défense des Etats-Unis, avec 25 milliards de dollars dépensés annuellement. Or,
les transporteurs de troupes militaires américains commencent à utiliser des
modèles diesel-électriques hybrides. Et le plus gros consommateur en
électricité du monde réclame désormais des appareils éco-énergétiques. Il y a
donc des changements de comportements.
Prévenir les pannes d’électricité
On commence à penser autrement. On veut être
plus efficaces en matière d’énergie et cela passe par une voie écologique.
Cette nouvelle mentalité a un impact sur notre manière de vivre. La suite
logique et l’agrandissement des réseaux intelligents nous mènent aux «villes
intelligentes».
Ces nouvelles cités, où la politique environnementale serait prioritaire,
disposerait d’une infrastructure combinée aux nouvelles technologies de l’information
et de la communication.» En Italie, un certain nombre de cités ont déjà mis en
place des idées : jeter des ponts vers demain. A Milan, une zone abandonnée est
réaménagée comme lieu expérimental pour concrétiser le concept de «ville
intelligente». Udine, elle, a créé une plate-forme virtuelle de communication
avec sa municipalité. De son côté, Florence dispose désormais d’arrêts de bus
interactifs, et à Parme, la nuit, dès qu’un piéton traverse la rue, le passage
zébré s’éclaire.
Quant à Milan, elle se prépare déjà à accueillir l’Expo Milano 2015. En vedette
: la ville numérique intelligente sur les plans de la communication, de la
protection de l’environnement et du développement durable.
Akron, dans l’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis, n’est pas encore une «ville
intelligente», mais selon le maire Donald Plusquellic, qui dirige ses 300 000
résidents depuis 26 ans, elle s’efforce de promouvoir l’efficacité énergétique.
A son actif : une «empreinte verte» pour chaque propriété sous sa juridiction.
Plusquellic renchérit : « Akron continue de chercher de nouveaux types de
technologies pour améliorer encore la conception des villes de l’avenir. On
développe maintenant une technologie de l’eau pour les villes de taille
moyenne, en collaboration avec la ville de Netanya. Nous avons aussi le système
de transport vert le plus populaire de tout l’Etat de l’Ohio. On doit être
intelligent pour être compétitif et pouvoir fournir de meilleurs services aux
citoyens.» Amichai Ben-Horin de la Constellation Energy, basée à New York, gère
les problèmes d’offre et de demande d’énergie.
Il explique qu’une ville intelligente pourra prévenir et éviter les pannes
d’électricité, comme celles qu’a connues New York dans les deux semaines qui
ont suivi l’ouragan Sandy. En raison des coupures de courant, des entreprises,
des centres financiers et quasiment tous les services ont dû fermer pendant
plusieurs jours, et cela a causé des dommages importants.» « Nous sommes tous
familiers avec les pannes forcées, qu’elles soient causées par une tempête de
neige ou par des défaillances du système», a déclaré Horin. «Aujourd’hui, ce
problème peut être évité. Il est indispensable que les consommateurs et les
services publics responsables de l’électricité communiquent de manière plus
constante».
Danger : attaques cybernétiques
Les experts, de leur côté, ont mis le doigt sur
un effet secondaire indésirable : les pirates d’Internet.
Dr Eitan Yudilevich, directeur exécutif de la fondation binationale de la
recherche et du développement industriels (BIRD), un fonds de collaboration
entre le département américain de l’Énergie et le ministère israélien de
l’Energie et de l’Eau, souligne l’existence de nombreuses menaces. Une réalité
d’ailleurs clairement énoncée dans le plan d’action des Départements américains
de sécurité intérieure et de l’énergie.
«Ces attaques cybernétiques ne nuisent pas seulement au monde virtuel, elles
sont aussi dommageables pour les structures physiques. Si les sites Internet
sont déjà la cible de cyber-attaques terroristes, des objectifs plus sérieux et
réels auraient des conséquences beaucoup plus graves», note Yudilevich.
Nimrod Luria, directeur technique chez Q.Rity, ajoute : « Les réseaux
intelligents causeront un risque à domicile.
Aujourd’hui, le réseau électrique est très fermé et donc difficile à pénétrer.
Mais les systèmes numériques intelligents vont rapidement devenir disponibles,
populaires et faciles à utiliser. Certes, tout est conçu pour permettre au
consommateur de gérer sa consommation d’électricité.
L’ennui, c’est que des personnes mal attentionnées peuvent aussi accéder aux
données.» A l’occasion d’une présentation PowerPoint, Luria insiste
particulièrement sur une diapositive. On y voit une liste d’au moins 60 points
d’entrée susceptibles d’être pris pour cibles par des pirates d’un réseau
intelligent. Luria conclut : « Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle
technologie – cela va beaucoup plus loin : c’est une nouvelle économie. Les
pirates en sont avides et vont s’y attaquer. Les cyber-terroristes peuvent
mettre au point des logiciels mauvais pour payer moins cher leur note
d’électricité, et il faudra encore de nombreuses années avant que l’industrie
énergétique mondiale puisse y faire face.» Ilan Barda, directeur général du
groupe TIC RADiFlow, travaille actuellement sur une application pilote de
réseau intelligent pour un service public en Espagne. Sa société met au point
et teste différentes mécanismes d’encodage et de pare-feu. Il décrit les enjeux
techniques des réseaux intelligents : « Grâce à eux, une communication va
s’établir du centre de contrôle au terrain, mais plus encore, il y aura des
interactions entre les usagers. La gestion des communications sera bien plus
compliquée.»
Israël : une île
Youval Shchory, responsable des solutions de sécurité
de Cisco, détaille le fonctionnement du réseau intelligent : « Il contrôle,
construit et affecte chaque élément du réseau et ce, parallèlement au système
d’électricité réel. Comme tous les éléments sont reliés, une simple prise de
courant dans une maison d’habitation est un composant de ce réseau et en tant
que tel, va communiquer directement avec la compagnie d’électricité locale. La
technologie joue un rôle majeur parce qu’il ne s’agit pas uniquement
d’électricité, mais de protocole Internet (IP). C’est un système de
communication, où tous les éléments du réseau dialoguent.
Il ne s’agit pas seulement de données, il y a aussi beaucoup d’argent
disponible virtuellement. Or, on n’a pas affaire à des pirates qui rentrent
dans les réseaux pour le plaisir. Il s’agit de véritables professionnels.»
Pourtant, pour les concepteurs de ces réseaux, le véritable danger n’est pas
là. Ils craignent plutôt le terrorisme par Internet. Boaz Landsberger,
directeur de la sécurité à la compagnie d’électricité israélienne, définit la
situation comme suit : « N’importe qui, que ce soit une organisation
criminelle, des concurrents, ou un pays ennemi, peut avoir un intérêt à
pénétrer dans ce type de réseaux, qui ont des milliards de points d’arrivée et
des informations confidentielles. Les experts doivent continuer à développer
des systèmes de suivi efficaces. Si l’on connaît bien la configuration du
réseau et de ses points d’extrémité en temps normal, on devrait pouvoir repérer
tout écart par rapport à la norme.» Itsik Ben-Israël, directeur du Conseil
national de la recherche et du développement, souligne la situation sensible
d’Israël en ce qui concerne la sécurité. Selon lui, l’Etat hébreu est, dans le
domaine de l’énergie, comme une île isolée.
Les réseaux intelligents lui paraissent plus adéquats pour l’Europe. Là,
dit-il, l’électricité peut traverser les frontières et être partagée par de
nombreux pays limitrophes, qui, grâce à leur voisinage coopératif, sont moins
vulnérables.
«Si nous n’étions pas une île, nous pourrions avoir un réseau intelligent, cela
pourrait augmenter, en quelque sorte, notre immunité, notre capacité de
résistance aux attaques de ce genre. Mais ce n’est pas réaliste dans la
situation actuelle.
Pour le moment, nous devons nous concentrer sur la protection de notre
production d’énergie.»