Quoi qu’il en soit, si les compagnies d’IDB font de l’argent, elles peuvent
payer leurs dettes. Mais si elles n’en font pas, elles ne peuvent les
rembourser. Or, dernièrement, Cellcom, Super-Sol, Clal Insurance ou Nesher
Cement, jusque-là prospères, ont dû faire face à une concurrence de plus en
plus importante et ont réduit leurs profits de manière significative.
Le problème actuel d’IDB est lié à trois décisions fatales que Danker a
lui-même prises. Premièrement, il a acheté de nombreuses valeurs boursières de
la banque du Crédit Suisse global. Au début, on a salué son génie puisque le
prix de l’action est monté de 20 dollars en 2008 à presque 60 en 2009.
Mais depuis, les actions du Crédit Suisse ont plongé de nouveau et sont
retombées à 21 dollars. Le conglomérat de Dankner a donc subi de lourdes
pertes.
Deuxièmement, Dankner s’est associé à Tshuva, autre grand magnat, pour acheter
des terrains à Las Vegas au prix faramineux de 1,24 milliard de dollars. Le
paiement s’est fait grâce à des prêts. Et aujourd’hui, les terrains valent bien
moins que la somme empruntée.
Enfin, en mars 2011, Dankner IDB, par l’intermédiaire de Discount Investments,
a acheté le quotidien Maariv avec un nombre exagéré de 2 000 employés et des
pertes accumulées depuis 2000 d’un montant de 800 millions de shekels. Une
transaction qui a provoqué en 2011 une chute des actions de Discount
Investments de 60 %. En septembre 2012, Maariv a été revendu à l’éditeur Shlomo
Ben-Zvi, mais IDB est encore tenu responsable de ses dettes.
Bien que Maariv l’ait défendu contre les médias de la presse et de la
télévision les plus hostiles, il est clair que Dankner a voulu se faire
plaisir, à un prix fort coûteux. Deux porteurs de bons minoritaires de Discount
Investments ont ainsi poursuivi IDBH et Dankner en justice. Pour eux, acheter
Maariv c’était «manquer de logique du point de vue des affaires et de
l’économie». Comme l’a noté Stella Korin- Lieber, «Dankner n’a pas prêté
attention aux changements qui se passaient dans le monde des affaires. Très
arrogant, il avait la conviction que ‘tout irait bien’».
Nul ne sait comment le conflit entre Dankner et ses créanciers se résoudra.
L’homme semble miser sur le temps, il espère que son investissement
s’améliorera pour générer des liquidités qui lui permettront de s’acquitter de
ses dettes.
Mais justement, comme le temps presse et que l’échéance se rapproche, il se
pourrait que d’ici peu, Dankner ne soit plus un magnat.
Alors, quelle est la morale de l’histoire ? Ou à qui la faute ? Il y a assez de
reproches à distribuer pour tout le monde.
Dankner, lui-même, a commis de terribles erreurs. De son côté, le conseil
d’administration d’IDBH ne l’a pas assez contrôlé. Les régulateurs de la Banque
d’Israël, eux, ont été laxistes. Sans compter la négligence des banques et des
fonds de pension qui lui ont prêté de l’argent sans précaution.
Enfin, nous, citoyens ordinaires, sommes certainement à blâmer. Il faut ne nous
en prendre qu’à nous-mêmes et à notre passivité. Nous n’avons pas exigé
l’interdiction de ce genre de pyramides financières qui ont permis à la petite
compagnie de Dankner, Genden Holdings, de contrôler une grande part de
l’économie israélienne. Nous avons permis à ces hommes d’affaires d’emprunter
de manière irresponsable de grandes sommes. Nous méritons donc d’être dans le
pétrin où les magnats nous ont entraînés.
Un groupe de protestation sociale appelé Israël Yekara Lanou (Israël nous est
cher) a ainsi déclaré : «Les banques ont profité des milliards de dollars que
nous, citoyens israéliens, avons déposé pour fournir des prêts aux magnats afin
qu’ils puissent monopoliser le marché. Puis, ceux-ci ont augmenté le prix de
leurs produits pour rembourser leurs dettes.» Il y a du vrai là-dedans.
Notre seule consolation, bien qu’elle soit modeste, est que la récession
globale qui a maintenant un impact sur Israël et frappe tout le monde pourrait
réduire l’énorme puissance économique exercée par les magnats.