Le centre est situé près de l’école élémentaire Orot, à la frontière du
quartier de Ramat Beit Shemesh Bet. C’est précisément là, il y a un an
exactement, que les haredim ont harcelé des petites filles qui se rendaient à
l’école.
Le centre est le projet de Shaalei Torah, un réseau religieux sioniste, établi
en 1988, et qui a pour but d’apporter «un changement réel et à long terme dans
les zones périphériques israéliennes.» Les écoles Orot à Beit Shemesh sont
d’ailleurs sous l’autorité de Shaalei Torah.
Une revendication violente
Enfin, un fait ironique consolide encore la foi de
la communauté nationale religieuse : le harcèlement et le vandalisme des
haredim étaient en partie motivés par la revendication, pour leur propre réseau
scolaire, d’un bâtiment municipal.
L’édifice, qui abritera le nouveau centre éducatif et culturel, n’appartient
toutefois pas à la ville. Jordan Klein, porte-parole du réseau, souligne qu’«
il appartient et restera la propriété de Shaalei Torah, nous voulons qu’il soit
le centre de la communauté nationale-religieuse, de façon à ce qu’elle soit
définitivement établie ici ». La municipalité s’est donc contentée d’autoriser
la construction. Rabbi Rahamim Nissimi, directeur exécutif de Shaalei Torah,
confirme les propos de Klein : « Nous avons réussi à stopper ce mouvement
hostile des haredim. D’ailleurs, ils ne construisent plus dans les environs, ni
maisons, ni centres commerciaux, ni entreprises. Notre communauté se sent plus
rassurée sur son avenir. » Klein rappelle l’atmosphère de l’année précédente :
« Notre communauté était inquiète que la ville ne devienne haredie et que la
communauté nationale-religieuse ait à partir. » Plutôt que de rester passive,
elle a décidé de défendre ses droits et ceux des autres résidents non haredim
de la région, puisqu’une partie de la population est laïque. A la suite de ces
manifestations, le calme est revenu et les filles de l’école élémentaire sont
allées à l’école sans se faire insulter ou menacer.
Deux fillettes réhabilitées
Selon Klein, les communautés séculaires et
nationales-religieuses « ont géré le conflit de manière très raisonnable. Les
manifestants n’ont pas appelé à la vengeance, mais à la paix et au respect, et
nous avons finalement atteint cet objectif. La communauté haredie semble avoir
compris que ses actions desservaient leur communauté. » Klein reconnaît que les
responsables sont des extrémistes minoritaires dans la population haredie. « Je
ne suis pas au courant de ce qui se passe à l’intérieur de cette communauté »,
concède-t-elle, « mais le conflit est passé. Depuis les choses se sont calmées,
chacune des communautés a trouvé une manière de cohabiter dans le respect et la
tolérance ».
Selon la documentation de Shaalei Torah, « le projet sera le centre de la
communauté nationale-religieuse de Beit Shemesh et un espoir pour la jeune
population défavorisée des quartiers avoisinants. » Le centre s’adressera non
seulement aux 900 élèves approximativement qui vont aux écoles élémentaires
Orot – une pour garçons et une pour filles – mais aussi à ceux des autres
écoles et de différents milieux. Parmi les installations du centre : un
gymnase, un hall, un centre pour les tests d’éducation, les cours de rattrapage
et les services d’assistance. Le hall sera utilisé pour les cérémonies, les
offices religieux, les événements communautaires et les spectacles.
Dror, le centre « liberté »
Il sera dédicacé à Rikki et Raheli Menora,
anciennes élèves du lycée de jeunes filles de Shaalei Torah, qui, le 13 juillet
2010, sont mortes, ainsi que leur grand-père et leur cousin, dans un accident
d’avion. La mère des deux jeunes filles, Sima Menora, a créé en leur mémoire la
fondation Dror, qui signifie en hébreu : « liberté » et est l’acronyme de «
Derekh Rikki VeRaheli », la voie de Rikki et Raheli. La fondation a pour but «
d’encourager l’initiative et le pouvoir des femmes ». Le centre fournira des
évaluations, des cours particuliers et de rattrapage, une aide éducative et des
thérapies - aux filles comme aux garçons, ainsi qu’aux nouveaux immigrants.
Klein rappelle que l’une des soeurs, Menora, avait d’ailleurs bénéficié avec
succès d’une évaluation scolaire et d’un soutien scolaire.
Selon Nissimi, le projet est en cours de réalisation depuis au moins trois ans
et le maire, Moshé Aboutboul, le soutient avec ferveur. Les plans
architecturaux sont maintenant « complets et prêts à être exécutés », conclut
Klein.
Selon de nombreux résidents, il manque aussi à Beit Shemesh un programme de
loisirs pour les adolescents et jeunes adultes.
Nombreux sont ceux qui vont jusqu’à Modiin ou Jérusalem parce qu’il n’y a rien
dans leur propre ville. Klein envisage donc d’utiliser le nouveau centre dans
ce but.
« Si nous recevons des fonds, nous serions contents d’ouvrir le centre six
jours sur sept. Nous sommes tout à fait prêts à répondre aux besoins de la
communauté.
Nous voulons travailler de concert avec les donateurs pour mettre en place des
projets que la communauté désire. »