Après une longue et difficile lutte contre le
cancer, Ron Nachman a trouvé la mort vendredi à l’âge de 70 ans. Son
enterrement a eu lieu à 15 heures dimanche 20 janvier, à Ariel, la ville qu’il
a fondée, fruit de ses rêves, depuis que, au printemps de 1978, il avait
installé deux tentes sur une colline rocailleuse de Samarie.
Dans les années 1990, Nachman avait abandonné sa carrière à l’hémicycle pour se
consacrer à Ariel, une nouvelle loi interdisant aux politiciens de concilier
les sphères municipales et parlementaires. Les dernières années de sa vie, il
prenait à coeur son rôle de maire. Allongé sur son lit d’hôpital, une
intraveineuse dans le bras lui injectant sa chimiothérapie, il répondait
toujours aux questions des journalistes par téléphone. Le Premier ministre
Binyamin Netanyahou, s’est attristé de la mort de Nachman : « Aujourd’hui j’ai
perdu un ami cher. Ron était un grand patriote sioniste. Je l’ai beaucoup aimé.
Il a établi la ville d’Ariel selon ses préceptes et s’est employé à la
renaissance des Juifs sur leur terre en construisant une ville florissante en
Samarie. Jusqu’au dernier moment, il a oeuvré au renforcement et au
développement de l’implantation. Récemment encore, nous parlions de la
reconnaissance de l’université d’Ariel et il était passionné par ce nouveau
défi qu’il avait réussi à accomplir. »
L’ascension d’Ariel
Pour Nachman, son
dévouement à Ariel et à l’Etat d’Israël était une forme d’héritage familial. Il
était issu d’une famille de fondateurs de Ness Ziona, où son père était
députémaire.
« Ce fut un privilège de suivre les traces de mes aînés, et de créer une ville
en Israël, nommée Ariel », avait-il ainsi déclaré à l’occasion de son 70e
anniversaire, l’an dernier.
Dans une vidéo diffusée par le conseil municipal de la ville, il se rappelait
avoir répondu à un appel de Moshé Dayan, au début des années 1970, qui voulait
alors peupler la région : « Quand le ministre de la Défense Moshé Dayan a
proposé deux idéaux aux jeunes du pays : celui des implantations et celui de la
sécurité, moi et deux autres hommes, sommes partis à la recherche d’une unité
d’implantation. Je l’ai appelée “Tel-Aviv”, car nous étions alors connectés à
la ville », expliquait-il.
Puis de poursuivre avec nostalgie : « Ariel et Lilly Sharon ont alors fait leur
apparition pour nous annoncer que les Américains nous avaient donné le “feu
vert” afin de créer 6 avant-postes. Sharon avait tapé du poing sur la table et
crié “Allez-y en uniforme, en civil, nus s’il le faut, mais allez-y !” ».
Aux premières élections municipales de l’implantation, en 1985, Nachman est élu
à la tête du conseil. Ce qui lui permettra d’ailleurs de faire son entrée à la
13e Knesset sur les listes du Likoud, où il fait partie de ceux qui s’opposent
aux accords d’Oslo. « Cela n’apportera qu’un bain de sang, et jamais la paix »,
avait-il ainsi déclaré au Premier ministre de l’époque, Itzhak Rabin.
En 1998, quand Ariel obtient le statut de ville, il en devient maire. Un poste
qu’il occupera jusqu’à sa mort. Sous sa direction, la cité forte de 20 000
résidents laïcs et religieux, va absorber plus de 9 000 immigrants d’Union
soviétique après la chute de l’URSS. Au cours de la dernière décennie, la ville
devient également le siège d’un centre culturel, d’un complexe sportif et d’une
université accréditée.
Même s’il est toujours resté un membre actif et convaincu au sein de son parti,
Nachman s’est à plusieurs reprises porté en faux contre les politiques du
Likoud, comme le retrait de Gaza en 2005, ou le moratoire de 10 mois sur les
constructions en Judée-Samarie en 2010. Alors que les hommes politiques, toutes
tendances confondues, sont souvent venus solliciter le soutien d’Ariel, la cité
a obtenu moins de permis de construction que les 3 autres grandes villes de
Judée-Samarie comme Modiin Illit, Betar Illit et Maalé Adoumim.
Nachman était impartial et manquait parfois de diplomatie envers ceux qui se
prononçaient pour un retrait israélien d’Ariel.
Une lutte pour la vie
Son cancer est diagnostiqué pour la première fois en
2009.
Au départ, le traitement semble fonctionner. Mais la maladie refait son
apparition plus tard. « J’ai su que le cancer était de retour en 2010, lors
d’un voyage à l’étranger pour récolter des fonds pour Ariel. Dans ma salle de
bain, j’ai découvert une tache de sang », révélait-il au cours d’une interview
accordée à la première chaîne de télévision Aroutz 1. « J’avais eu un an de
répit. Mais le mal était revenu, pire encore que la première fois. » Le
ministre de la Défense Ehoud Barak a rapporté à son sujet : « Ron Nachman était
un leader, une figure charismatique et un ami, qui fonda Ariel presque à partir
de rien. ». Tzipi Livni a également rendu hommage au maire d’Ariel : « Il a
mené un combat qui donne de l’espoir contre une maladie terrible, exactement de
la même manière qu’il s’est battu pour ses idéaux en politique toute sa vie.
Nos avis étaient divergents sur de nombreux points, mais j’ai su apprécier sa
détermination et sa ténacité »