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Les femmes comptent !

By JUDITH CANTOR
01/21/2013 13:00
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Le vote des femmes a constitué un des grands enjeux de la campagne électorale actuelle.

Livni speaks in Jerusalem
Livni speaks in Jerusalem Photo: REUTERS/Baz Ratner
Fin décembre, des centaines de femmes et quelques hommes se sont rassemblés dans un auditorium de Tel-Aviv, pour écouter les chefs des principaux partis politiques professer solennellement leur engagement pour l’égalité des hommes et des femmes.

Quand Shaul Mofaz, dirigeant du parti Kadima, ancien vice- Premier ministre et ancien chef militaire, a noté que des femmes sont à la tête de trois grands partis, l’audience l’a interrompu en clamant : « Nous voulons aussi une Première ministre », en prenant soin, pour appuyer leur propos, de bien mettre le terme au féminin.

« Dans ces élections, les femmes comptent », affirmait ainsi Oshrat Markowitz, 25 ans, étudiante à l’université de Tel-Aviv. Pour preuve : le fait que presque tous les partis principaux aient envoyé leurs meilleurs candidats pour ce débat organisé par le Réseau des femmes israéliennes, l’une des principales organisations féministes en Israël. Et il était temps, puisque, selon cette étude internationale publiée en octobre 2012, Israël occupe la soixante-dixième place quant aux nombre de femmes dans le service public – évidemment bien loin derrière l’Australie, le Canada et la Suède, mais aussi derrière des pays « sous-développés » comme le Sénégal, le Mozambique ou l’Équateur.

Réveil tardif ou signe des temps, tous les partis, sauf bien entendu, les ultra-orthodoxes, rivalisent pour prouver qu’ils incluent des femmes dans leurs listes. A Meretz, la moitié des places, susceptibles d’obtenir des mandats, sont tenues par des femmes ; au sein de Yesh Atid, dirigé par Yair Lapid, la gent féminine totalise 40 % des rangs du nouveau parti ; suivi de 30 % au parti Avoda et d’à peu près 20 % au Likoud- Beitenu.

Trois des principaux partis politiques ont à leur tête des femmes : Shelly Yachimovich pour la formation travailliste, Tzipi Livni pour Hatenouah, et Zahava Galon pour Meretz.

Enfin, le parti juif-arabe Da’am, nouveau et peu connu, est dirigé par une femme charismatique Asma Agbaria Zahalka.

Autre caractéristique intéressante dans la composition des listes de cette année : pour la première fois, il y a relativement peu de militaires à des positions éligibles.

Parler au féminin 

D’autres signes sont révélateurs d’un changement d’attitude des partis par rapport aux femmes. Selon les médias, le très décoré et reconnu Général de réserve, Ouri Sagi, a été forcé de retirer sa candidature de la liste travailliste, en raison d’une plainte pour harcèlement sexuel déposée par une subordonnée, des années auparavant.

Une coalition de femmes a, de son côté, interpellé le comité central des élections pour disqualifier les partis ultraorthodoxes, dont Yaadout haTorah et Shas, pour bannir les femmes de leurs listes. Le comité n’a pas reçu leur plainte, mais celle-ci a retenu l’attention des médias. Les ultraorthodoxes ont ainsi été poussés dans leurs retranchements sur la question du respect et de la valeur qu’ils accordent au sexe dit faible.

Un groupe de femmes, définies comme ultra-orthodoxes, ont ouvert une page de Facebook, où elles expliquent qu’interdire aux femmes de jouer un rôle actif et public dans la politique est une fausse interprétation des textes, par laquelle les hommes cherchent uniquement à garder le pouvoir. Elles demandent donc aux femmes ultra-orthodoxes de ne pas voter pour ces partis. On peut lire sur leur page : « Quand il s’agit de sortir de la maison pour travailler et permettre à nos maris d’étudier la Torah, les hommes n’ont rien à redire sur la modestie. Mais s’il s’agit d’avoir un rôle politique, ils s’insurgent contre. » De l’autre côté de l’éventail politique, Merav Michali, féministe déclarée, numéro 3 de la liste du parti travailliste, a délibérément provoqué une audience mixte en employant le genre féminin pour s’adresser à eux.

Enfin, parmi les personnalités politiques de cette campagne électorale, deux femmes tiennent la une des journaux : Miri Regev, numéro 21 sur la liste du Likoud-Israël Beitenou et Haneen Zoabi, du parti arabe de gauche, Balad.

Solidaires et partenaires

Ce soudain réveil de la question de la gent féminine dans le monde politique ne vient pas par hasard. Ces dernières années, les actions contre les femmes et leur place dans la société se sont multipliées : de la ségrégation dans les autobus à l’augmentation des plaintes en rapport avec leur façon de s’habiller, en passant par la suppression des images féminines sur les espaces d’affichage et de publicité par peur des menaces ultra-orthodoxes, jusqu’aux assassinats de filles, de soeurs ou d’épouses au nom de «l’honneur des familles». Finalement la coupe était pleine et les femmes demandent que leurs voix soient désormais entendues.

D’autre part, l’accroissement des ONG féministes a aussi joué un rôle dans ce nouvel agenda des partis politiques.

D’ailleurs, la soudaine proéminence des femmes et des problématiques liées à ce secteur dans ces élections sont à mettre sur le compte d’une stratégie et d’un effort de regroupement de la gent féminine, soutenu par des fonds américains.

Dans un effort sans précédent, treize fondations américaines de femmes juives ont collaboré avec trois fonds israéliens pour mettre en place et soutenir financièrement un partenariat entre sept organisations de femmes israéliennes.

Ce n’est pas la première fois que des organisations féministes israéliennes forment des alliances. Récemment, certaines avaient mené ensemble une campagne réussie pour revoir à la hausse l’âge de la retraite pour les femmes.

Mais cette fois-ci, on parle d’un projet à long terme et non d’un combat au coup par coup. Car ce fonds collectif international des femmes juives a distribué une somme de 150 000 dollars à Itach-Maaki. Objectif : « amener les femmes au devant de la scène» et promouvoir un véritable partenariat féministe ». Nom du projet : « Shoutafot » (partenaires – au féminin). Il s’agit d’un effort coopératif et à long-terme de huit organisations féministes israéliennes.

16 principes de justice et d’égalité 

Dorit Abramovith, coordinatrice de Shoutafot, explique : « Nous sommes un groupe composé de diverses organisations et ne sommes pas tous d’accord sur tout. Mais une chose fondamentale nous rassemble. La question des femmes. Chaque groupe oeuvre dans son domaine et avec son expertise : légale, économique, sociale et autres pour créer ensemble un combat efficace à tous les niveaux, des votes individuels aux programmes des partis. » La bourse a été accordée juste avant que les élections ne soient annoncées et le groupe a immédiatement saisi l’occasion. En quelques semaines, Shoutafot a publié 16 principes sur l’égalité et la justice sociale pour les femmes.

Et déclaré : « L’avancement pour la justice et l’égalité économique et professionnelle entre les hommes et les femmes est à la base d’un nouvel ordre public. Les droits, la dignité et la sécurité des femmes, qui constituent, ne l’oublions pas, 52 % de la population en Israël, sont un point essentiel et incontournable de la politique, de la législation et du budget. » Quelques unes des demandes sont liées spécifiquement aux femmes, comme l’égalité salariale et l’application d’une législation contre le harcèlement sexuel. D’autres révèlent une vision d’une société plus juste, comme la demande d’une opportunité égale dans l’emploi sans discrimination, l’établissement d’un fonds de retraite pour tous et l’augmentation du salaire minimum.

Comme déclare Abramovitch : « Il ne s’agit plus d’être féministe à tous crins. Les temps ont changé et, du coup, notre vision et nos objectifs se sont modifiés. Plutôt que de réclamer à tout prix une égalité formelle et représentative, nous luttons désormais pour que l’égalité entre les hommes et les femmes soit une question évidente pour la société dans son entier. » Le but est désormais d’intégrer le concept d’égalité entre les sexes et en particulier les droits des femmes dans tous les agendas, dans la politique, comme dans les pratiques des gouvernements et des ONG. Une idée émise il y a déjà presque huit ans, en 1995, à la quatrième conférence des Nations unies sur les femmes à Beijing.

Shoutafot a réussi, grâce aux médias et à l’utilisation des réseaux sociaux, à diffuser largement ces principes et à attirer l’attention. Si aucun des partis ne les a adoptés intégralement dans son programme, la plupart se sont du moins engagés pour l’égalité des salaires et le renforcement des mesures légales contre le harcèlement sexuel.

Shoutafot évite surtout toute position susceptible d’être interprétée comme partisane. « La division classique entre gauche et droite est devenue moins pertinente pour les femmes », souligne Abramovitch. « Lorsque, par exemple, nous faisons campagne contre l’augmentation de l’âge de la retraite pour les femmes, nous travaillons avec des membres de la Knesset, de droite, comme de gauche. » Les partis arabes sont aussi concernés par ces principes.

Kwala Rihani, directrice de la Responsabilisation économique des femmes, une organisation membre de Shoutafot, déclare : « Nous avons clairement dit aux partis arabes que s’ils n’incluent pas des femmes dans leurs listes et les problématiques concernant l’égalité des sexes dans leur programme, on ne votera tout simplement pas pour eux. » «Ces élections sont juste un début », précise Keren Shemesh Perlmutter, directrice de Itach-Maaki. « Nous insistons sur l’inscription des questions de l’égalité des sexes dans les préoccupations de la société, pour que la question des femmes ne soit plus ignorée. Les décideurs doivent prendre en compte l’égalité hommes-femmes dans leur politique et en faire une de leurs priorités. Bien entendu, il se peut que quelques politiciens prétendent juste adhérer à notre vision, mais les promesses d’aujourd’hui seront les politiques de demain. » Abramovitch fait remonter cette liste de principes aux manifestions de l’été 2011. Elle les voit comme une continuation du changement social réclamé alors. « Certes la forme des protestations a changé », note-t-elle, « mais les objectifs ne sont certainement pas morts, nous les avons transformé en campagnes stratégiques. »

 Les femmes votent-elles à gauche ou à droite ?

 On peut se demander si, comme dans d’autres pays occidentaux, cette différence hommes-femmes sur la conception de la politique et du vote existe aussi en Israël. La réponse n’est pas claire. Ailleurs, les femmes ont tendance à être plus libérales.

Par exemple, dans les dernières élections américaines, 20 % de plus de femmes ont voté pour Barack Obama. En Israël, s’il y a une différence, elle est plutôt se situe de l’autre côté de l’échiquier politique : selon des données sur les élections de 2009, 58 % des électeurs de droite sont des femmes pour 42 % d’hommes.

Toutefois, de récentes recherches suggèrent que cela pourrait changer. Selon Naomi Hazan, députée porte-parole à la Knesset et directrice de l’Ecole du gouvernement et de la société au collège académique de Tel-Aviv Yaffo : « Aussi longtemps qu’il y aura des rôles traditionnels, les femmes auront tendance à voter pour les partis traditionnels. Mais si les femmes commencent à défier le système, on peut s’attendre à des changements dans leurs valeurs politiques. Aujourd’hui, elles se sentent plus concernées par les problèmes d’économie et de justice sociale, comme le chômage, les fossés sociaux et éducatifs et le dysfonctionnement du système de santé.

Les partis qui répondront à ces défis gagneront leur vote.

De plus, et contrairement aux stéréotypes, il s’avère qu’en ce qui concerne les choix de vote, les femmes sont moins émotionnelles et plus soucieuses des problèmes réels que les hommes. Elles se préoccupent plus des questions pratiques, mêmes dans des domaines autres que ceux qui les concernent en premier chef. En gros, pour les femmes, la vie quotidienne est plus importante que la rhétorique sur la menace iranienne. » Shari Eshet, directrice du bureau israélien du conseil national des femmes juives, un des participants du fonds international des femmes juives et contributeur de Shoutafot le confirme : « Je pense que ce sont les premières élections où les électeurs – les hommes et spécialement les femmes – font particulièrement attention aux questions sociales.

On ne saura qu’après les élections si le vote des femmes a été décisif, comme il l’a été aux Etats-Unis dans le vote contre les républicains. Mais je pense qu’il y a un début de changement. « Hanna Herzog, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’université de Tel-Aviv, et directrice académique des forums de la société civile à l’institut Van Leer de Jérusalem semble le confirmer. Elle rappelle un épisode des élections de 2009.

A l’époque, un sondage de la chaîne 10, effectué juste un mois avant les élections, avait montré que les femmes constituaient la majorité des 20 % d’électeurs encore indécis.

Mais quand les candidats rivaux ont commencé à mépriser Tzipi Livni, alors candidate pour le parti Kadima, les femmes ont répondu (comme un seul homme !) : « Ces tentatives de dénigrer Livni comme candidate au poste de Premier ministre uniquement parce qu’elle est une femme ont, d’une certaine mesure, orienté la campagne vers la guerre des sexes. Et Livni a remporté la majorité du vote des femmes avec 7 % de plus que Netanyahou. Cela reste vrai aujourd’hui : quand les femmes ne savent pas qui choisir, c’est tout compte fait, le sexe du candidat qui emporte leur voix. »
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