Attribué à Israël, le raid mené
mercredi 30 janvier en Syrie fait couler énormément d’encre. Soumise à la
censure militaire, la presse israélienne a les mains liées et se voit obligée
d’en référer uniquement à ses confrères étrangers, tandis que des informations
contradictoires au sujet de la frappe se sont succédé.
Les médias américains se sont fait l’écho d’une confirmation du raid par
certains officiels de Washington. Selon le New York Times et le Washington
Post, c’est bien Israël qui aurait mené l’attaque aérienne en Syrie, avec, pour
cible un convoi syrien de camions transportant des armes. Plus exactement, des
missiles antiaériens SA-17 et leurs lanceurs. Des munitions de facture russe
qui aurait été transportées en direction du Liban, afin d’être confiées au
Hezbollah, organisation islamiste alliée de la Syrie et de l’Iran et ennemie
jurée de l’Etat hébreu.
Damas, qui a d’abord nié l’existence de la frappe, a ensuite affirmé que la
cible était un centre de recherche scientifique.
Mais, selon un haut gradé américain, les dommages causés à cette infrastructure
sont en réalité un dommage collatéral, alors que le raid était focalisé sur les
armes biologiques et chimiques. Les dommages auraient donc été causés par « les
bombes qui visaient les véhicules », et « les explosions secondaires des
missiles ». Le Washington Post confirme également ces propos en citant une
autre source militaire américaine qui fait état « d’un dommage collatéral
mineur sur un centre de recherche scientifique à proximité ».
Sous couvert d’anonymat, cette même source justifie les craintes du
gouvernement israélien au sujet de cet arsenal biochimique en affirmant qu’il
aurait pu se retrouver entre « de mauvaises mains ».
Réactions
Dimanche 3 février, le président syrien Bashar el-Assad a luimême
accusé l’Etat hébreu de vouloir déstabiliser la Syrie en attaquant une de ses
infrastructures à l’extérieur de Damas et prévenu que son pays pourrait «
répliquer aux menaces… et aux agressions », selon l’agence de presse officielle
syrienne SANA. Sous le coup d’une guerre civile qui fait rage depuis presque 2
ans, la probabilité que le régime syrien ne réplique à la frappe est très
faible. Ce qui n’empêche pas l’Iran de menacer Jérusalem de violentes
représailles qui « plongeraient Israël dans le coma ».
Le Premier ministre turc Recep Erdogan a pris le relais pour affirmer que «
ceux qui pardonnent à l’Etat hébreu comme à un enfant gâté devraient savoir que
l’Histoire ne lui pardonnera pas ».
Côté israélien, la classe dirigeante est restée muette. Le ministre de la
Défense sortant Ehoud Barak a néanmoins laissé transparaître l’implication
d’Israël, alors qu’il se trouvait en Allemagne pour la Conférence de Munich sur
la sécurité, samedi 2 février. « Je ne peux rien vous dire de plus que ce que
vous avez lu dans les journaux », a-t-il répondu à la presse qui
l’interrogeait. « Mais je répéterais avec plaisir ce que j’ai déjà dit, et
c’est la preuve que lorsque nous disons quelque chose, ce ne sont pas des
paroles en l’air : nous ne pensons pas que la Syrie devrait être autorisée à
transporter des armes sophistiquées au Liban, et au Hezbollah ».
Le ministre a également ajouté que le Hezbollah et les Iraniens étaient
désormais les seuls alliés du président syrien et que la chute imminente de ce
dernier porterait un coup fatal aux deux premiers.
L’Iran : source de tous les maux
Lutter contre les menaces qui se développent avant qu’elles aient un impact sur
la sécurité du pays. C’est ce que doit faire Israël selon le général de
division Amir Eshel, présent à la 8e conférence annuelle internationale Ilan
Ramon sur l’Espace, organisé par l’Institut Fisher pour les études stratégiques
aérospatiales. Pour ce haut gradé, « la plupart des armes qui arrivent jusque
vers nos frontières proviennent d’Iran, bien que ce soit par différentes voies
».
De la Syrie, Eshel a déclaré qu’elle « tombait en morceaux ».
« Aujourd’hui, personne ne sait ce qui arrivera. Or ces bouleversements ont
lieu sur un territoire qui possède un vaste arsenal d’armes, dont certaines
sont modernes et sophistiquées et d’autres sont non conventionnelles », a-til
rappelé avant de continuer : « Tout cela se passe à nos frontières. C’est un
très grand défi pour nous. De façon générale, nous gérons un vaste spectre
d’ennemis et de menaces qui vont du plus classique au moins conventionnel, du
couteau au nucléaire. Ce sont des armes très variées, occidentales et
orientales, et dont certaines sont produites localement », a précisé le
commandant.
« Le printemps est une saison qui n’existe pas dans notre région et le «
printemps arabe » est un terme qui ne correspond certainement pas à notre
réalité. Certains changements existent clairement, à commencer par l’absence de
souveraineté de certaines Etats régionaux, ce qui ouvre la voie aux activités
terroristes. Des frontières, jadis calmes, sont affectées. Des Etats
s’effondrent ».
Dans le contexte actuel, a encore affirmé Eshel, les fronts israéliens, y
compris le front intérieur civil, sont sous la menace de missiles sol-sol, de
roquettes, de missiles de croisière et de drones.
Et le militaire de décrire l’espace comme une arène à la « profondeur
stratégique », où « s’exprime clairement la supériorité technologique d’Israël
qui doit être sauvegardée. Notre capacité dans l’espace est centrale en termes
de dissuasion. Elle nous permet d’agir à plusieurs niveaux, de manière continue
et en secret, sans violer la souveraineté des Etats », s’est-il félicité. Avant
d’ajouter que le domaine des capteurs satellitaires connaissait un rapide
développement.