Un départ qui prend l’économie israélienne par surprise. Le gouverneur
de la Banque d’Israël Stanley Fischer a annoncé au Premier ministre Binyamin
Netanyahou, mardi 28 janvier, qu’il démissionnait de son poste, à compter du 30
juin. Soit deux ans avant la fin officielle de son second mandat de 5 ans.
Ancien économiste en chef à la Banque mondiale et professeur au célèbre MIT, à
69 ans, Fischer a eu le mérite de guider l’économie israélienne d’une main
ferme aux cours de ces dernières et difficiles années. Lors de son annonce,
face aux journalistes, il s’est dit reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de
diriger la Banque d’Israël « en particulier au cours de cette période de défis
qui a connu une crise économique globale, une réalité géopolitique complexe et
des difficultés sociales sur le front intérieur ».
Selon le Dr Yaakov Sheinin, professeur d’économie à l’université de Tel-Aviv,
en plus d’avoir réorganisé la banque, Fischer rassurait la communauté
internationale en garantissant une inflation israélienne en phase avec les
nations occidentales et en exerçant une solide influence sur les élus de l’Etat
hébreu en matière de politique fiscale. « Son opinion sur le budget comptait »,
rapporte Sheinin.
Netanyahou, qui était ministre des Finances en 2005 lorsque Fischer a été nommé
pour la première fois, a loué le « rôle majeur » joué par l’économiste pour la
croissance du pays. « Son expérience, sa sagesse et ses contacts à
l’international ont ouvert la voie aux économies mondiales et permis au marché
israélien de réaliser de très bonnes performances en période de crise globale
», a rappelé le Premier ministre.
Aux commandes de la Banque d’Israël, Fischer « faisait l’envie de toutes les
nations », a renchéri Eli Yishaï, ministre de l’Intérieur.
Un départ inquiétant ?
Du côté de l’opposition, en revanche, le parti
travailliste a voulu lier le départ du gouverneur aux difficultés affrontées
par le pays et cru y voir une sanction de la politique de Netanyahou. « Comme
il n’y a aucune différence d’idéologie fondamentale entre Fischer et
Netanyahou, sa démission envoie un message alarmant aux citoyens d’Israël.
Le gouverneur signifie par là qu’il n’est pas prêt à prendre part au chaos
économique et à l’enfer social qui prévaudra une fois le nouveau gouvernement
formé », a notamment déclaré la présidente d’Avoda, Shelly Yachimovich.
Mais pour Tehila Yani, codirectrice du groupe BDI, spécialisé dans
l’information du monde des affaires, cette annonce pose problème pour
différentes raisons. « Le timing de sa démission est problématique en raison de
la brèche budgétaire, du gel du ratio dette publique vs. PIB, de l’influence
croissante de la crise mondiale sur l’économie israélienne et de la chute du
crédit, en raison des besoins de capitaux dans les banques », décortiquet-
elle.
Selon une source à la Banque d’Israël, Fischer n’aurait jamais eu l’intention
d’achever son second mandat. Sa décision aurait été prise avant les élections,
mais il en aurait différé l’annonce afin d’éviter toute politisation.
Selon la même source, le gouverneur n’a pas envisagé le scénario selon lequel
le nouveau gouvernement ne parviendrait pas à faire passer le nouveau budget
dans les 45 premiers jours de son mandat, ce qui initierait automatiquement un
nouveau scrutin.
Les deux candidats éventuels pour remplacer Fischer seraient Avi Ben-Bassat,
ancien directeur général du ministère des Finances, et Zvi Eckstein, ancien
vice-gouverneur de la Banque d’Israël, selon Jonathan Katz, consultant
financier basé à Jérusalem.
Tous les experts s’accordent néanmoins à dire que le remplacement de Stanley
Fischer, véritable « ministre extérieur de l’économie israélienne », ne sera
pas de tout repos pour Netanyahou.