Au début du siècle dernier, l’Agence juive s’attendait à un flux important
d’immigrants d’Europe centrale, c’est-à-dire d’Allemagne, d’Autriche, de
Tchécoslovaquie, de Hongrie et de Pologne. Dans le but de créer des logements
confortables pour ces familles, l’Agence a planifié un quartier pour la classe
moyenne où les appartements s’inspireraient de l’architecture allemande et des
Etats qui ont émergé de la fin du vaste empire des Habsbourg, qui s’est
désintégré à la fin de la première guerre mondiale.
Le look du nouveau quartier a été confié à l’architecte allemand Richard
Kaufmann. Avec une idée majeure dans sa planification urbaine : l’incorporation
du concept des quartiers urbains verts de Sir Ebenezer Howard. Une initiative
qui s’associait à merveille avec les idéaux sociaux et environnementaux du
sionisme.
Howard était un architecte anglais et un pionnier. C’est lui qui a inventé le
concept du jardin en pleine ville. Les travaux de planification et de
construction à Rehavia ont débuté au début des années 1920. Jérusalem était
alors une petite ville, mais Kaufmann était très consciencieux, aussi
dessina-t-il les plans de Rehavia sur la base d’une banlieue « verte » avec de
nombreux jardins, digne d’une vaste métropole aux couleurs des villes vertes
howardiennes d’Angleterre et d’Amérique.
L’idée donc, était de créer une série d’immeubles résidentiels, non reliés les
uns aux autres, et entourés de leur jardin individuel, contrastant avec les
rues aux maisons mitoyennes des capitales européennes qui étirent les rues à
l’infini.
Kaufmann avait en tête un objectif : faire de Rehavia un quartier tranquille, à
une distance de marche du centre ville, de la grande rue King George et de la
rue Yaffo. Les artères sont intentionnellement étroites afin d’éviter un trafic
trop important.
Les commerces s’y font rares, car ils ne sont autorisés que dans les rues
principales comme Keren Kayemet leIsrael, King George, Oussishkin, et plus tard
Aza. Une mesure qui a permis au quartier de conserver son calme et son aura de
zone de « classe supérieure » jusqu’à aujourd’hui.
De présidentiel à résidentiel
La plupart du secteur a été construit dans les
années 1920, 1930 et 1940. Les maisons de pierres sont solides, et certaines
s’inspirent du style Bauhaus. L’intention était donc de maintenir au sol des
jardins fleuris. Cela n’a pourtant pas toujours été le cas.
Le système de copropriété ne parvenait pas tout à fait à maintenir en état les
jardins, les espaces communs n’étant pas le problème majeur des propriétaires.
A ses heures de gloire, le quartier était le lieu de résidence de célébrités,
la crème des intellectuels et de l’élite politique, incluant des ex- Premiers
ministres pour ne pas nommer David Ben Gourion et Golda Meir.
La première demeure officielle du président était à Rehavia.
Aujourd’hui, le quartier connaît une mutation de sa population. Même s’il reste
cher et bien placé, l’ancienne génération des premiers résidents a disparu de
sorte que les logements sont loués à des étudiants ou des étrangers.
Le prix de la location d’un trois pièces assez ancien, cible de choix des
étudiants, est assez bas, soit 4 500 shekels par mois, alors qu’un beau quatre
pièces peut se louer 4 000 dollars.
A Rehavia, la demande surpasse souvent l’offre, donc tout ce qui entre sur le
marché est très rapidement pris. Aussi bien pour les ventes que pour les
locations.
Le quartier est attirant pour des étudiants aisés. A la fois proche de
l’université de Givat Ram et des cafés et restaurants de la rue Aza. Pour les
résidents étrangers, la proximité du centre ville est séduisante.
Mais malgré le flot de cette population « temporaire », Rehavia a tendance à
conserver son aspect résidentiel. L’offre est limitée, étant donné qu’il n’y a
pas d’espace constructible.
Seuls les projets de destruction des anciens immeubles pour reconstruire du «
neuf » offrent de nouveaux logements.
Chose difficile à accomplir, puisque la majeure partie des édifices sont
classés patrimoine national à conserver.
Certains optent pour une meilleure solution qui est d’ajouter des appartements
à des immeubles existants. Ils sont alors soumis à une forte demande. Les
étages ajoutés s’intègrent dans des immeubles aux façades en pierre, qui sont
rénovés pour l’occasion.
Les espaces publics comme les entrées, les halls et les escaliers sont refaits
et les nouveaux appartements sont dessinés sur les plans anciens : avec de
hauts plafonds et de grandes chambres, mais avec une touche moderne et
technologique.
Ils atteignent des prix de luxe : de 10 000 à 12 000 dollars le mètre carré,
tandis que les penthouses construits au dernier étage de ces vieux immeubles
caressent les 15 000 voire les 20 000 dollars le mètre carré.