Je suis d’abord un Israélien, puis un sioniste et ensuite un journaliste (quant
à être juif, oui, je le suis aussi, un juif pour qui le religieux commence et
s’arrête à la synagogue). De ce fait, si je tombe sur un scoop – de ceux qui
font les titres des journaux internationaux et qui, du jour au lendemain, vous
rendent célèbre – dont la divulgation risque de menacer une action du Mossad,
comme disons, la destruction du programme nucléaire de l’Iran, je le laisserai
passer, sans aucun regret.
Je ne ferai pas non plus affaire avec un journaliste étranger pour publier ce
même scoop en citant « des sources étrangères ». Les opérations les plus
ahurissantes montées par des agents du Mossad dans le monde n’ont jamais été
divulguées et ne le seront jamais, et c’est très bien comme ça.
Tout ne doit pas être public et certains secrets sont bons à garder.
Cela ne fait pas d’Israël un régime tyrannique ou une dictature. Ceci dit, la
tentative de préserver les agissements du Mossad n’excuse en rien l’attitude du
Premier ministre Binyamin Netanyahou. Sa poursuite des médias israéliens est
une menace pour notre démocratie.
Maintenant, nous sommes devant un fait indubitable : une opération du Mossad a
mal tourné. Quelqu’un a parlé alors qu’il n’aurait pas dû – ou a trahi son
pays. Il reste que la prison a fourni l’occasion à l’ex-agent du Mossad Ben
Zygier de se suicider en 2010 et c’est une triste réalité contre laquelle on ne
peut pas grand chose.
Il faut parfois se salir les mains
Certes, les circonstances de cet incident
doivent être établies, mais à huis clos, loin de la place publique.
Non, ce n’est pas comparable à l’affaire du bus 300, en 1984, où des agents de
l’Etat ont commis de graves infractions pénales, puis ont menti et finalement
calomnié un officier innocent pour lui faire porter toute la responsabilité.
Si Ben Zygier s’est suicidé (et n’a pas été assassiné), on a affaire à une
défaillance opérationnelle. On doit alors recoller les morceaux et tourner la
page. Les historiens du futur s’intéresseront sans doute plus à la menace
nucléaire iranienne qu’au suicide d’un agent secret.
Observons donc ce qui se passe aux Etats-Unis d’Amérique, notre ami et allié,
symbole de la démocratie et de la liberté d’expression. Le président Barack
Obama est un libéral éclairé, défenseur des droits de l’homme.
Lors de son premier mandat, il avait déclaré qu’il fermerait la terrible prison
de Guantanamo Bay. Dans cet établissement, placé hors de la juridiction
américaine, le personnel américain utilisait des méthodes d’interrogation
contestées pour obtenir des informations des détenus d’al-Qaïda.
Quelques années plus tard, Obama entame son second mandat et Guantanamo
fonctionne toujours.
Obama a visiblement compris qu’à une époque où nombre d’hommes sont prêts à
tuer le plus de personnes possible et à lancer de nouvelles attaques
terroristes, il faut parfois se salir les mains.
La poursuite américaine d’Oussama Ben Laden l’a prouvé. Les choses ne sont pas
toujours comme elles devraient être. Face au mal, on ne peut avoir pour seule
arme les droits de l’homme et des valeurs morales. Si les Américains sont
arrivés à cette conclusion, qu’en est-il de nous, qui nous trouvons au milieu
de cent millions de personnes qui nous haïssent ? Bien que l’on soit à l’ère
d’Internet, il y a encore des situations où les secrets d’Etat doivent exister
et où la censure militaire doit s’appliquer, même si c’est uniquement sur les
médias israéliens. Effectivement les journalistes israéliens ont plus accès aux
secrets d’Etat que les journalistes étrangers et si ces derniers en dévoilent,
nous, nous ne pouvons nous le permettre.
Après tout, Israël est le seul pays qui continue de lutter pour son existence
et son acceptation comme entité légitime dans un monde de plus en plus
dangereux.
L’existence de notre pays est plus importante que le droit du public de savoir,
que la liberté d’information et que la démocratie. Il faut se souvenir du monde
avant la création d’Israël, ce phénix né des cendres des six millions de Juifs.
Alors, même si parfois je me débats un peu contre la censure militaire, je suis
d’accord pour dire que si la publication d’un fait spécifique constitue un réel
danger pour la sécurité nationale, pour la vie des Israéliens, ou pour les
relations étrangères du pays, il est préférable que le secret reste entier.