Un homme de foi
By JPOST
LAST UPDATED: 02/07/2012 12:56
Sheikh Muwafak Tareef est établi dans le village de Julis, au nord-est de Saint-Jean d’Acre. Il est, depuis 1993, le leader spirituel de la communauté druze israélienne, forte de 125 000 âmes
Sheikh Muwafak Tareef Photo: DR
■ Qu’est-ce qui vous tire du lit le matin ?
Je me lève tous les jours pour
remplir mes devoirs religieux. Et pour m’occuper des différentes questions
concernant la communauté druze en Israël : les relations avec nos frères
d’autres communautés et religions, mais aussi entre nous. Je défends également
les droits de mon peuple, en particulier en matière d’égalité avec les autres
communautés en Israël.
■ Qu’est-ce qui vous tient éveillé la nuit ?
La
prolifération du mal dans nos vies, à chaque heure de la journée et sur chaque
sujet. Les guerres et l’instabilité dans le monde, les innocents qui meurent
régulièrement, la pauvreté qui affecte tant de régions, la paix qui fait défaut
entre Israël et ses voisins. Chaque délai dans le processus de paix charrie son
lot de victimes et de souffrances, qui éloignent la paix à leur
tour.
Plus spécifiquement, en ce qui concerne ma communauté : un appel au
milieu de la nuit pour régler une situation d’urgence dans une famille
endeuillée, des querelles soudaines entre les gens, des problèmes de violence
contre les femmes et les plus démunis. La police et les services sociaux me
sollicitent à n’importe quelle heure et je fais tout mon possible pour les
aider.
■ Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière ?
Il y
en a eu plusieurs. Mais malheureusement je ne peux en parler, du fait du secret
dans la religion druze. Je dirais simplement qu’il s’agit de ces sujets
sensibles ou l’expérience temporelle de nos vies se heurte aux fondations
spirituelles de notre religion. Je me sens coincé au milieu, sans pouvoir
trouver de compromis et c’est difficile, si difficile de vivre avec
cela.
■ Comment fêtez-vous vos réussites ?
En tant qu’homme de foi qui
accomplit sa mission, je regrette chaque fois que je n’ai pas pu aider ou
apporter un changement.
Mais toute solution est l’oeuvre de Dieu, qui
nous a aidés et guidés pour atteindre ce résultat. Nous ne devons donc pas être
fiers de nos propres réussites. La célébration doit consister en la
reconnaissance du fait que c’est le Créateur de l’univers qui nous a
aidés.
■ Si vous étiez Premier ministre, quelle serait la première chose
que vous feriez ?
Bien entendu, être Premier ministre est une fonction
politique, loin de mes désirs d’homme de foi. Je souhaite et espère que notre
honorable Premier ministre réussisse à amener la paix, et puisse résoudre les
questions clés du pays en matière d’éducation, de santé, d’emploi et de bien
d’autres domaines, d’abord et surtout en ce qui concerne des droits égaux pour
les membres de la communauté druze, ces loyaux citoyens qui donnent leur vie à
l’Etat. J’espère que le Premier ministre réussira, car nous bénéficierons
tous des fruits de son succès.
■ Quel Israélien mériterait qu’on lui
consacre un film ?
Je ne me tiens pas au courant de l’actualité
cinématographique, mais je pense que beaucoup de nos dirigeants, passés ou
présents, méritent des louanges, des hommes qui se sont donné corps et âme au
pays. Je ne me risquerais pas à donner des noms, tous sont si importants et
distingués, que j’aurais peur d’en oublier.
En fait, on devrait faire un
documentaire sur l’audacieux caractère israélien, la capacité israélienne à
obtenir des résultats et à atteindre des objectifs ambitieux.
■ Que
changeriez-vous chez les Israéliens si vous le pouviez ?
Le dédain et le manque
de respect envers les uns et les autres mais aussi envers soi - une sorte
d’autodestruction. Par exemple, on peut atteindre à la réputation d’un de ceux
qui se consacrent à notre Etat, jusqu’à en risquer leur vie plusieurs fois, pour
un détail insignifiant. Cet homme et sa famille pourront être source de toutes
sortes d’attaques et de railleries, sans compassion et sans considération aucune
pour sa contribution au pays.
Par ailleurs, je changerais la culture du
“balagan” : le non-respect de l’ordre, des règles de circulation, de l’ordre
public. J’aimerais voir les institutions publiques oeuvrer pour une culture
collective différente de ce qui existe dans beaucoup de pays au monde.
■
Vous êtes plutôt Ipad, Blackberry ou papier et crayon ?
Nous sommes au 21e
siècle, il faut s’adapter à cette nouvelle éducation technologique. Je n’ai
aucun problème, ni avec le papier et le crayon et ni avec l’ordinateur, il
s’agit d’outils élémentaires que notre génération se doit de maîtriser pour
notre plus grand bénéfice.
■ Comment rédigeriez-vous une publicité pour
encourager les touristes à venir en Israël ?
Naturellement, la publicité pour
touristes n’est pas ma spécialité, mais en tant qu’Israélien, j’invite les
visiteurs de l’étranger à venir observer, comment, dans ce si petit pays, tant
de groupes ethniquement et religieusement différents vivent ensemble, en dépit
des différences d’opinion et de points de vue, tout en maintenant un statu quo
dans le respect mutuel.
Cet Etat a su sauvegarder la liberté de culte,
préserver les lieux saints et les lieux de prière de tous ces citoyens. Vous
pouvez embrasser d’un seul coup d’oeil des sites révérés par les Juifs, les
fameuses églises de Nazareth et de Jérusalem, les mosquées de Saint-Jean d’Acre,
Jaffa, Jérusalem, le centre international des Baha’i et le tombeau de Nebi
Shua’yb (le prophète Jethro), paix à son âme. C’est une image de fraternité et
d’unité. Dans l’ensemble, nous avons un très beau pays, à la pointe dans chaque
domaine et nous en sommes très fiers.
■ Quel est le principal problème
d’Israël à l’heure actuelle et comment peut-il être résolu ?
Sans rentrer dans
les questions de conflit diplomatiques et territoriales, j’aspire et prie pour
la paix. Au sein du pays, nous connaissons un grave problème culturel et
éducatif, un fossé générationnel, et une difficile relation entre religieux et
laïcs. De nombreuses concessions sont nécessaires pour parvenir à la
paix.
En ce qui concerne la sphère sociale, l’Etat doit allouer des fonds
particuliers à l’éducation et aux services sociaux. Ce n’est que grâce à des
investissements intelligents et l’apprentissage du respect mutuel que l’Etat
pourra combler les fossés de la société et mener à une société égalitaire,
prospère et florissante.
■ Comment voyez-vous le pays dans 20 ans ?
Si je
suis optimiste, je parlerais d’une puissance régionale - en matière d’industrie,
d’économie, de science et de technologie.
J’espère que la vision des
dirigeants de la nation changera en ce qui concerne l’égalité entre citoyens, le
système gouvernemental et la paix avec nos voisins. Je préfère ne pas évoquer
les autres options négatives et apocalyptiques